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    Bouchard : La marche dominante de l’équipe canadienne vers la médaille d’or

    mercredi 2014-02-26 / 6:00 / Jeux de Sotchi 2014

    Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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    Bouchard : La marche dominante de l’équipe canadienne vers la médaille d’or
    Bouchard : La marche dominante de l’équipe canadienne vers la médaille d’or

    La marche de l’équipe canadienne vers la médaille d’or aura été sans véritable défaillance. Après des matchs contre l’Autriche et la Norvège aux allures de séance de pratique, le niveau de compétition a bien augmenté, mais la domination canadienne ne s’est jamais démentie. On a ainsi vu le personnel d’entraîneurs dirigé par Mike Babcock établir une méthode (un jeu axé sur la possession de rondelle) et une distribution des tâches des plus rigoureuses ayant trouvé son point culminant contre la Suède.

    Une équipe dominante

    La chose n’a pas toujours été évidente parce que le Canada n’a jamais (à l’exception de la malheureuse Autriche) complètement enfoncé ses adversaires. Mais la domination était bien réelle, en continuité avec les succès passés de cette génération de joueurs qui constituait le cœur de l’équipe. Menée par Sidney Crosby, ils forment ce que le chroniqueur Bruce Arthur du National Post a fort justement qualifié de « génération en or » (Golden Generation), ayant depuis les rangs juniors remporté coupes Memorial, médailles d’or olympiques, championnats juniors et Coupes Stanley.

    Parce que je considère que le « vrai » tournoi a, pour les Canadiens, commencé contre les Finlandais, je baserai les prochaines données sur les résultats des quatre derniers matchs, soit ceux contre la Finlande, la Lettonie, les États-Unis et la Suède. Dans l’ensemble, la domination est sans appel :

    On peut chicaner sur la courte victoire contre la Finlande, mais elle n’était pas en ronde éliminatoire. Au total, ils n’ont jamais vraiment laissé de chances à leurs adversaires. Sur le plan individuel, on n’a qu’à regarder les meneurs aux actions individuelles pour comprendre que l’horloge tournait contre les adversaires du Canada; même s’ils n’ont pas toujours fait scintiller la lumière rouge, on voit à quel point les gros noms ont su animer le jeu.

    Considérés dans le contexte des assignations par trios, on voit que les différents trios et duos ont eu des tâches clairement différenciées :

    Duncan Keith et Shea Weber se sont chargés des travaux défensifs, parfois appuyés de Jay Bouwmeester et Alex Pietrangelo, alors que Drew Doughty et Marc-Édouard Vlasic avaient plutôt à fournir les appuis offensifs. On comprend mieux ici comment Doughty se trouve en plein milieu des meneurs aux actions individuelles : on l’a utilisé de sorte à faire pleinement ressortir ses qualités offensives.

    En attaque, en considérant les pourcentages de mises en jeu en zone offensive, on voit bien que Jonathan Toews, Patrick Marleau et Jeff Carter ont été le trio défensif, Crosby en soutien défensif (on y reviendra) et Ryan Getzlaf et Matt Duchene en soutien offensif.

    En croisant les présences aux mises en jeu entre attaquants et défenseurs, on obtient un portrait encore plus précis de cette distribution des tâches qui fut au cœur des succès de l’équipe canadienne.

    On constate à quel point Babcock a usé de ses deux premiers trios et de son premier duo de défenseurs comme muraille défensive. On voit aussi à quel point les appuis offensifs étaient distribués : Duchene et John Tavares ont été appuyés de Bouwmeester et Pietrangelo, Crosby par Doughty et Vlasic, Getzlaf par Keith et Weber. La présence du trio de Crosby et du duo Keith-Weber dans des rôles offensifs comme défensifs démontre au passage à quel point ces joueurs ont vu beaucoup de glace au cours de ces quatre matchs. Et les résultats, lorsqu’on regarde les différentiels de chances de marquer, ont été à la clé :

    Il est remarquable de voir comment les meilleurs différentiels ont été obtenus, globalement, par ceux des joueurs canadiens ayant eu les plus lourdes responsabilités. Cette ligne verte qui croise le premier duo de défenseur et les trois premiers trios du Canada illustre ce qui fut la colonne vertébrale de l’équipe canadienne.

