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Bouchard : Les défis de l’entraîneur du Canadien, Michel Therrien

mercredi 2014-06-18 / 13:48 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Les défis de l’entraîneur du Canadien, Michel Therrien
Les résultats sont là depuis deux saisons pour Michel Therrien, mais il reste des ajustements à apporter

On annonçait dernièrement une prolongation de contrat pour Michel Therrien. Ayant encore une saison à écouler à l’entente qui le lie actuellement au Canadien de Montréal, Therrien a paraphé une prolongation de trois saisons, plus une possible quatrième à la discrétion du club, selon ce qu’a indiqué La Presse mercredi.

Le hockey est un domaine où les résultats font foi de tout (ou presque) et dans le cas de Therrien, sur les seuls résultats, la progression du club a été constante. Après avoir terminé 28e en 2011-12, le club termine la saison écourtée de 2012-13 au quatrième rang du classement général, avant d’être éliminé en première ronde contre les Sénateurs d’Ottawa. En 2013-14, le club termine un peu en retrait, neuvième au classement général, mais va beaucoup plus loin en séries, en finale d’association.

Un club en santé

Cette progression quant aux résultats finaux de chaque saison, Michel Therrien l’a accomplie avec un groupe de joueurs relativement similaire. Lorsqu’on distingue les joueurs en trois catégories, soit les joueurs « principaux », ceux à qui l’entraîneur fait appel le plus souvent, les joueurs « secondaires », soit ces joueurs qui sont souvent en uniforme, mais ont un temps de glace et un rôle plus restreint et, enfin, les « suppléants », soit les joueurs qui ne revêtent qu’occasionnellement l’uniforme, on se retrouve avec le tableau suivant.




On a souvent critiqué la composition de l’alignement du Canadien ces dernières années, notamment pour regretter le manque de poids dans l’alignement. Le tableau ci-dessus nous rappelle que si le Canadien n’est pas un club corpulent, ses meneurs de jeu se distinguent, depuis deux ans, par leur grande disponibilité. Parmi les attaquants, tant les joueurs au statut principal que ceux au statut secondaire sont généralement disponibles, seuls Brandon Prust, Rene Bourque et, dans une moindre mesure, Alex Galchenyuk ont manqué un nombre significatif de matchs.

On discutait ces derniers temps de l’échange de Louis Leblanc, jeune joueur prometteur au développement semble-t-il arrêté. On voit à quel point il n’y avait, une fois Brendan Gallagher, Galchenyuk et Michael Bournival passés, tout simplement pas de place pour que d’autres jeunes se fassent valoir.

En défensive, Alexei Emelin et Raphael Diaz ont manqué une part significative de matchs, mais les autres joueurs ont été disponibles plus souvent qu’à leur tour. Le top-3, composé de P.K. Subban, Josh Gorges et Andrei Markov, est particulièrement fiable, un atout majeur pour un entraîneur.

Au temps de possession, deux saisons en dent de scie

Lors de la saison écourtée de l’hiver 2013, le Canadien surprend d’emblée par la qualité de ses performances à 5-contre-5. Comme on le constate en suivant la courbe bleue dans le graphique ci-dessous, le CH reste tout au long de la saison au-delà du seuil de respectabilité de 50 pour cent des tirs obtenus à 5v5 lorsque le score est serré. Plus encore, après un flottement en début de saison, le club va en s’améliorant.

Les performances des unités spéciales sont plus instables. Le désavantage numérique (la ligne rouge) sera généralement pingre en occasions données à l’adversaire, demeurant généralement bien en deçà des 50 tirs accordés à l’heure, moyenne de la LNH ces dernières saisons. L’avantage numérique, après des débuts honnêtes, prend son envol avant de s’effondrer dans le dernier tiers de la saison.

La défaite rapide aux mains des Sénateurs a laissé des traces. On entendra Therrien et le directeur général Marc Bergevin souligner que le club a manqué de robustesse et les acquisitions de l’été seront faites avec en tête les prochaines séries (Daneil Brière) et une approche plus rugueuse (Douglas Murray, George Parros).



Mais avant les séries, encore faut-il terminer en bonne position au classement. Comme la courbe bleue l’indique sur le graphique suivant, la saison 2013-14 marque une nette régression du jeu à forces égales, le club ne relevant la tête qu’en deux brèves séquences, en début de saison puis en fin de saison. L’avantage numérique, après un départ du tonnerre, connaît bien un sursaut en deuxième moitié, mais de manière générale perd rapidement en efficacité et reste souvent collé sur des ratios de 40 tirs à l’heure, digne des pires clubs de la ligue. Seul le désavantage numérique semble surnager, mais encore là on constate une hausse du volume de tirs accordés dans le dernier tiers.



Le club, on l’a vu, performe moins bien au classement en 2013-14 qu’en 2013. On constate que, sous ce recul, se cache un ressac des performances affichées sur les principaux indicateurs de possession de rondelle. Mais les performances au classement restent nettement supérieures à la moyenne.

