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Bouchard : Les attentes pour Andrei Markov au cours des trois prochaines saisons

mercredi 2014-06-25 / 14:36 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Les attentes pour Andrei Markov au cours des trois prochaines saisons
Bouchard : Les attentes pour Andrei Markov au cours des trois prochaines saisons

Était-ce vraiment une surprise? Andrei Markov a signé avec le Canadien de Montréal, au même salaire qu’on lui avait concédé au cours de ses deux derniers contrats. Le vétéran ne rajeunit pas, mais il a occupé, encore cette saison, un rôle central dans la défensive du Canadien. Ne serait-ce que pour la prochaine, l’excellent outil de recherche d’agents libres développé par le site CapGeek nous laisse entrevoir un bassin fort restreint de joueurs capables de remplir le rôle de Markov. Combien de ces joueurs signeront pour un montant et une échéance similaire au Russe?

Marc Bergevin aura pris un risque, notamment avec cette troisième saison au contrat qui, parce qu’elle donne à Markov un salaire réel inférieur à l’espace qu’il occupe sous le plafond salarial, pourrait lui couter cher si un rachat s’impose. Les joueurs qui approchent de la quarantaine vieillissent souvent brutalement. On a ainsi vu, il y a quelques saisons chez le Canadien, Jaroslav Spacek perdre rapidement de son efficacité lors des deux dernières saisons d’un contrat de trois ans signé alors qu’il avait l’âge de Markov. Mais le risque s’explique : Markov est apprécié de son entraîneur, qui l’utilise encore à toutes les sauces.

Un joueur versatile

Outre ses deux saisons perdues pour cause de blessures au genou, Markov aura joué depuis 2007-08 pour trois entraîneurs réguliers, soit Guy Carbonneau, Jacques Martin et Michel Therrien, avec en plus deux interrègnes de Bob Gainey et Randy Cunneyworth. Au fil de ces saisons, on le déploie de manière différente, mais avec une certaine continuité.

À forces égales, Markov est toujours déployé comme un défenseur de top-4. Avec des coefficients d’exposition aux minutes « dures » variant autour de 110 pour cent, il n’est pas nécessairement utilisé systématiquement pour les couvertures défensives systématiques. Cela s’explique à la fois par le désir des différents entraîneurs de l’utiliser dans certaines situations précises. Carbonneau, en 2007-08 et 2008-09, aime déployer Markov (en compagnie de Mike Komisarek) en zone défensive autant que faire se peut, alors que Martin (de 2009 à 2011), cherche plutôt à exploiter ses talents offensifs. Therrien, enfin, ne joue pas énormément du levier des mises en jeu avec Markov, mais lui donne beaucoup de glace et va, surtout en 2013, l’utiliser plus méthodiquement comme couvreur défensif.

Autre signe de la confiance que lui portent ses entraîneurs successifs, on l’utilise à outrance sur les unités spéciales. Sur les seuls matchs qu’il dispute, on l’envoie très souvent tenir le fort lors des situations avec filet désert, peu importe que ce soit celui du CH ou des adversaires qu’on libère.

Aussi, bien que Markov soit reconnu pour ses talents offensifs, on l’utilise avec constance en désavantage numérique.

Carbonneau utilisait vraiment Markov comme défenseur défensif… Si les choses vont bien en 2007-08 et 2009-10, les trois autres saisons complètent qu’il dispute laissent supposer que Markov, pas sa seule présence, n’a pas un impact transcendant sur le volume de tirs accordés. Ainsi, sous Therrien, le Canadien accorde 16 et 18 pour cent plus de tentatives de tirs par heure jouée en désavantage numérique lorsque Markov est sur la glace.

Du côté de l’avantage numérique, Markov joue beaucoup, surtout sous Therrien, et les choses tiennent beaucoup à sa présence, surtout lors de la dernière saison. Un ratio de 104 tirs tentés à l’heure se situe, à l’échelle de la ligue, dans le top-10 des volumes décochés par équipe. Les choses se gâtent lorsqu’il n’y est pas, alors que le Canadien ne génère, en 2013-14, que 67 tirs à l’heure en son absence. La pire équipe de la LNH dans cette discipline au cours de cette même saison, les Devils du New Jersey, a globalement généré un peu plus de 77 tirs à l’heure. Hors Markov et P.K. Subban, point de salut sur l’avantage pour le CH.

Une place importante à forces égales

Si Subban est aujourd’hui le défenseur no 1 du Canadien, Markov a, au cours de la dernière saison, été sans conteste le no 2.

