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Bouchard : La polyvalence de P.K. Subban aiderait le Canada à Sotchi

dimanche 2013-12-15 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

Parce que la présente saison recoupe une année olympique, nous assistons depuis un moment déjà à de longs débats sur la composition idéale des différentes équipes olympiques. Dans le cas de l’équipe canadienne, les dirigeants ont indiqué leur préférence pour un groupe de défenseurs jouant tous « de leur bon côté », ce qui entraine un débat sur les mérites respectifs de quatre défenseurs droitiers, soit Shea Weber, Alex Pietrangelo, Drew Doughty et P.K. Subban. Malgré un trophée Norris remporté l’an dernier, c’est Subban qui se trouverait présentement à être la quatrième roue du tricycle et c’est à son cas en particulier que nous allons nous attarder ici.

Un jeune défenseur spectaculaire

Subban ne laisse personne indifférent. Défenseur au style dynamique et à la personnalité flamboyante, son arrivée dans la LNH a été précédée de quantité de commentaires sur son « attitude » et son « style ». Perçu d’emblée comme un joueur pratiquant un hockey « risqué », c’est l’étiquette qui lui colle encore aujourd’hui à la peau et nuirait à ses chances d’être sélectionné pour les Jeux de Sotchi. Joueur attendu suite à un stage junior où il s’est mérité cette réputation, le #76 du CH est un de ces personnages qui résiste aux catégories usuelles dont on se sert pour évaluer les joueurs.

Subban, avant d’arriver dans la LNH, a passé une saison complète avec le club-école du Canadien, les Bulldogs de Hamilton. Sa fiche y est étincelante, 53 points en 77 matchs et une fiche de plus-46. Mais ces statistiques ne rendent pas totalement justice au joueur. Selon mes propres compilations des feuilles de match de la Ligue américaine de hockey, lorsque Subban était sur la glace à forces égales, les Bulldogs ont marqué 73 buts et n’en a accordé que 29. Quand il n’était pas sur la glace, l’équipe a marqué 101 buts et en en a accordé 110. Dès la LAH, Subban n’était pas que spectaculaire : il était aussi redoutablement efficace.

2010-2011 : l’arrivée

Lorsque Subban perce l’alignement du Canadien de Montréal à l’automne 2010, après avoir participé aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley le printemps d’avant, c’est comme défenseur de 3e paire. On le fait jouer principalement avec Alexandre Picard et on lui donne un rôle de soutien offensif, c’est-à-dire qu’on lui demande de prendre des mises en jeu en zone offensive et de jouer contre les joueurs de 3e et 4e trios adverses. Subban brillera dans ce rôle jusqu’à ce que la saison de Josh Gorges prenne fin pendant les fêtes. Jacques Martin va alors se tourner vers sa verte recrue et, en le jumelant avec le vétéran Hal Gill, va lui donner un rôle beaucoup plus défensif. Le graphique suivant nous indique à quel point les tâches de Subban ont changé du tout au tout.

Ce que ce graphique démontre d’abord, c’est un renversement complet des tâches à accomplir par Subban. Alors qu’on le faisait jouer contre les fonds d’alignements en début de saison, on le fera dorénavant affronter les meilleurs éléments adverses. Ce changement de tâches aura bien entendu un impact sur sa fiche, comme l’illustre le second graphique.

Alors que Subban écumait les territoires ennemis en compagnie de Picard, la blessure subie par Gorges en fait maintenant un défenseur à vocation défensive. On ne lui donne plus une surdose de mise en jeu en territoire offensif, on l’expose plutôt aux mises en jeu dans son propre territoire. Force est d’admettre que Subban, alors âgé de 21 ans, se tire fort bien d’affaire en offrant à son équipe des performances équivalentes à ses coéquipiers pourtant mieux protégés. Si on conjugue cette charge territoriale plus lourde à une plus grande adversité, il y a de quoi impressionner.