La chose est largement imputable aux performances des gardiens du club, Carey Price en tête. Le graphique ci-dessous nous permet de constater que, toujours sur une moyenne de 10 matchs, les gardiens du CH sont d’une remarquable constance et connaissent quelques séquences remarquables, notamment en fin de saison. Pareillement, les tireurs du club sont d’un rare opportunisme, ce qui permet au club d’afficher de ronflants pourcentages cumulés (PDO) au cours de la deuxième moitié de saison. En comparaison, le club de 2013, bien plus performant au temps de possession, peine souvent à tenir au-delà du seuil normal de PDO des 1,000 en saison régulière.




De nouveaux visages, de nouvelles tâches

Le club, on l’a bien vu, s’est alourdi pendant l’été. Les choses prennent un peu de temps à se placer en début de saison (Parros, Murray et Emelin sont alors blessés), mais on voit clairement Michel Therrien changer la distribution des rôles au cours de sa deuxième année à la barre du club. Revenons un instant sur ce qu’on en était venu à voir comme distribution de tâches lors de la saison écourtée.

Tout d’abord, deux graphiques, le premier nous indique la part de mises en jeu prises en zone défensive, le deuxième le temps passé dans les « minutes dures », entendre par là le temps passé contre trois, quatre ou cinq des joueurs les plus utilisés par l’entraineur adverse.

Le premier graphique nous indique qu’un trio, celui de Ryan White (et, plus tard, Jeff Halpern), prend beaucoup de mises en zone défensive en 2013. Un autre, celui de David Desharnais, prend beaucoup de mises en zone offensive. Lars Eller et Tomas Plekanec, eux, ont au total des assignations relativement neutres.

Aux minutes dures, White et Eller sont relativement épargnés, Desharnais est passablement surexposé et Plekanec lève beaucoup de fonte. C’est, incidemment, un mode de distribution des tâches similaires à celui qu’on retrouvait chez les Rangers d’Alain Vigneault au cours des dernières séries éliminatoires.





Le graphique suivant nous indique les résultats obtenus au pourcentage des tirs tentés à 5v5. Outre le trio de White, enterré en zone défensive, tous les trios tirent leur épingle du jeu. Globalement, donc, on a un mode d’organisation qui porte fruit.



Les changements sont pourtant importants au cours de la saison suivante. Tout d’abord, sur les mises en jeu, si White en prend encore beaucoup en proportion, il joue peu et l’équipe peine à tenir l’avantage de la patinoire, ce qui fait qu’on voit Eller et surtout Plekanec prendre une surcharge de travail, alors que la poussée offensive dont dispose Desharnais est désormais plus restreinte.

Je souligne ici que le graphique suivant nous confirme que Murray, arrivé en ville avec une réputation de défenseur défensif et robuste, est dans les faits de loin le plus protégé des défenseurs du Canadien sur le plan territorial. On note d’ailleurs qu’outre Subban, c’est bien Murray et Francis Bouillon qui sont les bénéficiaires des poussées en zone offensive en compagnie de Desharnais.



Le graphique des minutes dures permet de constater qu’on s’appuie de plus en plus lourdement sur Plekanec. La ligne « Total de l’équipe » donne quant à elle un aperçu de la distribution des tâches parmi les défenseurs. Alors que l’édition 2013 n’a que Bouillon comme régulier à protéger, on voit ci-dessous que l’on concentre désormais les tâches sur le top-4, que le précédent graphique nous montrait par ailleurs enseveli sous les mises en zone défensive.



Au décompte des tirs obtenus, c’est l’écrasement. En fait, seuls Desharnais et Subban gardent la tête hors de l’eau à l’échelle de la dernière saison. Murray et Bouillon, désormais protégés de toutes les façons possibles, n’en sont pas moins ceux qui affichent les performances les plus misérables. Emelin y fait aussi piètre figure, mais il y a là l’effet d’un premier mois d’activité désastreux. Réuni à Markov en deuxième moitié de saison, il s’est acquitté de son boulot. Mike Weaver, qu’on ne voit pas sur ces graphiques, affiche un profil similaire à Diaz, qu’il remplace d’ailleurs.



Un changement de philosophie?

Les modifications apportées à l’alignement du CH lors de l’entre-saison n’ont guère porté fruit. Bergevin n’était manifestement pas dupe. Brière n’étant pas capable de se tailler un poste dans le top-6, on ira chercher Thomas Vanek. Parros étant incapable de contribuer aux succès du club, on lui substituera Dale Weise, obtenu contre Diaz, que Therrien ne faisait plus jouer. Parce que Diaz ne joue plus, ce sont Bouillon (sur son mauvais côté) et Murray qui forment la 3e paire défensive. On l’a vu, malgré toutes les précautions possibles, ces deux-là coulent à pic. Bergevin ira donc chercher Weaver pour une chanson.

Le troisième graphique présenté dans cet article montre que le différentiel des tirs affiché par le club à 5v5 remonte à partir du mois de mars, c’est-à-dire immédiatement après cette série d’échanges commis par Bergevin. Ça n’est pas un hasard. On sort de l’alignement des joueurs dépassés et on leur substitue des éléments plus efficaces.

