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Bouchard: Ce serait une erreur de jeter l'éponge sur Lars Eller

mercredi 2014-03-19 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard: Ce serait une erreur de jeter l'éponge sur Lars Eller
Bouchard: Une mauvaise saison ne doit pas faire oublier la progression affichée par Lars Eller

Dimanche dernier, nous avons vu comment David Desharnais avait connu, au total, une bonne saison malgré un début hésitant et comment ce début hésitant s’expliquait en partie par un contexte d’utilisation qui a toujours eu, au cours de sa carrière, des effets similaires. Nous nous attarderons aujourd’hui à un examen similaire pour un joueur ayant connu une saison à l’inverse de celle de Desharnais, soit Lars Eller. En effet, après un départ fulgurant, Eller est tombé dans une profonde léthargie, accumulant 18 points lors de ses 29 premiers matchs et cinq seulement lors des 39 suivants. Encore ici, les performances du joueur se comprennent mieux lorsqu’on considère le contexte dans lequel on l’a utilisé.

Reprenons pour commencer les trois histogrammes pour décrire l’évolution de l’utilisation d’Eller au cours des quatre dernières années.

Lors de sa première saison sous Jacques Martin, Eller doit se tailler une place, d’abord dans l’alignement comme ailier à tout faire, puis comme centre de quatrième trio. À la mi-saison, après avoir pris le poste de quatrième centre des mains de Dustin Boyd, il s’impose comme troisième centre et repousse Jeff Halpern à l’aile droite de Tomas Plekanec et Michael Cammalleri. Martin va, pendant un certain moment, utiliser Eller avec Travis Moen et Andrei Kostitsyn comme centre de couverture défensive. On le voit en effet ramasser par moments près de 30 pour cent des minutes « dures » disponibles à 5-contre-5 (à titre de référence, les joueurs les plus sollicités de la LNH vont chercher plus de 40 pour cent, parfois même 50 pour cent des minutes « dures » de leur équipe, alors que les joueurs de troisième trio héritent généralement de 20 pour cent de ces minutes). Les résultats sont plus ou moins heureux, mais on doit souligner que Martin (comme le montre le troisième histogramme), s’appuie de plus en plus sur Eller pour les mises en jeu en zone défensive.

Le schéma se répète lors de la saison suivante. Eller commence sur la liste des blessés, joue ensuite un peu à l’aile et retrouve, au mois de novembre, Moen et Kostitsyn. L’équipe étant alors décimée par les blessures, Martin s’appuie de plus en plus lourdement sur Eller, qui cette fois-ci tient le coup. Ce n’est que sous Randy Cunneyworth qu’il s’effondre graduellement, alors que les échanges et les blessures le privent tour à tour de Moen et Kostitsyn, mais aussi l’éloignent de P.K. Subban et de Josh Gorges, que Cunneyworth envoie désormais plus souvent avec Desharnais, Max Pacioretty et Erik Cole.

Sous Michel Therrien, c’est un retour aux minutes de troisième trio; en fait, Eller commence la saison sur la quatrième ligne avant de déloger Alex Galchenyuk d’un poste de centre pour lequel il n’est pas encore prêt. Si Therrien utilise d’abord Galchenyuk, Eller et Brandon Prust dans des missions de seconde zone, on le voit leur donner de plus en plus de mises en jeu en zone offensive alors que la saison progresse, un mode d’utilisation qui va se perpétuer dans les 20 premiers matchs de la présente saison. Puis, Brendan Gallagher est muté à l’aile droite de Desharnais et, pour Galchenyuk et Eller, la part des minutes « dures » diminue graduellement, les mises en jeu en zone offensive se font de plus en plus rares et la production offensive oscille, mais demeure par moments fort intéressante.

En fait, si on regarde de plus près certains indicateurs des performances d’Eller à forces égales, on constate que la présente saison n’a pas été très heureuse pour lui.

Ce que ces histogrammes nous suggèrent, c’est qu’Eller a vu sa production de tirs au but diminuer graduellement alors qu’on lui enlevait les situations offensivement favorables au fil de la saison. En soi, c’est compréhensible. Le deuxième histogramme nous montre par ailleurs que cette baisse de régime a coïncidé avec de très longues séquences malheureuses au taux de conversion de tirs en buts. Un joueur comme Eller voit généralement, à l’échelle d’une saison, huit pour cent des tirs produits par son équipe lorsqu’il est sur la glace être convertis en buts. Or, comme on le constate ici, ces ratios ne se sont que rarement élevés au-dessus de six pour cent! Rene Bourque, notamment, a obtenu beaucoup de chances de marquer à ses côtés sans jamais convertir quoi que ce soit. Enfin, on voit que depuis 20 matchs, la guigne s’acharne sur Eller personnellement. Alors qu’il récoltait depuis le début de la saison des points sur 70 pour cent des buts marqués en sa présence (un pourcentage un peu élevé, mais pas anormal), les 20 derniers matchs l’ont vu recueillir des points sur tout au plus 40 pour cent des buts marqués en sa présence.

Cette mauvaise saison ne doit pas faire oublier la progression bien réelle affichée par Eller depuis quatre ans, sous trois entraineurs différents.

On voit qu’Eller est un joueur de centre régulier de la LNH depuis l’âge de 21 ans, ce qui est en soi un excellent signe. En avantage numérique, on l’a vu obtenir beaucoup de temps de glace sous Cunneyworth et au début de la présente campagne (une autre raison pour son excellent début de saison). En désavantage numérique, il a pris du galon sous Cunneyworth et n’a jamais perdu son rôle sous Therrien. Les joueurs de centre qui, comme Eller, peuvent justifier du temps de glace dans les trois situations de jeu principales sous trois entraineurs différents avant l’âge de 25 ans, sont relativement rares.

Peu de joueurs peuvent produire, peu importe les coéquipiers qu’on leur donne. Comme Lars Eller, leur capacité à générer de l’offensive à forces égales dépend tant du genre de déploiement offensif qu’on leur impose que du type de joueur avec qui on les jumelle. Sur ce plan, la route d’un joueur comme Eller est ingrate. Homme à tout faire, on attend de lui qu’il performe en zone défensive et en désavantage numérique, en zone offensive et sur le jeu de puissance et pendant toutes les autres phases du jeu. Concrètement, le jeune Eller se trouve donc à faire ses classes comme troisième centre avec des joueurs souvent moins doués et à chercher à enlever du temps de glace à des joueurs établis (Plekanec, Halpern, Prust ou encore Colby Armstrong du côté défensif, encore Plekanec, Desharnais, Daniel Brière, Scott Gomez, même Bourque et Galchenyuk du côté offensif).

Si son développement peut sembler hésitant, on doit garder ces constats en mémoire avant de jeter l’éponge trop hâtivement dans son cas. Eller est, ces jours-ci, utilisé avec Brian Gionta et Galchenyuk, deux ailiers qui ont fort bien fait aux côtés de Plekanec. Les parallèles sont nombreux à faire entre le Tchèque et le Danois, car au-delà des différences physiques, tous sont appelés à jouer un rôle similaire. Après une saison marquée par la malchance et une instabilité constante de ses compagnons de trios, la résurgence de Brière et l’arrivée de Vanek donnent enfin à Eller des ailiers qui lui permettront de reprendre le dessus à forces égales et, qui sait, peut-être même obtenir plus de temps de glace en avantage numérique?

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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