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Analyse : Raphaël Diaz sera utile aux Canucks

lundi 2014-02-03 / 20:58 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Analyse : Raphaël Diaz sera utile aux Canucks
L’échange de lundi entre le Canadien de Montréal et les Canucks de Vancouver peut sembler mineur à première vue.

L’échange de lundi entre le Canadien de Montréal et les Canucks de Vancouver peut sembler mineur à première vue. Raphaël Diaz comme Dale Weise ne jouaient que sporadiquement. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, cet échange nous permet de mieux saisir ce qui pousse des équipes à bouger à ce moment-ci de la saison.

Raphaël Diaz

Le temps d'utilisation du Suisse, important en début de saison, a commencé à diminuer dès le retour de Douglas Murray et Alexei Emelin. On peut dire que ces deux-là l'ont relégué au rang de sixième défenseur et demi, partageant son poste avec Francis Bouillon. L’émergence de Nathan Beaulieu, qui semble devenu trop rapide (mais pas nécessairement trop fort !) pour la Ligue américaine de hockey, a simplement confirmé l'heure du départ.

Prise en tranches de 14 matchs, la saison de Diaz à forces égales ressemble à ceci (les défenseurs sont triés en fonction des paires de défenseurs présentement utilisées):


Quatrième défenseur du club pour les deux premières tranches du calendrier, il cède le pas à Emelin en 3e tranche et sombre dans l'oubli au cours des 14 derniers matchs. La chose a de quoi surprendre, parce que Diaz ne jouait pas exactement, en début de saison, un rôle effacé. À preuve la distribution des minutes dures (le temps de glace passé lorsqu’au moins quatre des joueurs adverses les plus utilisés sont sur la glace) :


Lui et Gorges occupent clairement le rôle de deuxième duo défensif derrière P.K. Subban et Andrei Markov au cours de la première tranche. En surface, les chiffres régressent en deuxième tranche, alors qu'Emelin gobe 125 minutes et monte rapidement en grade. On voit qu'en 3e tranche, Emelin et Gorges sont les plus lourdement chargés de minutes dures. Viennent ensuite Subban et Markov, alors que Diaz reste confortablement devant Murray et Francis Bouillon quant à la charge de travail. Ce n'est qu'en quatrième tranche qu'on le voit clairement délaissé.


On voit dans ce tableau que Diaz a été lourdement taxé aux mises en jeu en zone défensive au cours des 28 premières parties de la saison. On voit aussi à quel point, pour l’entraîneur des défenseurs Jean-Jacques Daigneault et l’entraîneur en chef Michel Therrien, ces mises en jeu en zone défensive servent à envoyer la troisième paire de défenseurs plus souvent en zone offensive. Diaz profite d'ailleurs de cette protection territoriale en 3e tranche.

Je note au passage qu'on voit aussi dans ce tableau une explication des difficultés rencontrées dernièrement par Subban: à 58 pour cent d'exposition aux minutes dures et 43 pour cent de départs en zone offensive, il est totalement enseveli sous les tâches défensives. La chose se constate dans le tableau suivant:


Lorsqu'on regarde les tirs vers le filet, on constate que Diaz a constamment battu ses scores de mises en jeu, entendre par là que les pourcentages de tirs sont toujours plus élevés que les pourcentages de mises en zone offensive. C'est pour moi le signe d'un joueur qui aide à ramener le jeu du bon bord de la patinoire.

En fait, il faut ici souligner certains éléments que les trois tableaux précédents ne montrent pas. Diaz et Gorges, réunis, passent de 51 pour cent de TVF à 44 pour cent entre la première et la deuxième tranche du calendrier, mais restent autour de 40 pour cent de mises en zone offensive. Cela nous indique qu’ils sont toujours aussi sollicités défensivement, mais, de plus en plus, peinent à reprendre l’avantage territorial. Cela s’explique par le fait qu’ils voient leur taux de minutes dures passer de 21 pour cent à 29 pour cent, alors que Markov et Subban réunis voient leur taux de minutes dures passer de 30 pour cent à 21 pour cent.

Le duo Gorges-Diaz accomplissait un boulot ingrat et nécessaire de protection qui bénéficiait au reste de l'alignement. Lors de son retour de blessure, fraîchement titularisé d'un contrat de quatre ans, on a décidé de donner à Emelin le poste de Diaz. Ça n'a pas très bien marché, mais le coach a fait son lit: le gros Russe est le deuxième défenseur du côté droite du club.

Il est plus curieux de voir Diaz évincé du club alors même que les circonstances semblent le favoriser. En effet, la troisième paire est utilisée dans un rôle d'exploitation, c'est-à-dire qu'on la garde loin des meilleurs éléments adverses et qu'on lui donne un maximum de mises en jeu en zone offensive. De plus, Beaulieu est un jeune défenseur doué pour l'offensive et surtout, surtout, un gaucher qui n'a semble-t-il jamais vraiment joué à droite. Aussi, la distribution des tâches devient de plus en plus claire entre les deux premiers duos de défenseurs, Subban et Gorges gobent un maximum de minutes dures alors que Markov et Emelin prennent un maximum de mises en jeu en zone défensive. Enfin, comme le montrent les trois tableaux précédents, Murray, malgré un passage systématique dans les minutes molles, n'a vraiment rien cassé.

Il se peut bien qu'on considère avoir en Murray un joueur contribuant sur le désavantage numérique. Mais il faut savoir que le CH passe un peu moins de six minutes par match en désavantage numérique, pareillement en avantage et environs 47 minutes à forces égales. On voit comment cela est favorable à un défenseur qui, comme Diaz, pratique toutes ces disciplines et possède un certain talent offensif. Si Murray a bien fait en désavantage numérique, Diaz semblait lui aussi parfaitement correct et la différence entre les deux ne compense probablement pas pour les carences de Murray dans les autres facettes du jeu. Mais, encore ici, les entraîneurs ont fait leur nid et on doit simplement accepter que les raisons qui les poussent vers ce choix ne se trouvent tout simplement pas dans ces tableaux.

