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Bouchard : le lien entre le déploiement tactique des jeux de puissances et leur efficacité

dimanche 2014-01-05 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : le lien entre le déploiement tactique des jeux de puissances et leur efficacité
Bouchard : le lien entre le déploiement tactique des jeux de puissances et leur efficacité

Parce qu’il constitue une séquence de jeu réservée aux joueurs les plus talentueux de chaque club, le jeu de puissance est une des situations les plus excitantes d’un match de hockey. Tous les clubs de la LNH ayant dans leur alignement des marqueurs et des passeurs habiles, l’avantage numérique est aussi un espace de raffinement important sur le plan tactique. La chose nous a été révélée dernièrement sous un angle particulièrement saisissant par Chris Boyle dans un article sur l’utilisation d’Alex Ovechkin. En reprenant les trouvailles de Boyle sur Ovechkin, j’aimerais aujourd’hui explorer le lien entre le déploiement tactique des jeux de puissances et leur efficacité.

Le cas Ovechkin

À la base, le travail de Boyle repose sur l’analyse du mouvement de la rondelle précédant les tirs au but ainsi que le type de tir et l’endroit d’où ces tirs sont décochés. Quoi qu’il cherche par ce travail à développer une meilleure compréhension du travail des gardiens de but (la page de référence des articles qu’il a publiés en fait foi), son article sur Ovechkin démontre à quel point le déploiement d’un joueur-vedette, décision qui appartient à son entraineur, peut influer sur son efficacité.

Ovechkin est le deuxième meilleur buteur en avantage numérique depuis le début de la saison 2009-10, avec 61 buts, derrière Steven Stamkos (66 buts). Lorsqu’on considère le ratio de buts marqués par match en avantage numérique, on voit comment les résultats d’Ovechkin varient selon les saisons. En observant le graphique suivant, gardez à l’esprit que les Capitals ont eu trois entraîneurs au cours de cette période. Bruce Bourdreau dirige l’équipe au cours des saisons 2009-10 et 2010-11, puis sera remplacé par Dale Hunter après 22 matchs en 2011-12. Adam Oates remplace Hunter au début de la saison 2012-13 et est toujours en poste. Pour référence, j’ai aussi inclus dans le graphique la production de Stamkos au cours des mêmes années.

La production d’Ovechkin, inférieure à Stamkos au départ, décolle brusquement sous Oates après avoir oscillé sous Hunter et Boudreau. Le site sportingchart, qui reprend les coordonnées de position des tirs au but contenus dans les descriptions de match de la LNH et les compile par joueur, nous permet de mieux comprendre ce qui se passe. Sous Boudreau, on constate qu’Ovechkin joue parfois à la pointe et parfois à l’aile gauche sur l’avantage numérique et qu’il décoche ses tirs d’un peu partout.

Si le taux de réussite d’Ovechkin est similaire et si son temps de glace en avantage numérique reste aussi semblable (il passe de 360 à 350 minutes de jeu en avantage numérique), le volume de tirs obtenus s’effondre. Fait à noter, il obtient au cours des deux saisons environ 20 pour cent du total des tirs obtenus par les Capitals en avantage numérique, ce qui signifie qu’on assiste ici à l’écrasement du système de jeu de l’équipe. On peut soupçonner que la trentaine de matchs manqués par Mike Green pèsent lourd dans la balance. Sous Hunter, l’utilisation d’Ovechkin change un peu. On le voit prendre plus de tirs du centre de l’enclave et son taux de réussite augmente en conséquence.

Les Capitals obtiennent beaucoup moins d’avantages numériques qu’au cours des saisons précédentes, ce qui masque un autre rattrapage : après avoir vu son débit offensif passer de 0,3 tir à la minute à 0,15 tir en 2010-11, il revient à près de 0,3 tir en 2011-12. Arrive ensuite Oates, et l’utilisation d’Ovechkin change du tout au tout.

Au cours des deux dernières saisons, le taux d’efficacité d’Ovechkin monte à un niveau qui n’est probablement pas soutenable à long terme. Mais le débit de tirs à la minute augmente aussi (0,35 pour les deux saisons), alors qu’Oates s’appuie lourdement au niveau tactique sur le tir exceptionnel d’Ovechkin. Celui-ci ne tire en effet presque pas de l’enclave, mais plutôt d’un angle difficile et d’une distance somme toute importante. On voit d’ailleurs d’une saison à l’autre l’ajustement graduel des défensives adverses à travers le recul de la zone verte du centre gauche de l’enclave.

