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Bouchard : L’importance de l’assignation des tâches dans le cas de David Desharnais

dimanche 2014-03-16 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : L’importance de l’assignation des tâches dans le cas de David Desharnais
Bouchard : L’importance de l’assignation des tâches dans le cas de David Desharnais

Le centre du Canadien de Montréal David Desharnais semble avoir réchappé une saison pourtant fort mal amorcée. Après n’avoir obtenu qu’un maigre point au cours des 19 premiers matchs de sa saison, il a rebondi avec 37 points au cours des 45 matchs suivants. Si on a souvent expliqué ce début de saison par un passage à vide et des blessures à Max Pacioretty, ailier attitré du centre du CH, on a aussi souligné à quelques reprises que Desharnais semblait avoir perdu de cette intensité qui lui a permis d’atteindre la LNH au terme d’un parcours improbable. Les données disponibles ne nous permettent pas de quantifier ces aspects de la saison de Desharnais, mais elles nous offrent la possibilité de resituer ce début de saison difficile dans le contexte plus large de l’évolution de sa carrière.

Après une brève tasse de café au cours de la saison 2009-10 (six parties, à peine huit minutes jouées par partie), Desharnais s’installe au sein de l’alignement du CH au cours de la seconde moitié de la saison suivante. Sous les ordres de trois entraîneurs différents, on le verra commencer comme quatrième centre du CH pour ensuite gravir les échelons jusqu’à l’atteinte de son statut actuel, soit celui de centre spécialiste des missions offensives, chargé d’alimenter les meilleurs buteurs du club.

Cette évolution du rôle de Desharnais s’appréhende mieux lorsqu’on considère ensemble les trois indicateurs les plus utilisés au fil des chroniques publiées sur ce site, soit le taux d’exposition aux « minutes dures », le ratio de mises en jeu en zone offensive et la part des tirs vers le filet obtenu par l’équipe lorsque le joueur est sur la glace. Petit changement, ces informations sont ici présentées de manière chronologique, sous la forme d’un histogramme représentant l’évolution, pour chacune des quatre dernières saisons, de chaque indicateur sous forme de moyenne « tournante » de 10 matchs. Entendre par là qu’on commence par la moyenne des 10 premiers matchs, qu’on remplace le premier match par le 11e et ainsi de suite.

Autre légère modification : les parts de mises en jeu en zone offensive et les parts de tirs vers le filet obtenus sont présentées de manière à présenter les scores de Desharnais relativement à ceux du club lorsqu’il n’est pas sur la glace, et non pas comme un simple pourcentage. Ce faisant, il est plus aisé de garder le fil des performances de Desharnais malgré les fortes variations de performances du club au cours des quatre dernières saisons.

À regarder les histogrammes ci-dessus, on constate d’abord que Desharnais a commencé dans les minutes « molles » pour ensuite prendre rapidement du gallon lors de la saison 2011-12. On constate qu’après des débuts hésitants, il conclut la saison 2010-11 en force, notamment avec Benoit Pouliot. L’entrée dans les minutes dures, la saison suivante, est relativement difficile, le club ne performant pas vraiment mieux aux tirs en sa présence, malgré une poussée discrète, mais réelle aux mises en jeu sous Jacques Martin.

Le congédiement de ce dernier au profit de Randy Cunneyworth change son profil d’utilisation. Jumelé désormais systématiquement à Erik Cole et Max Pacioretty, Desharnais voit sa charge de travail exploser et, alors qu’approche la fin de la saison et que s’accumulent les blessures, il perd graduellement la poussée aux mises en jeu en zone offensive. Les résultats sont nets : après avoir graduellement monté en régime au fil de la saison, Desharnais semble s’affaisser sous la lourde charge de travail qu’on lui confie.

Michel Therrien va, à l’hiver 2013, utiliser Desharnais d’une manière plus subtile. Si on l’expose aux meilleurs éléments adverses, on voit aussi l’entraîneur rapidement chercher à lui donner plus de mises en zone offensive et le club fait généralement mieux au temps de possession en sa présence.

