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Bouchard : L’échange de Brière contre Parenteau représente un défi pour Therrien

lundi 2014-06-30 / 17:32 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : L’échange de Brière contre Parenteau représente un défi pour Therrien
Bouchard : L’échange de Brière contre Parenteau représente un défi pour Therrien

Daniel Brière passe donc à l’Avalanche du Colorado en échange de PA Parenteau et d’un choix de 5e tour (j’expliquais dans cet article quelle valeur ont ces choix). Signé l’an dernier pour compléter le top-6 montréalais, Brière aura, au bout du compte, graduellement recalé dans l’alignement, au point de faire les séries éliminatoires comme quatrième centre du CH. Le cas de Parenteau est intéressant. Joueur à vocation offensive, ce résumé de sa saison par Adrian Dater, du Denver Post, nous laisse entrevoir un joueur similaire à Brière ; Parenteau est un joueur offensif, mais pas physique ni particulièrement doué pour les assignations défensives. Dans les deux cas, on parle de joueurs ayant graduellement perdu la faveur de leur entraîneur.

Deux attaquants similaires, à des stades différents de leur carrière

Lorsqu’on regarde, à forces égales, l’évolution du temps de glace ainsi que la qualité des adversaires affrontés par Brière et Parenteau, on voit bien que ces deux joueurs sont à des stades différents de leur carrière.



Brière voit son temps de glace régresser depuis maintenant trois saisons, alors que Parenteau continue à être utilisé à profusion. En fait, si on choisit aujourd’hui de l’échanger, force est de constater que l’entraîneur de l’Avalanche, Patrick Roy, ne voulait tout simplement pas se priver de ses services lorsqu’il était disponible. Encore là, c’est un signe. Parenteau n’a pas le pedigree offensif de Brière, mais installé définitivement dans la LNH à l’âge de 27 ans, behindthenet.ca nous indique qu’il joue pendant deux saisons à temps plein avec John Tavares et Matt Moulson, pour ensuite passer deux saisons avec l’Avalanche, où on l’utilise d’abord avec Matt Duchene puis Paul Stastny. Bref, sous quatre entraîneurs différents (Scott Gordon et Jack Capuano à Long Island, Joe Sacco et Roy au Colorado), il joue systématiquement avec les meilleurs centres de son équipe. C’est un signe qui ne ment pas.

Aussi, Parenteau joue encore plus nettement contre les meilleurs éléments adverses depuis son passage au Colorado, alors que Brière, lui, s’est vu généralement tenu loin des missions les plus difficiles. Les choses changent pour Brière au cours de sa saison à Montréal, alors que son temps de glace diminue drastiquement et la qualité des adversaires qu’il affronte augmente de beaucoup. Ce mouvement se confirme lorsqu’on regarde la distribution des mises en zone offensive pour ces deux joueurs.

Parenteau et Brière voient tous deux leur taux de mises en zone offensive diminuer au cours des dernières saisons, en partie parce qu’on les protège moins, mais aussi parce que leurs équipes ont de la difficulté à garder l’avantage territorial. La baisse brutale de Brière s’explique par un deuxième facteur : Michel Therrien l’a utilisé en début de saison avec David Desharnais et Max Pacioretty. L’expérience n’est guère satisfaisante, mais il faut souligner que Therrien ne donne pas à ce trio de poussée en zone offensive par le truchement de mises en jeu. Brière jouera aussi beaucoup avec Tomas Plekanec, attitré aux minutes difficiles. Dans les deux cas, des choix de l’entraîneur mettent Brière dans des situations auxquelles il n’est pas particulièrement adapté. Sachant que Parenteau est un joueur similaire, cette indifférence passée de l’entraîneur n’est pas à négliger.

Reste que Brière a, au bout du compte, généralement participé à un effort offensif aux résultats légèrement supérieurs à la moyenne du club. Parenteau, lui, a pleinement profité de son association avec les meilleurs éléments de ses équipes au cours des quatre dernières saisons.

