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Bouchard : Les pénalités et les joueurs qui les provoquent

dimanche 2013-12-08 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Les pénalités et les joueurs qui les provoquent
Bouchard : Les pénalités et les joueurs qui les provoquent

On parle souvent de l’importance des unités spéciales dans les succès d’un club. L’impact de celles-ci, s’il reste aujourd’hui considérable, n’en va pas moins en diminuant depuis quelques années parce que le nombre de pénalités décernées au cours d’un match diminue depuis maintenant plusieurs saisons.

Si le volume de pénalités distribuées diminue, la répartition de celles-ci reste sensiblement la même. Les clubs obtenant le plus d’avantages numériques au cours d’une saison donnée ont environ 4 pour cent du total des avantages numériques, contre 2,5 pour cent pour les équipes ayant le moins d’opportunités au cours d’une saison. Cette diminution globale du nombre d’opportunités est-elle le résultat de choix fait à l’échelle de la ligue quant à la façon d’appliquer les règlements? Est-elle plutôt le résultat d’ajustements apportés par les joueurs et les entraineurs à leur façon d’approcher le jeu pour éviter d’être pénalisés? Je ne saurais le dire. Mais la diminution de temps de jeu en unités spéciales au cours des dernières saisons est bien réelle.

On voit l’impact de la diminution des jeux de puissances sur le débit offensif total de la ligue. En passant de 0,8 à 0,6 but par matchs, c’est 400 buts de moins qui se marquent désormais au cours d’une saison complète. Quand même, le jeu de puissance dans la LNH d’aujourd’hui reste d’une importance majeure : bien que les équipes y passent en moyenne un peu plus de 5 minutes par match, moins de 10 pour cent du temps de jeu, c’est encore 23 pour cent des buts marqués au cours de la présente saison qui l’ont été en avantage numérique, un niveau similaire à celui des récentes saisons.

Si les avantages numériques se font plus rares, ils n’ont proportionnellement pas perdu en efficacité. À l’échelle de la ligue, 18 pour cent des avantages numériques débouchent sur un but depuis 2007. Dans un contexte d’attrition offensive, on doit donc porter une attention toujours aussi particulière aux unités spéciales. Si un club ne peut plus aujourd’hui espérer compenser un jeu à forces égales déficient par des unités spéciales particulièrement efficaces, la capacité à générer un plus grand nombre de jeux de puissances reste un atout majeur.

Or, sur la question des pénalités subies et provoquées, tous les joueurs ne sont pas égaux. Des joueurs forcent l’adversaire à prendre des pénalités alors que d’autres se retrouvent au cachot bien plus souvent qu’à leur tour.

Défenseurs et attaquants, un rapport différent à la discipline

Si tous les joueurs prennent des pénalités et en causent, les défenseurs se font généralement donner plus de pénalités qu’ils n’en causent, alors que les joueurs d’attaque provoquent généralement plus de pénalités qu’ils n’en prennent. Le graphique suivant illustre cette différence, sous forme de différentiel. Les données sont tirées du site behindthenet.ca, ne concernent que le jeu à 5 contre 5 et excluent les pénalités dites « concurrentes »; ce sont les pénalités où le joueur s’en va seul au cachot qui sont ici comptées.

Si un défenseur se fait donner 10 pénalités mineures à forces égales et que l’adversaire en prend 7 contre lui personnellement, on dira de ce défenseur qu’il a un différentiel de moins-3. Le chevauchement des deux courbes est ici explicite : alors que les barres bleues, représentant les groupes d’attaquants, se distribuent vers la droite du graphique, soit vers les soldes positifs de pénalités, les défenseurs sont eux groupés dans la partie gauche du graphique, du côté des soldes négatifs.

Si un différentiel de moins-3 est honorable pour un défenseur, ce n’est pas un très bon score pour un attaquant. Qu’arrive-t-il si on compare les joueurs en regardant plutôt leur différentiel de pénalités relativement à leur position? Si les attaquants de la LNH ont affiché en moyenne un différentiel de plus-2 pénalités en 2008-2009, on dira alors d’un attaquant affichant un différentiel de moins-3 qu’il a un différentiel relatif de moins-5. Voici un graphique représentant le même groupe de joueurs, cette fois-ci en utilisant un différentiel relatif.