Reste qu’au-delà des questions de personnel, il semble bien que Therrien ait demandé à ses troupes de changer de style. On a vu, au cours des dernières séries éliminatoires, le CH travailler constamment à utiliser la longue passe comme moyen de passer de la zone défensive à la zone offensive. Les succès ont été manifestes contre Tampa et Boston, mais la tactique s’est retournée contre le club face aux Rangers, plus organisés dans leur zone. La longue passe n’était pas tout ce que le club utilisait comme arme, mais elle m’a semblé représentative de ce que le club a tenté de faire tout au long de la saison, soit envoyer la rondelle en certains endroits où des joueurs du club, en plein élan, pourraient la récupérer et déstabiliser les défensives adverses.

Cette approche faisait contraste avec le style plus simple et plus « ramassé » implanté par les entraîneurs au retour du dernier lock-out. Ce changement de style a ceci de particulier qu’il semble avoir aussi contribué à faire enfoncer le club au temps de possession. J’en veux pour preuve le recul net des entrées en zone offensive avec possession de la rondelle. Je consigne ces entrées depuis le début de la saison 2012-13 et, lorsqu’on regarde le bilan du club sur deux saisons, on constate un revirement surprenant à forces égales.



Ce que le graphique ci-dessus nous indique, en gros, c’est qu’alors que le club de 2013, après des débuts hésitants, produisait un surplus de cinq à 10 entrées de zone par heure jouée, celui de 2013-14 a quant à lui été en déficit pour l’essentiel de la saison.

Mais il y a plus intriguant encore, et il y lieu de croire qu’il s’agit du résultat d’un changement tactique. Le graphique suivant nous montre les entrées de zone obtenues et concédées par le CH à forces égales au cours des 130 derniers matchs.



Le mouvement de la saison écourtée est clair : l’équipe génère un nombre relativement stable d’entrées de zone à l’heure (une quarantaine) et réussit à diminuer brutalement le nombre d’entrées concédées autour du 30e match. Cette baisse, il faut bien le dire, coïncide avec la blessure à Emelin, qui à son tour une plus grande part de responsabilités données au tandem Subban/Gorges, qui excellent alors à empêcher ces entrées de zone.

En 2013-14, le club ne retrouve un volume d’entrées générées similaire à l’an dernier qu’à partir de la deuxième moitié de saison. Encore ici, les acquisitions du mois de mars pèsent lourd. Du côté défensif, les performances sont retombées au niveau le plus bas et, de fait, vont en empirant alors que la saison avance. J’ai parlé d’un nouveau style de jeu, notamment plus axé sur la longue passe. On en voit ici l’effet, le volume d’augmentation des entrées de zone s’accompagne d’une augmentation du volume d’entrées concédées.

La chose se confirme lorsqu’on regarde du côté des dégagements refusés. Parce que le nombre d’événements est plus restreint et parce qu’il importe de distinguer les différentiels en fonction du score, on fera ici une moyenne sur 20 matchs.



Le club, on le constate, est toujours en déficit au nombre de dégagements refusés par heure jouée lorsqu’il possède l’avance. Rien là de surprenant. Lorsqu’il tire de l’arrière, le club de 2013 prend méthodiquement les devants, alors que celui de 2013-14 a peiné à prendre un avantage qui devrait pourtant lui revenir. Lorsque le score est serré, on voit en 2013 un mouvement similaire à l’évolution du différentiel des tirs au but, alors que le club de 2013-14 est toujours en déficit.

On a pu le constater en séries, c’est un trait saillant de cette stratégie de la longue passe que de déboucher par moments sur un nombre astronomique de dégagements refusés. Sachant que chaque dégagement débouche sur une mise en zone défensive sans possibilité de changement de personnel, on voit ici comment, par un choix tactique, le personnel d’entraineurs semble s’être privé au cours de la dernière saison d’un levier qu’il utilisait allègrement au cours de la saison précédente, soit la distribution des mises en jeu en fonction de la zone où elles se tiennent.

Que nous réserve Michel Therrien?

Therrien est désormais bien en selle. Armé d’une entente à long terme, il se présentera face à ses joueurs sans avoir à craindre pour son poste à la moindre mauvaise séquence. Reste à voir ce qu’il choisira de faire.

On a vu le club changer complètement de visage en deux saisons, et ce malgré un noyau de joueurs stables et en santé. Si les résultats ont, au bout du compte, été au rendez-vous, une part importante semble bien revenir à Carey Price et ses adjoints. Le gardien étoile a les épaules larges et le dos solide, mais on a vu Henrik Lundqvist des Rangers de New York, sans contredit son égal, se faire traverser en finale par des Kings de Los Angeles dominant totalement en possession de rondelle.

Ce résultat doit interpeler Michel Therrien. La LNH d’aujourd’hui couronne, saison après saison, des équipes qui se distinguent par leur capacité à dominer le jeu de possession de rondelles à forces égales, une discipline dans laquelle le Canadien a manifestement régressé au cours de la dernière année. Le marché des agents libres qui s’ouvre bientôt nous donnera, à l’instar des gestes posés l’été dernier, une première idée de la direction que Therrien et Bergevin vont donner au club l’an prochain.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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