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    Bouchard : Un duel de premiers trios qui tourne court

    Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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    Bouchard : Un duel de premiers trios qui tourne court
    La finale de l’Est est un duel de premier trios qui tourne court

    La série de la finale de l’Association de l’Est entre les Rangers de New York et le Canadien de Montréal était le théâtre d’une confrontation importante entre les premiers trios des deux équipes. Du moins jusqu’au cours du troisième match, alors que Brandon Prust y est allé d’une mise en échec qui lui aura valu deux matchs de suspension. La victime du coup, Derek Stepan, devra s’absenter pour une période indéterminée pour cause de fracture à la mâchoire. C’est une perte terrible pour les Rangers, une perte que le retour de Derick Brassard ne pourra probablement pas combler. Pendant ce temps, si le trio de David Desharnais tarde à s’inscrire au pointage, tout indique que cette situation ne saurait durer, les trois compères animant à eux seuls l’attaque du Canadien depuis maintenant trois matchs.

    Les lourdes responsabilités de Stepan

    Dans une équipe aux multiples joueurs vedettes, Derek Stepan passe un peu inaperçu pour les observateurs extérieurs. Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, il devient évident que le jeune américain est aujourd’hui le centre no. 1 de son équipe. La chose se constate aisément lorsqu’on regarde la distribution du temps de glace des différents joueurs de centre des Rangers au fil des séries éliminatoires. Stepan est, après Brad Richards (qu’on utilise à la pointe), l’attaquant le plus utilisé des Rangers en avantage numérique ainsi qu’un membre régulier des unités de désavantage numérique.

    Mais c’est à forces égales que l’importance considérable de son rôle ressort avec le plus de netteté. Contre les Flyers de Philadelphie en première ronde, Stepan, accompagné de Martin St-Louis et Rick Nash, obtient plus de temps de glace contre les deux premiers trios adverses que n’importe quel de ses collègues centres n’obtiendra de temps de glace pendant toute la série.


    Contre les Penguins de Pittsburgh? C’est encore lui qu’on envoie travailler contre Sidney Crosby (qui joue pour l’essentiel de la série accompagné de Evgeni Malkin).


    Enfin, contre le Canadien, on voit qu’il passe passablement de temps contre le trio de David Desharnais, quoi que le fait que deux des trois matchs aient été disputés à Montréal fait en sorte qu’il a aussi beaucoup joué contre Tomas Plekanec, Alain Vigneault n’ayant pu le coller à sa guise aux meilleurs éléments du CH.


    Lorsqu’on croise les constats des trois figures ci-dessus avec la distribution des mises en jeu, c’est encore plus clair. Le graphique ci-dessous indique, ramené sur une base horaire, la différence de mises en jeu en zone offensive vs mises en zone défensive prise par un joueur donné. Entendre par là que moins-29, par exemple, signifie que pour chaque tranche de 60 minutes jouées par Dominic Moore contre Pittsburgh, son total de mises en jeu en zone défensive excède de 29 celui des mises prises en zone offensive.


    Ici, on voit que Richards et Brassard sont ceux qui bénéficient d’une poussée aux mises en zone offensive, à l’exception de la série contre Philadelphie. La raison est fort simple : Craig Berube utilise continuellement Claude Giroux et Sean Couturier, ses deux meilleurs centres, pour éponger les mises dans la zone des Flyers. Stepan, donc, a alors bénéficié de cette poussée au nom des confrontations.

    On comprend aussi mieux l’ampleur du problème d’Alain Vigneault. C’est une chose que de compenser pour la perte de Brassard en envoyant Moore à sa place. Le trio du Québécois, s’il a beaucoup produit, est, aux assignations territoriales comme aux confrontations, à toute fin pratique le troisième trio des Rangers. Les tâches de Stepan sont beaucoup plus lourdes et si l’entraîneur des Rangers dispose toujours de quatre centres éprouvés, deux (Brian Boyle et Moore) sont des spécialistes de la défensive et les deux autres ne sont pas tout à fait des leveurs de fonte. Vigneault comme Michel Therrien ne jouent pas encore sérieusement le jeu des confrontations méthodiques entre attaquants, il est donc possible de « faire avec » (ne serait-ce que parce qu’avec les responsabilités de Stepan viennent ses excellents ailiers, Chris Kreider et Nash), mais les Rangers viennent tout de même de perdre un joueur qui pouvait aider à éponger les dégâts lorsque les meilleurs éléments adverses commençaient à trop s’agiter. Or, le premier trio du CH n’est pas exactement en train de s’effondrer.