Comme on le constate dans le tableau ci-dessus, Markov n’a pas joué avec 36 partenaires. On l’adjoint à Subban en début de saison puis, en milieu de saison, on le réunit à Alexei Emelin, avec qui il avait entamé la saison 2013. Les résultats obtenus avec Subban sont excellents et laissent entrevoir des questions intéressantes pour les prochaines semaines. En effet, Markov et Subban héritent d’une part significative de mises en zone défensive, ce qui ne les empêche pas de tenir le haut du pavé aux chances de marquer, au temps de possession et aux entrées de zone. Avec Emelin, les choses sont plus pénibles, mais les tâches défensives sont aussi plus ingrates, avec 40 pour cent seulement de mises en jeu en zone offensive. Soulignons que malgré un grand nombre de mises en zone défensive, Emelin et Markov réunis accordent beaucoup d’entrées de zone en possession de rondelle, signe d’un tandem peu mobile ayant de la difficulté à tenir la ligne bleue.

Raphaël Diaz est le seul autre défenseur avec qui Markov a passé un peu de temps et les résultats sont là aussi étincelants. Reste que Diaz et Subban font contraste avec Emelin et nous montrent que Markov, s’il est encore efficace, semble bénéficier immensément d’un partenaire mobile et habile avec la rondelle. On doit supposer qu’Emelin va revenir à sa droite pour commencer la saison, mais les choix faits par Bergevin pour compléter sa brigade défensive vont aussi nous parler de ce qu’on a comme plan de contingence au sujet de Markov.

Un défenseur subtil

Les entrées de zone en possession de rondelle nous permettent de mieux comprendre l’impact de Markov sur le jeu d’ensemble du CH. Je m’inspire ici des travaux effectués par Tyler Dellow au sujet de l’influence des mises en jeu sur la suite des choses dans un match de la LNH. En gros : Dellow a démontré que les mises en jeu ont un effet direct mais momentané sur le déroulement du jeu, plus précisément sur les différentiels de tirs. Dans un intervalle allant de 17 à 30 secondes (tout dépendant de la zone où elle est prise et de l’équipe qui la remporte), une mise en jeu « laisse des traces » sur la suite des choses et ces effets varient d’une équipe à l’autre, signe de forces et de faiblesse tactiques propres à chaque formation.

Parce que je souhaite garder les choses simples, je repiquerai ici une seule notion de ces fascinantes études. Il s’agit simplement de grouper les entrées de zones que j’ai notées au cours de la saison en deux catégories, soit celles qui sont survenues à 20 secondes ou moins d’une mise en jeu et celles qui sont survenues à 21 secondes ou plus d’une mise.

Le graphique suivant montre la part des entrées de zone obtenues par le CH à 20 secondes ou moins d’une mise en jeu, selon la zone.

L’axe des X est ici situé à 47 pour cent, soit la moyenne des entrées de zones obtenues par l’équipe au cours de la saison 2013-14. On constate immédiatement l’impact des zones de mise en jeu. À court terme, on obtient moins d’entrées de zone lorsqu’on prend une mise en zone offensive, pour une raison évidente : on est déjà en zone offensive! À l’inverse, on est plus susceptible d’obtenir une entrée de zone lorsqu’on part dans sa propre zone. L’impact de Markov est ici manifeste suite aux mises en zone offensive et en zone neutre. Dans ces deux situations, on voit clairement Markov ainsi que Markov avec Subban décrocher positivement du reste de l’équipe.

On doit comprendre de ces chiffres que si l’équipe part en zone offensive, mais laisse l’adversaire sortir rapidement, on est plus susceptibles de retourner dans cette zone avec le contrôle de la rondelle si on est appuyé de Markov ou, encore mieux, de Subban et Markov. L’importance d’un tandem défensif qui permet à Therrien de déployer ses deux meilleurs éléments offensifs pour les mises en zone offensive prend ici tout son sens. L’impact est le même en zone neutre.

En zone défensive, c’est Markov séparé de Subban (donc, jumelé à Emelin pour l’essentiel) qui décroche négativement du reste du club. On trouve ici des éléments qui vont dans le sens déjà observé en désavantage numérique : sans être une nuisance, l’ami Markov n’est peut-être plus celui qu’on veut voir prendre charge des tâches ingrates aux côtés de Carey Price.

Les entrées de zone en jeu « libre », c’est-à-dire obtenues à plus de 20 secondes d’intervalle d’une mise en jeu, montrent les mêmes tendances, quoiqu’à une échelle plus réduite.

Il est évident, à regarder les éléments ci-dessus, que Markov a encore beaucoup à offrir au Canadien, tant en avantage numérique qu’à forces égales. Mais on doit aussi accepter le fait que Markov a vieilli et ralenti et qu’il s’en ressent surtout en zone défensive. En zone neutre et en zone offensive, surtout si on le jumelle à un joueur rapide, Markov peut encore pousser très fort. C’est pourquoi Emelin, défenseur relativement pataud et destiné, par ses aptitudes, aux missions défensives, n’est pas le partenaire idéal pour Markov. À moins qu’on ne convertisse le jeune Beaulieu en défenseur droit (il possède certainement les outils pour le faire), Bergevin aurait donc intérêt à compléter sa brigade défensive d’un défenseur habile et agile, idéalement un droitier, capable d’accompagner Markov dans ces missions qu’il sait si bien remplir.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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