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Bouchard : Les pauses publicitaires comme outil d’entraîneur

dimanche 2013-12-29 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

Que ce soit pour permettre à des joueurs coincés par un dégagement refusé de reprendre leur souffle ou encore de réviser une dernière fois la stratégie en fin de match lors d’une séquence à 6 contre 5, l’utilisation des temps d’arrêt est un élément important de la stratégie des entraîneurs-chefs de la LNH. Tyler Dellow a fait sur le sujet une observation fort intéressante (dans un article, publié sur son excellent blogue, dont j’ai hélas perdu la référence) : chaque pause publicitaire constitue un temps d’arrêt de facto. Trois fois par période, le jeu s’interrompt pour environs deux minutes. Les entraîneurs utilisent-ils ces neuf temps d’arrêt à bon escient?

C’est le sujet de la chronique d’aujourd’hui.

Une réalité incontournable, mais difficile à cerner

Toutes les équipes de la LNH prennent environ 15 pour cent de leurs mises en jeu suite à une pause publicitaire. Si on prend une moyenne de huit mises de ce type par match (toutes les pauses publicitaires ne sont pas toujours prises), sur une saison de 82 matchs, c’est un peu plus de 650 mises en jeu pour lesquelles l’entraîneur a plein contrôle des effectifs qu’il souhaite envoyer sur la glace.

La difficulté réside dans la façon de bien représenter jusqu’à quel point un club use de ce levier. Les figures que je présenterai ici tâcheront de le faire en s’appuyant sur certains éléments utilisés dans certains articles passés. Pour savoir si un entraîneur cherche à tirer avantage des mises en jeu suivant les pauses publicitaires, on notera la présence des joueurs les plus utilisés par l’entraîneur. Ainsi, pour les attaquants, on divise les mises en deux groupes : celles auxquelles prennent part au moins deux des six attaquants les plus utilisés par le club. Pour les défenseurs, on divise les mises en jeu selon qu’on y retrouve ou non deux des trois défenseurs les plus utilisés par le club.

Ensuite, on observe dans quelle zone les mises en jeu ont lieu. Ainsi, lorsque ces joueurs sont plus présents sur des mises en jeu en zone offensive, on tient pour acquis que l’entraîneur cherche à exploiter une position de faiblesse de l’adversaire. Lorsque ces mêmes joueurs sont présents sur les mises en jeu en zone défensive, on considère plutôt qu’on cherche à assurer la position du club en demandant à ses meilleurs éléments de prendre charge de ces moments critiques.

Les mises en jeu : une responsabilité que l’on transfère au besoin

À partir de ces informations, j’ai constitué un indicateur simple de transfert, qui se base sur le nombre habituel de mises en jeu pris par les meilleurs joueurs d’une équipe dans une situation donnée.

Ainsi, lors des mises en jeu suivant une pause publicitaire, les équipes de la LNH envoient au moins deux de leurs 6 attaquants les plus utilisés 65 pour cent du temps. Dans le cas des Flames de Calgary, on retrouve au moins deux de ces attaquants sur 44 pour cent des mises en jeu prises suite à une pause publicitaire.

Transposé au nombre brut de mises en jeu pris suite à une pause publicitaire par les Flames, ça veut dire que les meilleurs de Calgary ont été envoyés dans cette situation 19 fois de moins que ce que l’on observe à l’échelle de la ligue. C’est pourquoi à la première ligne du tableau, dans la colonne « zone neutre », on retrouve le chiffre « -19 ». Celui-ci indique qu’on a, à Calgary, profité de cette situation pour transférer 19 mises en jeu prises en zone neutre vers les joueurs les moins utilisés de l’équipe.

Les données sont regroupées dans deux tableaux, un premier pour les attaquants, un second pour les défenseurs. Dans les deux cas, en plus des chiffres pour une situation donnée, on retrouve un pictogramme indiquant l’importance relative de ce nombre par rapport aux autres équipes. La grande barre rouge accompagnant le -19 des Flames nous permet de remarquer rapidement qu’ils sont de loin l’équipe ayant tiré avec le plus d’entrain sur ce levier.

Passons maintenant au cœur de l’affaire.

Les attaquants

Lorsqu’on regarde la répartition du total des transferts, on constate que peu de clubs utilisent le répit des pauses publicitaires pour transférer des tâches vers les joueurs moins utilisés, ce qui tombe sous le sens. Lorsqu’on regarde le détail par zones, par contre, les choses deviennent un peu plus complexes.