    La montée en régime du trio de Desharnais

    À l’image des deux précédentes séries contre Boston et Tampa Bay, la présente série contre les Rangers est aussi, pour le Canadien, d’abord et avant tout un affrontement entre son premier trio et le défenseur étoile de l’équipe adverse. Après Victor Hedman et Zdeno Chara, donc, Ryan McDonagh.


    On excusera la densité du tableau ci-dessus, mais il permet de condenser le détail des confrontations subies par le premier trio du CH au cours des trois premières rondes. Chaque ligne indique au total ainsi que contre chaque défenseur étoile deux éléments : le nombre d’événements survenus en présence des deux joueurs (16 chances de marquer ont été générées lorsque Hedman et Desharnais étaient tous deux sur la glace à forces égales) et la part des événements en faveur du CH (75 pour cent des 16 chances ont été obtenues par le CH, donc 12 sur 16).

    Bien qu’on ait souvent souligné à quel point Chara n’était plus le défenseur dominant qu’il a déjà été, force est d’admettre que sur les seules données de ce tableau, on doit constater que le capitaine des Bruins n’est pas encore rendu à l’âge de la retraite. Malgré une quantité industrielle de mises en jeu en zone offensive, le premier trio du CH n’arrivait en effet pas à avoir l’avantage en sa présence. À un point tel que Therrien a dû ramené Brendan Gallagher avec Desharnais et Pacioretty pour relancer son premier trio en milieu de série.


    S’ils avaient tiré leur épingle du jeu en compagnie de Thomas Vanek lors de la première ronde, Desharnais et Pacioretty étaient tout simplement incapables de s’imposer en compagnie de l’Autrichien face à Chara. L’arrivée de Gallagher à leur côté a redonné à ce trio un peu de mordant, mais il faut le dire, la dose de mises en jeu en zone offensive fut conséquente (70 pour cent des mises en territoire des Bruins).

    Reste que ce changement de personnel et le rebond aux indicateurs de possession de rondelle pointent vers un élément important : plus encore que Pacioretty et Desharnais, c’est des performances de Gallagher qu’on doit ici parler. Vanek, comme ailier droit, n’était pas confronté à Hedman (qui joue du côté de Pacioretty) et n’a pu, contre Chara, s’imposer. Gallagher a donné plus de fil à retordre au grand no. 33 des Bruins et, contre McDonagh (à qui il est directement confronté), il semble définitivement s’imposer.

    Le tableau suivant recense deux éléments précis : les chances de marquer obtenues par un joueur donné et les entrées de zone en possession de rondelle opérées par ces mêmes joueurs (je recueille ces données pour chaque match du Canadien). Ce tableau donne les scores individuels différents joueurs du Canadien lorsque Ryan McDonagh est sur la glace à 5v5.


    Si Pacioretty a obtenu beaucoup de chances de marquer, c’est sur les entrées de zone en possession de rondelle que j’attire votre attention : théâtre d’une confrontation directe entre McDonagh et Gallagher, celui-ci transporte à lui seul la rondelle en territoire ennemi, contre McDonagh, aussi souvent que ses deux coéquipiers réunis. Ajoutons que Brian Gionta, s’il a moins souvent affronté McDonagh, est celui qui, après les trois compères, a généré le plus d’entrées de zones. Nous sommes nombreux, ces jours-ci, à méditer sur l’échange Scott Gomez-McDonagh, à raison. Qui peut rester insensible à l’idée d’un tandem McDonagh-Subban? Mais le fait est qu’à l’heure actuelle, les résultats obtenus par le meilleur défenseur des Rangers contre le meilleur trio du CH sont totalement à l’avantage du Canadien.

    Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

     

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