Le début de la saison 2013-14 marque une rupture. On ne protège plus Desharnais des mises en jeu en zone défensive et on continue à l’exposer à un bon niveau d’adversité, tout en cherchant à l’unir à Daniel Brière. Les résultats, comme au cours des saisons différentes, sont à la clé. Ce n’est que lorsque Therrien recommence à « pousser » Desharnais en zone offensive que celui-ci recommence à aider le club à surperformer. L’essai avec Brière en début de saison, donc, n’a pas fonctionné. On aurait pu conclure à un manque de chimie, mais dans les faits, il semble que la façon qu’avait Therrien de déployer Desharnais le mettait dans une situation où il n’a, sous les deux précédents entraîneurs pour qui il a joué, pas connu de succès.

Autre élément souligné en début de chronique : l’importance de Pacioretty. Depuis ses débuts dans la LNH, on voit par le tableau suivant que Desharnais a été beaucoup plus productif en sa présence.

En fait, au cours des trois dernières saisons, c’est plus de 75 pour cent de son temps de glace à 5 contre 5 que Desharnais a passé en compagnie du gros #67. Ce jumelage coïncide avec une production offensive relativement stable.

C’est en avantage numérique que Desharnais semble avoir par moment connu des difficultés au cours des deux dernières saisons. On constate en effet que la saison 2013 voit le taux de conversion (le nombre de buts divisé par le nombre de tirs au but) diminuer par rapport aux années précédentes. Cette baisse n’est pas en soit dramatique, un taux de 20 pour cent (2010-11) étant pour ainsi dire impossible à maintenir. Plus embêtant pour la fiche de Desharnais, la saison écourtée le voit cumuler sur l’avantage numérique un point par tranche de trois buts marqués. C’est nettement inférieur à ce qu’il produit habituellement et ça s’explique notamment par le fait qu’il n’obtient, au cours de cette saison, aucune mention d’assistance sur un but marqué à 5 contre 4. Les cinq mentions cumulées sur les unités spéciales sont toutes obtenues à 5 contre 3.

Si la chose s’était perpétuée au cours de l’actuelle saison, il y aurait eu lieu de s’inquiéter. Mais après un début de saison anémique, les ratios de Desharnais ont rebondi à leur niveau normal.

Un découpage plus précis de la saison entre les séquences malheureuses (les 19 premiers matchs) et heureuses (les 45 matchs suivants) est fort éclairant. Desharnais est, en début de saison, à la fois affligé par des pourcentages désavantageux (seulement 4 pour cent des tirs dirigés au filet sont convertis en buts) et par des assignations particulièrement fréquentes en zone défensive. On l’a vu plus haut, ce genre de déploiement ne donne jamais de très bons résultats dans son cas et ce début de saison le confirme.

Tout ça rebondit du bon côté à partir du 20e match disputé par Desharnais et on voit Therrien le gaver de nouveau de mises en zone offensive. Les ratios de réussite sont au rendez-vous et les points recommencent à s’accumuler. Fait intéressant, la malchance était particulièrement présente en avantage numérique où, il faut le dire, il anime en début de saison une deuxième vague particulièrement anémique : elle ne produit que les deux tiers du volume de tirs produits par la première vague! Tout ça, à l’image du tableau sur le jeu à forces égales, revient au beau fixe par la suite.

Les déboires de Desharnais en début de saisons (et sur l’avantage numérique depuis la saison dernière) mettent en premier lieu en évidence l’importance de l’assignation des tâches. L’immense majorité des joueurs réguliers de la LNH peut, à l’image de Desharnais, fournir de précieux services à leur équipe si on leur assigne des tâches qui correspondent à leurs spécialités. En dehors de ces territoires bien identifiés, ils sont souvent perdus.

Autre élément important dans le cas des joueurs offensifs : la grande volatilité des taux de réussite. Il n’est pas rare de voir un joueur connaitre un passage à vide malgré un effort soutenu et des chances de marquer accumulées. Si tant est que le joueur continue à bénéficier de la confiance (et des assignations favorables!) de son entraîneur, le temps fait son œuvre. Encore faut-il que l’entraîneur ne perde pas patience.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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