D’un point de vue strictement individuel, il est intéressant de noter que, si Parenteau a la réputation d’un passeur et Brière celle d’un marqueur, les tendances des dernières saisons ne permettent pas de déceler une si grande différence entre les deux joueurs.

Le taux de conversion de tirs en buts de Brière a passablement écrasé au cours des trois dernières saisons, sans pour autant que son nombre de tirs décochés varie vraiment (il décoche 10 tirs à l’heure au cours de ces trois campagnes). Ce peut être l’effet de la malchance, mais on est aussi possiblement en présence d’un marqueur vieillissant, qui n’a plus la fraction de seconde nécessaire pour prendre cette enjambée supplémentaire qui ouvre enfin l’angle de tir. On compense alors en tirant d’un peu plus loin et le taux de conversion plonge.

Parenteau, lui, s’il produit un volume de tir inférieur (Huit tirs à l’heure depuis quatre ans), a vu son taux de conversion augmenter depuis son passage au Colorado. Encore là, les nombres relativement restreints imposent la prudence, mais on ne semble manifestement pas en présence d’un tireur ayant commencé à décliner.

La suite des choses

Brière, manifestement plus à l’aise au centre et à l’aile gauche, n’avait tout simplement plus de place à Montréal. Bloqué derrière quatre centres et autant d’ailiers gauches (on ne le voyait pas supplanter Alex Galchenyuk et Max Pacioretty dans le top-6, Rene Bourque et Michael Bournival sont de meilleures options pour le troisième trio), ne restaient des ouvertures qu’à l’aile droite, poste où Therrien ne cherchait plus à l’employer depuis belle lurette. Au Colorado, les Matt Duchene, Nathan MacKinnon et Ryan O’Reilly sont de purs leveurs de fonte avec qui Brière saura peut-être trouver une nouvelle chimie. Surtout, son nouvel entraîneur croit en lui, ce qui n’était plus le cas à Montréal (l’arrivée de Thomas Vanek était déjà un constat d’échec).

À défaut de diminuer sa masse salariale, Marc Bergevin devait à tout le moins s’assurer de déplacer une partie de cette masse vers des positions plus mal fournies que l’aile gauche et le centre. Parenteau, lorsqu’on regarde l’utilisation qu’on en a fait jusqu’ici, semble tout naturellement destiné à jouer avec Pacioretty et Desharnais, tandem à qui on confie les missions offensives. Ça va de soi en théorie, mais en pratique, faudra voir. Les deux sbires ont connu du succès avec Erik Cole et Brendan Gallagher. Brière et Michael Ryder, qu’on voyait comme associés naturels, n’ont jamais réussi à s’intégrer correctement. Pacioretty et Desharnais ont, semble-t-il, besoin d’un joueur au style abrasif, physique pour les compléter, ce que Parenteau n’est certainement pas.

À terme, sachant que Parenteau n’est guère rompu aux missions défensives propres à Plekanec, on doit donc s’interroger : acceptera-t-on de le coller à un contre-emploi en l’envoyant avec le tchèque? Bourque et Lars Eller ont connu de fort bons moments, lorsqu’accompagnés de Brian Gionta en fin de saison et en séries éliminatoires. Ça n’est pas un hasard. Le capitaine, s’il s’était fait une réputation de tireur aux côtés de Scott Gomez, est dans les faits un joueur fort versatile, capable d’adapter son style de jeu à celui de ses coéquipiers. Avec Eller et Bourque, amateurs de jeu nord-sud et d’échec avant, on l’a vu transporter et distribuer la rondelle. Intuitivement, si tant est qu’un trio doive être composé de joueurs aux styles complémentaires, on gagnerait donc peut-être à envoyer Parenteau avec Eller, flanqués de Bourque ou Bournival.

Reste que si le Canadien a obtenu le meilleur joueur, l’intégration de celui-ci à l’alignement ne se fera probablement pas sans douleur. Bergevin a su amoindrir, et non pas annuler les effets d’une erreur commise lorsqu’il a signé Brière. Reste à voir si Therrien sera, cette fois-ci, plus sensible aux limitations d’un joueur de ce type.


Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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