    Une recette exclusivement olympique?

    L’équipe canadienne peut-elle servir de modèle pour la construction d’une équipe de la LNH? À première vue, la réponse semble évidente : bien sûr que non. Personne n’a à sa disposition pareil bassin de joueurs. Mais en fait, la réponse est plus nuancée.

    Plus encore que le peu de blessures subies, plus encore que le fait d’avoir pu bénéficier d’une « génération en or » sur laquelle bâtir le club, c’est la leçon de hockey donnée par ce groupe qui marque. Mike Babcock l’a bien dit, ce club n’était pas tant un club défensif qu’un club de possession de rondelle.

    « Quand on parle d’excellentes unités défensives, parfois on devient confus », a indiqué Babcock aux journalistes après le match de la médaille d’or. « Avoir une excellente unité défensive signifie que tu joues avec beaucoup de vitesse défensivement et que tu as toujours la rondelle, alors tu es toujours à l’attaque. Ne vous méprenez pas, nous avons clairement dominé ces équipes pour les chances de marquer; on n’a pas touché la cible. On a été une très bonne équipe offensive. C’est de cette façon que j’ai dirigé l’équipe. C’est à cela que je m’attendais. C’est ce qu’on a obtenu. On n’a pas demandé aux gars de reculer. »

    Cette philosophie s’est traduite dans le choix des joueurs. Aucun spécialiste de la défensive n’a été retenu, tous sont dans leurs équipes respectives responsables d’animer l’attaque, de marquer des buts. Et pourtant, comme on l’a vu, on avait bel et bien des joueurs assignés à l’attaque et d’autres à des rôles de soutien, et les résultats ont été éclatants.

    Tout au long du tournoi, l’équipe canadienne a fait preuve de patience avec la rondelle. Les rejets en fond de zone étaient limités au plus strict nécessaire, et les entrées de zone se sont presque toujours accomplies lorsqu’au moins un attaquant était prêt à offrir un soutien rapproché au porteur de la rondelle. On n’a que rarement vu des joueurs canadiens se lancer seuls dans un assaut futile d’une zone adverse cadenassée. Le Canada a pratiqué un style discipliné dont le contrôle des risques passait par les habiletés naturelles de ses joueurs.

    Autre illustration de l’effort collectif canadien, la durée de chaque présence sur la glace. En raccourcissant au maximum ces séquences, les joueurs canadiens s’assuraient de pouvoir maximiser l’avantage que leur conféraient leur grosseur et leur rapidité. Mais, plus encore, ils offraient ainsi à leur entraineur un maximum de flexibilité. C’est bien parce que le trio de Crosby ne traine jamais plus de 30 secondes sur la glace par présence que Babcock peut se permettre de l’envoyer prendre 18 mises en jeu au cours du match contre la Suède, un sommet pour le club Canadien (même les défenseurs Keith et Weber n’ont pas égalé cette marque, avec respectivement 16 et 17 présences sur des mises en jeu).

    Pour un joueur ayant fait son chemin par ses prouesses offensives, s’il ne peut reproduire ces prouesses dans la LNH, on considèrera alors souvent son style comme un défaut, porteur de mauvais réflexes (une prise de risque trop grande, en fait, indissociable de la performance offensive) qui empêchent de bien soutenir les meilleurs. Et, insidieusement, on en vient alors parfois à accepter que si un joueur n’est pas parmi les meilleurs, c’est un peu une fatalité qu’il n’ait que rarement le contrôle de la rondelle. Or, Babcock nous a peut-être donné à ce sujet une leçon : un système axé sur la possession de la rondelle permet d’utiliser ces joueurs de talent dans des rôles de soutien, ce qui contribue à créer une équipe des plus dominantes. La recette n’est pas nouvelle, elle a été appliquée avec soin par les Red Wings de Babcock et, plus récemment, les Blackhawks de Chicago, les Sharks de San Jose et les Bruins de Boston, équipes dont les succès ne se sont pas démentis ces dernières saisons.

    Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.