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Bouchard : les Sénateurs d’Ottawa sont un club à surveiller

dimanche 2014-01-26 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : les Sénateurs d’Ottawa sont un club à surveiller
Bouchard : les Sénateurs d’Ottawa sont un club à surveiller

Les Sénateurs d’Ottawa ont commencé leur fin de semaine installés au 11e rang de l’Association de l’Est, à deux points (54 contre 56 pour les Red Wings de Detroit) d’une place dans les séries éliminatoires et cinq points derrière le Canadien de Montréal et les Maple Leafs de Toronto (tous deux à 59 points). Pourtant, les Sénateurs ont de très bonnes chances de monter rapidement au classement. En effet, les trois clubs que je viens de citer sont dans la même division que les Sénateurs et sont, à différents degrés, en train de régresser. La porte s’ouvre ainsi aux Sénateurs, non seulement pour une place en séries comme meilleur deuxième, mais peut-être même comme club se classant parmi les trois premiers de sa division.

Trois adversaires qui s’affaiblissent

L’espoir des Sénateurs repose sur l’affaiblissement continu de ces trois équipes, que l’on peut constater par le graphique suivant. On y retrouve, sur une base mensuelle, le différentiel de tirs dirigés vers le filet lorsque le score est serré. Cet indicateur permet de saisir la capacité d’un club à contrôler la rondelle et, donc, gagner un maximum de matchs.

Outre un mois de novembre atroce, les Sénateurs se détachent clairement de leurs adversaires. Les Red Wings ont su tenir un rythme relativement positif jusqu’au mois de décembre, mais les blessures ont depuis graduellement émoussé leur capacité à contrôler le jeu. Les Maple Leafs sont présentement sur une séquence heureuse, mais sont, de manière générale, lourdement tributaire des performances exceptionnelles de leurs deux gardiens, qui sont tous deux en train de revenir sur terre. Le Canadien, après un début prometteur, a complètement implosé.

Mais la remontée des Sénateurs est-elle susceptible de se traduire en progression définitive au classement? Les éléments d’analyse utilisés la semaine dernière pour disséquer l’effondrement du Wild du Minnesota nous permettent d’explorer la question plus en détail.

Une saison en dents de scie

En divisant la saison des Sénateurs en tranches de 10 matchs (11 pour la 5e tranche), on constate que la saison d’Ottawa fut entamée dans des conditions difficiles, avec six matchs contre la puissante division Pacifique.

Si on regarde maintenant le différentiel des tirs pour chaque section de la saison, ce sont les difficultés à se démarquer contre la division Métropolitaine qui apparaissent plus clairement. Outre la deuxième section, généralement négative, les Sénateurs tiennent leur bout.

L’effondrement, concentré dans la deuxième tranche du calendrier, laisse entrevoir un ajustement général des façons de faire du club. En effet, cette série noire correspond à une séquence de huit matchs sur 10 disputés à domicile, ce qui laisse normalement attendre des résultats plus favorables.

Si on prend le différentiel des tirs sur la seule foi du lieu ou s’est tenu le match, c’est encore plus net : les Sénateurs ont connu énormément de difficultés à domicile pendant huit matchs, pour ensuite reprendre du poil de la bête.

Ces quelques figures jettent les bases de l’enquête : après un début de saison prometteur, le club s’est enlisé et à partir du 21e match, des ajustements ont été apportés, ajustements qui ont porté fruit, comme en témoigne le renversement complet de situation lorsque l’équipe a l’avantage de la glace à domicile.

Une défensive construite autour de Karlsson

Il est fascinant de voir comment l’entraîneur Paul MacLean a entamé, suite aux difficultés rencontrées au cours des matchs 21 à 30, un travail de réorganisation du corps défensif qui se poursuit encore à ce jour. En fait foi le tableau de la distribution des « minutes dures ». Les minutes dures sont ces moments d’un match ou deux des meilleurs attaquants et deux des meilleurs défenseurs de l’adversaire sont sur la glace. La proportion de ces minutes accaparée par un joueur donné nous permet donc de savoir s’il joue où non un rôle de premier plan.

Erik Karlsson, bien entendu, ressort immédiatement. Notez comment son exposition aux meilleurs éléments adverses diminue au cours des périodes 2 et 4. Si on se réfère au quatrième graphique de ce texte, on constate que ces périodes se distinguent des autres par un grand nombre (huit et sept respectivement) de matchs joués à domicile. On voit donc que, lorsqu’on lui laisse le choix, MacLean retire un peu de responsabilités à son meilleur joueur.

Le jeu de chaise musicale derrière Karlsson est impressionnant. Marc Méthot, sbire attitré du jeune prodige l’an dernier, est graduellement écarté des assignations les plus rudes et envoyé prendre des minutes plus tranquilles, alors que Jared Cowen effectue quelques stages avec le suédois. Reste qu’au fil du temps, les tâches se concentrent entre les mains du premier duo. Autre constat, Cody Ceci, jeune défenseur recrue, arrive tardivement, mais prend rapidement du galon. Au moment d’écrire ces lignes, il est clairement installé sur la deuxième paire défensive.

Outre la gestion des confrontations, la distribution des mises en jeu est un autre faisceau par lequel on peut retracer le déplacement des rôles.