Sont surlignés en bleu les clubs qui surchargent de leurs meilleurs joueurs à la fois les mises en zone offensive et défensive. En rouge, ceux qui au contraire les déchargent des mises aux extrémités.

Les Flames, les Kings et les Stars se démarquent dans leur utilisation plus prononcée de la zone neutre comme levier de protection. On semble en effet dans ces trois cas chercher à garder les meilleurs éléments pour les tâches dans les deux autres zones, phénomène particulièrement prononcé à Los Angeles. Si on constate que les Sabres usent aussi de la zone neutre comme levier, ce serait plutôt pour pousser leurs meilleurs éléments vers la zone adverse (McCormick, Larsson et Foligno servent ici de paratonnerre).

Le cas Pittsburgh est intéressant : successeur de Jordan Staal, Brandon Sutter joue avec ses sbires le jeu du concierge, Bylsma poussant généreusement James Neal et Evgeni Malkin en zone offensive. Il ne fait ici que reproduire plus à l’extrême un schéma classique. C’est en effet 15 des 30 clubs de la ligue qui donnent ainsi une petite poussée à leurs meilleurs attaquants lorsque la mise est en zone adverse.

Les défenseurs

L’effet de levier est beaucoup plus apparent chez les défenseurs. Quinze des 30 clubs profitent des pauses publicitaires pour surcharger leurs meilleurs défenseurs de mises en zone offensive et de mises en zone défensive.

En fait, le haut de la liste est encore une fois le plus intéressant : Calgary et Vancouver gardent la poudre défensive sèche et laissent les seconds appuyer les mises en zone offensive.

J’attire aussi votre attention sur Nashville et Boston, deux clubs dont la défensive s’articule autour d’un joueur dominant. Dans les deux cas, les mises en zone neutre sont utilisées à la façon des Flames avec leurs attaquants : on y envoie les éléments plus fragiles. À Nashville, c’est pour garantir une meilleure couverture à l’attaque et en défense. À Boston, le pari est plus net : on joue le jeu de Calgary et Vancouver et on donne aux meilleurs éléments un travail supplémentaire en protection défensive.

En fait c’est 20 des 30 clubs de la ligue qui usent avec plus ou moins d’insistance de ces pauses publicitaires pour donner plus d’espace défensif à leurs meilleurs éléments. Les Oilers, les Rangers, les Penguins et les Red Wings y vont en fait sur tous les fronts et semblent être ceux qui usent le plus directement des pauses comme des temps d’arrêt.

J’ai discuté la semaine dernière du cas de Dion Phaneuf, joueur semble-t-il écrasé par les responsabilités à Toronto. On voit dans ce tableau que la défensive des Leafs n’est pas particulièrement sollicitée aux mises en jeu. En fait, Carlyle distribue chez ses défenseurs les mises en jeu de manière équitable. C’est plutôt sur le plan de la qualité des adversaires affrontés qu’il travaille son banc, ce qui n’est pas capté par les données ici présentées.

En conclusion

Ces données sont intéressantes dans la mesure où elles nous permettent d’entrevoir l’un des espaces ou l’affrontement se joue non pas sur la glace, mais derrière le banc des joueurs. Les entraîneurs utilisent continuellement les mises en jeu comme moyen de « travailler » l’adversaire, soit en exploitant sa position de faiblesse, ou encore en « cachant » certains éléments d’adversaires trop encombrants.

Parce que nous n’avons ici regardé que les joueurs des équipes, on ne voit pas les adversaires qu’ils ont à affronter, ce qui dilue probablement l’ampleur des mouvements de personnel auxquels les entraineurs se livrent après chaque pause publicitaire. On n’en constate pas moins que certains patrons de gestion de personnel apparaissent : les défenseurs sont sollicités en fonction des zones de mise en jeu de manière plus systématique que les attaquants, qui sont eux l’objet d’une gestion plus pointue de la part de certains entraîneurs. Pour ces derniers, c’est en fait la question des mises en jeu en zone neutre qui semble intrigante. Certains entraîneurs semblent en effet y voir un moyen d’occuper un certain type de personnel, loin des tâches plus spécifiques à accomplir aux deux extrémités de la patinoire. Loin, aussi, peut-être, des défenseurs plus efficaces qu’on y affronte.

On y reviendra.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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