Voici donc un joueur, agent libre sans compensation, que l'entraîneur semblait avoir définitivement oublié. Marc Bergevin devait le « faire bouger » avant que sa valeur ne soit complètement nulle, ce qui fut fait. Et, à Vancouver, Diaz aura une chance de se faire valoir. En Christopher Tanev et Kevin Bieksa, ce sont en effet deux défenseurs droitiers qui sont présentement sur les lignes de côté, ce qui ne laisse aucun droitier d’expérience pour épauler Yannick Weber et le jeune Frank Corrado.

Lorsqu’on considère les duos défensifs utilisés pendant au moins une heure à forces égales, on voit un peu mieux dans quel pétrin les Canucks s’enfoncent présentement :


Ajoutons à cela que Tanev et Bieksa sont, après Dan Hamhuis, les plus utilisés en désavantage numérique et que Bieksa a joué près de 100 minutes sur l’avantage numérique depuis le début de la saison. Si Diaz arrive sur la côte ouest avec une feuille de route entachée et une valeur d’échange au plus bas, la versatilité démontrée à Montréal et sa capacité à accompagner de bons joueurs dans des missions difficiles en font un excellent pari pour les Canucks.

Dale Weise

Il est quelque peu difficile de définir clairement ce que Dale Weise apportera au Canadien. Au cours des trois dernières saisons, il joue autour de sept à huit minutes par match à forces égales et on ne le verra jouer en désavantage numérique que l’an dernier. Encore là, à moins d’une minute par match, on parle d’un rôle auxiliaire. Ces joueurs peu utilisés sont difficiles à évaluer, vu le peu de données disponibles, mais un examen plus approfondi du déploiement des attaquants à Vancouver nous permet de glaner quelques indices.

La quatrième ligne des Canucks, comme la plupart des trios de ce type à travers la ligue, n’a guère eu à affronter les meilleurs éléments adverses.

Pareille concentration des tâches s’explique ici par une spécialité de l’entraîneur des Cancuks, John Tortorella. À l’image d’Alain Vigneault avant lui et en continuité avec ce qu’il faisait à New York avec les Rangers, Tortorella joue, dans sa gestion de banc, lourdement du levier des zones de mises en jeu et amène ainsi l’adversaire à privilégier les confrontations « force contre force ».


Parce qu’on distribue les mises en jeu de sorte à pouvoir maximiser l’impact offensif du haut de l’alignement, nommément les jumeaux Henrik et Daniel Sedin, le bas de l’alignement doit quant à lui passer derrière et ramasser ce qui traîne. On voit dans les deux tableaux ci-dessus que Tortorella s’est trouvé un concierge en la personne de Brad Richardson. Sauf dans la dernière tranche de 14 matchs, son niveau de compétition est considérablement plus faible que celui des autres réguliers, alors même qu’il ne prend presque pas de mises en zone offensive. Le constat est important : les Canucks n’ont pas à proprement parler un « trio d’énergie », mais plutôt des spécialistes de la défensive.

On voit aussi dans ces tableaux que Weise, s’il ne joue pas non plus contre les meilleurs, ne fait pas pour autant partie de ces spécialistes. On le constate mieux lorsqu’on regarde avec qui Weise a joué au fil de la saison.


On voit clairement qu’à deux moments de la saison, Weise a droit à une audition comme joueur défensif, soit dans la première et la troisième tranche du calendrier. Et, deux fois plutôt qu’une, Tortorella renonce. Tout comme Diaz, nous sommes ici en présence d’un joueur qui n’a pas su s’établir et que le DG Mike Gillis, faute de pouvoir le renvoyer dans les mineures sans le passer au ballotage, devait échanger.

Contrairement à Diaz, par contre, la place de Weise dans l’alignement du CH est beaucoup moins évidente. On peut le présumer supérieur, sur le plan du hockey, à George Parros. Mais est-il meilleur ailier que Brandon Prust ou Travis Moen? Est-il meilleur centre que Ryan White? On pourrait voir Therrien décider par moment de sortir un Rene Bourque, un Michael Bournival ou encore un Daniel Brière de l’alignement pour faire une place à Weise, mais il semble évident que ce ne sera que pour un match ou deux, histoire de pousser sur des joueurs qu’on souhaite voir plus productifs.

C’est pourquoi l’échange est doublement à l’avantage des Canucks. Ceux-ci ont obtenu, pour un joueur qui leur est inutile, un joueur qui répond à un besoin urgent, alors que le Canadien a obtenu un joueur qui ne semble pas à même de prendre une place définie au sein de leur équipe. En fait, je suis surpris que Bergevin ait obtenu un joueur et non un choix de repêchage. Si tardif soit-il, un choix supplémentaire n’est jamais une mauvaise chose entre les mains de l’équipe de recrutement de Trevor Timmins.

Aussi, outre Bieksa et Tanev, les seuls défenseurs droitiers des Canucks sont Weber et Corrado (prometteur, mais encore vert). Diaz, qui n’a que 28 ans et a été un défenseur régulier, appelé à jouer des minutes de deuxième duo sous trois entraîneurs différents, est donc susceptible de s’installer à demeure dans leur alignement. On dit souvent que l’équipe qui obtient le meilleur joueur gagne l’échange; dans le cas présent, ce joueur est Raphaël Diaz.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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