Ici, le déplacement est manifeste. Le redressement offensif des Sénateurs correspond directement à un changement d’assignation pour Karlsson, à qui on donne désormais un rôle ultra-offensif. Il semble en fait que MacLean a tenté, en début de saison, de donner ces tâches offensives à des joueurs reconnus pour avoir certaines compétences en la matière (Patrick Wiercioch, Joe Corvo, Cowen) pour user du génie de Karlsson dans des tâches plus diversifiées. Avec un club qui menaçait de dérailler, on est revenu à la recette la plus simple : laisser le génie offensif s’exprimer à plein, quitte à brasser continuellement la soupe avec les autres joueurs à disposition. Tous les défenseurs voient leur rôle changer encore et encore, au fil des séquences, seul Cowen (compagnon attitré de Karlsson) trouvant une certaine stabilité. Reste que ça fonctionne : les cases rouges s’effacent graduellement au fil du tableau, signe d’un club qui, par sa capacité à occuper le territoire ennemi, donne à accomplir un nombre de plus en plus faible de mises en jeu auprès de son propre gardien.

La chose se confirme lorsqu’on regarde l’évolution des différentiels de tirs affichés par le club en présence de chaque défenseur.

Globalement, la ligne orange du deuxième segment de 10 matchs ressort immédiatement et fait contraste avec le vert pâle de la première tranche ainsi que l’importance de plus en plus grande du vert foncé lorsqu’on avance vers la droite. L’effet de locomotive de Karlsson est ici pleinement illustré, mais on doit aussi souligner que ce sont désormais Phillips, Methot et Ceci qui se partagent l’essentiel du temps de glace.

En attaque, Spezza passe le flambeau à Turris

Après avoir distribué équitablement les tâches pendant les 20 premiers matchs, MacLean décide de s’appuyer plus lourdement sur le trio de Kyle Turris. Il est rare de voir un transfert de responsabilités s’exprimer de manière aussi nette :

La concentration des tâches de Turris augmente d’un seul coup et le « jaunissement » des cases concernant les Milan Michalek, Jason Spezza, Cory Conacher et Mika Zibanejad est parfaitement net. Zack Smith et Colin Greening gardent bien, avec Chris Neil, quelques velléités de responsabilités défensives, mais on semble ici être en présence d’un partage des tâches effectué entre le deuxième et le troisième trio une fois Turris passé contre les meilleurs adversaires.

À regarder les mises en jeu, on voit en fait que MacLean avait deux rôles défensifs distincts à distribuer : un « couvreur », chargé de jouer contre les meilleurs adversaires, et un « concierge », chargé de prendre un maximum de mises en jeu en zone défensive. Il semble s’éloigner de cette façon de faire pour donner à Turris, qui commence la saison comme concierge, un travail de couvreur-concierge. En poussant ainsi sur un seul trio un maximum de responsabilités, on voit un rôle de concierge « junior » attribué à Smith. Une fois Smith et Turris passés, ne restent alors que des mises en zone offensive contre des adversaires de second rang. Ce troisième rôle, visant à exploiter les faiblesses des adversaires, est confié à un assemblage changeant reposant pour l’essentiel sur le « groupe des quatre » : Michalek, Spezza, Conacher et Zibanejad.

Au temps de possession, l’impact est senti.

Turris et Bobby Ryan, séparés un moment de Clarke MacArthur, souffrent quelque peu de la transition, alors que Smith, lui, prend ses ailes. Mais surtout, on constate un impact massif sur le « groupe des quatre », qui affichent alors des taux de possessions remarquables. Au cours de la dernière période de 11 matchs, on constate en fait que la nouvelle distribution des tâches a été pleinement assimilée. Si Turris et ses sbires sont passablement enterrés, les bénéfices de leur travail de leveurs de fonte se font sentir sur tout le reste de l’alignement. Autre élément qui n’a certainement pas nui : l’émergence définitive de Zibanejad se voit très nettement. Lorsque le grand Mika met les patins sur la glace, la rondelle va du bon bord.

En conclusion : les joueurs vieillissent, leur rôle change

Âgé de seulement 30 ans, il semble bien que Jason Spezza ait perdu de son efficacité. MacLean a su reconnaitre la chose et reconfigurer les tâches de son groupe d’attaquants pour mieux assoir chacun dans un rôle qui lui convient. De même, après avoir tenté de lui confier un rôle plus hybride, l’entraîneur a décidé de redonner à Karlsson un rôle ultra-offensif.

Ces changements sont tout sauf anodins. Le défenseur-vedette du club avait, au moment où MacLean change ses assignations, cumulé 20 points au cours des 20 premiers matchs du club. De même, Spezza avait 18 points en 20 matchs. Ils sont nombreux les entraîneurs qui, constatant le rythme auquel ces deux joueurs produisaient, auraient évité de changer quoi que ce soit.

Mais la production d’un individu n’est pas celle d’un club, surtout à court terme, et les Sénateurs ont su reconnaître la chose. Si on ajoute à ce discernement l’émergence de deux jeunes joueurs (Ceci et Zibanejad), on ne peut désormais sous-estimer leur capacité à brouiller les cartes dans la course aux séries.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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