Sans supervedette, l’approche par comité

Ovechkin et Stamkos sont des exceptions. Normalement, quelques attaquants obtiennent de 12 à 15 pour cent des tirs du club et marquent une douzaine de buts. Les performances affichées par ces buteurs sont remarquablement similaires. Leurs tirs proviennent du milieu de l’enclave et ils obtiennent des taux de réussites remarquables, rarement maintenus d’une saison à l’autre. Les exemples suivants montrent à quel point, d’une équipe à l’autre, les buteurs affichent des profils similaires.

En 2009-10, Patrick Marleau (12 buts) et Dany Heatley (17) mènent la charge à San Jose :

En 2010-2011, les Canucks mènent la ligue avec Ryan Kesler et Daniel Sedin en tête :

En 2011-12, Wayne Simmonds et Scott Hartnell à Philadelphie :

Et ainsi de suite. Le comparateur de tirs de sportingchart.com, conjugué à la liste des meilleurs marqueurs de la LNH au cours des dernières saisons, est une source infinie de procrastination.

Un travail d’adaptation continue

Outre ces clubs qui bâtissent leur jeu autour de joueurs exceptionnels, les bons avantages numériques sont donc, d’abord et avant tout, ceux qui permettent à leurs joueurs de décocher un maximum de tirs de la zone dangereuse. Les Flyers ont eu un excellent avantage numérique (jusqu’à la présente saison), en s’appuyant d’abord sur un comité de joueurs (Brière, Giroux, Hartnell, Carter et Richards) pour ensuite concentrer la tâche de tirer à Simmonds et Hartnell. Au fil des saisons, le personnel change et la distribution des tâches évolue.

Mais aussi, comme on l’a vu plus avec Ovechkin, les adversaires s’ajustent et forcent la transformation continue des schémas de jeu de puissance. On voit le Canadien de Montréal se livrer à un ajustement du genre depuis le début de la saison. Les défensives adverses prêtent de plus en plus attention au tir de P.K. Subban et la réponse tactique du CH s’illustre à travers le déplacement des zones de tir de trois des joueurs les plus utilisés dans cette situation.

Premièrement, le partenaire de Subban, Andrei Markov, tire désormais beaucoup plus du côté droit et utilise avec beaucoup plus de constance la « faufilade », jeu qui consiste à descendre jusqu’à l’embouchure gauche du filet pour décocher un tir sur réception :

Ensuite, on voit les deux francs-tireurs attitrés de la première vague d’avantage numérique, Brendan Gallagher et Max Pacioretty, occuper de manière systématique l’espace situé dans le haut du cercle de mise en jeu droit pour décocher des tirs (en plus du devant du filet, bien entendu).

Lorsqu’on juxtapose l’espace occupé par Markov, Gallagher et Pacioretty, on voit le travail de dispersion effectué au profit de Subban, dont la zone de tir ne s’est pas déplacée outre mesure depuis l’an dernier. Ces ajustements suffiront-ils? Ou devra-t-on demander à Subban de commencer à aller s’établir en d’autres zones (en reprenant les « faufilades » de Markov, par exemple)?

En conclusion…

Les avantages numériques sont le lieu d’un constant travail d’ajustement tactique et il est fascinant de voir comment ces ajustements tournent autour de certains éléments fondamentaux : des joueurs aux talents particuliers qu’on accorde les uns aux autres dans le but d’obtenir un maximum de chances de marquer, c’est-à-dire de tirs de l’enclave. En effet, ces déplacements incessants de personnel et la variation constante des angles d’attaque de la zone dangereuse montrent à quel point le tir au but est une arme précieuse.

C’est pourquoi, lorsqu’on observe de près les avantages numériques les plus productifs des dernières années, on constate qu’ils ont tous en commun une capacité à générer un plus grand nombre de tirs :

L’œil est naturellement attiré par les exceptions : Ovechkin qui dope le nombre de buts de Washington, les Blue Jackets, incapables d’acheter un but, les Oilers qui réussissent à faire un score honorable malgré une incapacité chronique à générer des tirs au filet… Mais la tendance est nette. Classés par ordre décroissant de buts obtenus par rapport à la ligue, quantité et qualité ne s’opposent pas, ils vont main dans la main.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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