Lorsque le score est serré en fin de troisième période, l’entraîneur l’envoie de plus en plus souvent en mission. En fait, P.K. Subban devient à l’hiver 2011 un des hommes de confiance de Jacques Martin :

C’est simple, le tableau ci-dessus nous indique sans l’ombre d’un doute toute la confiance que Martin a en Subban. Il ne fait pas que jouer beaucoup en fin de match, on le voit désormais sur 75 pour cent des mises en jeu critiques!

Saison 2011-2012 : la confirmation

Si la saison suivante est pénible pour l’ensemble de l’équipe, Subban, lui, tire profit de la situation et confirme son statut de défenseur de premier plan. Bien que le club ait deux entraîneurs différents au cours de la saison, l’utilisation de Subban à forces égales se stabilise: on le surexpose aux meilleurs joueurs adverses et aux mises en jeu en zone défensive et il répond, aidé en cela de son nouveau compagnon de duo Gorges, en surclassant ses adversaires aux tirs et aux chances de marquer.

Plus encore, son statut d’homme des missions critiques se confirme. Alors que Martin lui avait retiré un peu de charges défensives au profit du tandem Gill/Diaz, Cunneyworth, après avoir hésité quelques semaines, s’appuie sur Subban de plus belle. On voit donc Subban revenir à l’hiver 2012 à un niveau d’utilisation similaire à celui de l’hiver 2011, prenant encore une fois près de 75 pour cent des mises en jeu ayant lieu dans son territoire lors des deux dernières minutes du match lorsque le score est serré.

Mais il y a plus. Cunneyworth va aussi confirmer le rôle de Subban sur les unités spéciales, responsabilité acquise suite à la blessure de Gorges à l’hiver 2010 :

Subban est désormais présent pour la moitié du temps passé par l’équipe dans les principales unités spéciales. Sachant qu’il demeure passablement indiscipliné (il amasse 124 minutes de pénalités en 2010-11 et 119 minutes en 2011-12), c’est là une illustration supplémentaire de l’ascendant pris par le jeune défenseur dans le tableau défensif du club. Il faut le dire, les résultats sont là. Après des débuts hésitants, Subban devient à partir de l’hiver 2011 un facteur important des succès des unités spéciales du CH.

Ainsi, en désavantage numérique, il a sur cette période un impact réel. Lorsqu’on compare le jeu à 4-contre-5 selon que Subban s’y trouve ou non, on constate que le club accorde toujours en sa présence moins de tirs et de chances de marquer qu’il ne le fait en son absence.

Le constat n’est pas anodin, on y reviendra un peu plus loin. À 5-contre-4, c’est la même chose : lorsque Subban est sur la glace, l’équipe est plus productive que lorsqu’il n’y est pas :

Reste que la saison 2011-12 est catastrophique pour le club. C’est donc un nouvel entraîneur qui prend le relais à l’hiver 2013.

Saisons 2012-13 et 2013-14 : recul, conflit ou avancée?

Subban commence la saison 2012-13 sans contrat et, par conséquent, à l’écart du club, qu’il rejoindra après six matchs. Michel Therrien, nouvel entraîneur, a alors déjà décidé de la distribution des rôles au sein de la brigade défensive. Andrei Markov et Alexei Emelin sont le premier duo, jouent contre les meilleurs soir après soir. Gorges et Raphael Diaz suivent et c’est à la droite de Francis Bouillon que Subban entame sa campagne. Avec Bouillon, Subban retourne à un rôle similaire à celui joué avec Picard il y a de ça trois saisons.

Le graphique ci-dessus cite nommément la blessure subie par Diaz à la fin du mois de février 2013 comme un tournant. Diaz et Gorges sont, au moment de l’incident, en train de prendre de plus en plus d’importance dans la distribution des tâches défensives, notamment pour prendre le relais du tandem Markov/Emelin, de plus en plus éprouvé. Lorsque Diaz tombe au combat, Subban retrouve son comparse Gorges. Mais on ne peut que constater que tant en 2012-13 (avec Gorges) qu’en 2013-14 (avec Markov), les tâches de Subban, si elles redeviennent plus exigeantes, restent comparativement moins exigeantes qu’au cours des saisons précédentes.

Therrien use en effet d’une approche différente; alors que Cunneyworth et Martin ont utilisé Subban comme défenseur défensif, Therrien cherche plutôt à maximiser l’apport offensif de Subban. La chose devient encore plus apparente lorsqu’il est jumelé à Markov au début de la présente saison. Pour ce faire, Therrien délaisse la gestion des confrontations et s’applique plutôt à donner à Subban un surplus (autant que faire se peut) de mises en jeu en zone offensive :

En effet, les tâches qui autrefois incombaient à Subban et Gill ou encore Gorges sont désormais déléguées à d’autres. En 2012-13, ce fut un bon moment Markov et Emelin, puis Diaz et Gorges. En 2013-14, ce fut d’abord Diaz et Gorges puis Emelin et Gorges. Therrien use donc de ces défenseurs éponges pour laisser le chemin libre à ses créateurs d’offensive comme Subban, qui en profite évidemment pour noircir avec régularité la feuille de pointage.

La délégation de tâches n’est quand même pas complète, tant s’en faut. Ainsi, lorsque le Canadien affronte les Penguins de Pittsburgh au mois de novembre, c’est bien Subban et Markov qui suivent Sidney Crosby à la trace, avec quelques tournées du côté d’Evgeni Malkin. Les durs labeurs défensifs ne sont jamais très loin.

Ainsi, lorsqu’un défenseur important tombe au combat (Diaz en reste le meilleur exemple), Therrien n’hésite pas à recourir plus systématiquement à Subban, comme l’illustre le tableau suivant.

J’ai souligné plus haut que Subban excellait en désavantage numérique. Or, Therrien ne se contente pas de soustraire Subban à certaines tâches défensives à forces égales, il coupe aussi dans son temps de glace en désavantage numérique pour l’investir plus massivement du côté de l’avantage numérique :

Si Subban ne joue désormais pratiquement plus en désavantage numérique (sauf lorsque les blessures à d’autres défenseurs l’imposent), il fait maintenant pratiquement tous les avantages numériques, passant plus du trois quarts des situations à 5-contre-4 sur la glace. L’impact qu’y a Subban est ainsi quelque peu dilué lorsqu’on regarde le seul différentiel par rapport au reste du club :

La saison 2012-13 a été un moment d’ajustements réciproques pour Subban et Markov, on le voit dans les différentiels relativement plats des deux premières périodes identifiées. Mais les performances de l’avantage numérique restent globalement fort honorables. Après la blessure de Diaz en 2012-13 et encore en 2013-14, c’est environs 35 chances de marquer à l’heure qui sont produites à 5-contre-4, un taux raisonnable lorsqu’on sait que les meilleurs avantages numériques du CH ont, selon mes propres calculs, généré autour de 37 chances à l’heure au cours d’une saison (en 2011-12), alors que les pires ont descendu sous la barre des 30 (29, sous Cunneyworth).

En conclusion : Un défenseur spectaculaire? Oui, mais…

Cette brève rétrospective du cheminement de P.K. Subban nous permet de constater à quel point ce jeune défenseur a eu à remplir des missions différentes. Appelé à être un appoint offensif, puis un leveur de fonte en défensive, pour ensuite être désigné fer de lance de l’attaque, Subban s’est toujours acquitté de ses missions avec brio. La concurrence pour les jeux de Sotchi est féroce (Weber, Pietrangelo et Doughty sont tous de formidables défenseurs) et sa réputation de défenseur offensif et spectaculaire dessert Subban. Peu importe ce qu’on peut souhaiter d’un défenseur, Subban a prouvé être capable de le faire. C’est cette remarquable versatilité qui constitue sa véritable force. Reste à voir si les dirigeants d’Équipe Canada sauront voir au-delà des réputations.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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