Tiens donc… Si les défenseurs restent groupés dans la même partie du graphique, les attaquants voient quant à eux le gros des troupes se déplacer en territoire négatif. Ces derniers forment une population beaucoup plus hétérogène que les défenseurs, constituée d’un fort contingent de joueurs plus ou moins disciplinés, et de deux groupes aux extrémités du spectre. Les écarts sont, chez les défenseurs, beaucoup moins marqués. L’examen des pelotons de tête et de queue des deux positions nous permet donc de faire quelques observations intéressantes.

Défenseurs et attaquants : ceux qui forcent l’adversaire à commettre des fautes

Soit un premier groupe de vingt attaquants, ceux qui ont affiché les meilleurs différentiels de pénalités. Parce que le nombre de pénalités attribuées s’est stabilisé au cours des trois dernières saisons (comme on l’a vu dans le premier graphique), nous nous y limiterons pour la suite des choses. Prenez note d’une chose : les différentiels ici présentés sont relatifs à la moyenne des joueurs de cette position, pour une saison donnée. Lorsqu’un joueur affiche un différentiel de moins-15, c’est bien qu’il a pris 15 pénalités de plus que la moyenne des joueurs au cours de la saison.


Dustin Brown est depuis plusieurs saisons maintenant le champion incontesté pour ce qui est de forcer ses adversaires à prendre des pénalités. De manière générale, cette liste est constituée principalement de joueurs de premier plan, mais il est intéressant de voir que certains joueurs de soutien se glissent parmi ces noms. Ainsi, la saison écourtée de 2012-2013 fut une récolte exceptionnelle pour Nazem Kadri; mais des responsabilités accrues au cours de la présente saison (il joue désormais avec Phil Kessel, le meilleur joueur du club) semblent avoir quelque peu raboté sa capacité à provoquer les erreurs de l’adversaire.

Si on se base sur le taux de conversion moyen de la ligue (18 pour cent), on constate que chaque tranche de six pénalités de surplus est susceptible de donner un but à l’équipe. Sachant qu’une demi-douzaine de clubs terminent la saison avec une moyenne supérieure à trois buts par matchs, un joueur peut offrir par le seul truchement de sa discipline de trois à quatre buts par année. Pour un club se battant pour les séries, qui tout au long de la saison joue avec un différentiel de buts pratiquement nul, la différence peut être fort importante.

Du côté des défenseurs, la liste est moins impressionnante quant à la taille des nombres en cause. Mais elle est aussi plus surprenante quant à l’identité des joueurs. On y retrouve bien quelques défenseurs étoiles (Letang, Pietrangelo, Ekman-Larsson, Karlsson…), mais on y retrouve aussi de nombreux joueurs n’ayant pas exactement la réputation d’être de grands capitaines défensifs. Petite hypothèse : on a ici beaucoup de défenseurs, souvent habiles et rapides (John Michael Liles ne fait pas cette liste de justesse), jouant proportionnellement plus souvent contre ce groupe d’attaquants indisciplinés qui peuple nombre de 3e et 4e trios à travers la ligue.

Défenseurs et attaquants : ceux qui mettent leur équipe dans le pétrin

La liste des attaquants ayant obtenu les pires différentiels de pénalités au cours des trois dernières saisons confirme quelque peu ce que j’ai affirmé au paragraphe précédent.

On retrouve quand même dans ce groupe quelques joueurs à la réputation enviable. Semin, Lucic, Vanek (qui connait présentement une saison effroyable sur le plan de la discipline), Plekanec (lorsqu’on regarde sur six ans, on constate que la saison 2011-12 est une exception), Neil et Spezza sautent aux yeux. Le cas du capitaine des Sénateurs est passablement préoccupant; lui et Neil ont déjà cumulé un déficit de 24 pénalités, et nous ne sommes qu’au tiers de la saison… Lorsqu’on ajoute à ce fait les piètres performances du désavantage numérique des Sénateurs (l’adversaire marque sur 21,3 pour cent de ses avantages numériques contre Ottawa), on ne peut s’empêcher d’y voir un facteur important expliquant le mauvais début de saison de l’équipe.

Plus généralement, on retrouve dans cette liste de nombreux joueurs « d’énergie », à qui l’on demande de jouer peu, mais de jouer dur. Au risque de me répéter : les données du tableau ci-dessus sont relatives à la moyenne des joueurs pour une saison donnée. Bien qu’il ne joue que 8 minutes par match à forces égales, Zenon Konopka est en route pour accumuler un déficit de 15 pénalités par rapport à un joueur ordinaire, jouant pour un club (Minnesota) qui accorde un but sur 22 pour cent de ses désavantages numériques (unité sur laquelle Konopka est supposé jouer, au fait). Le Wild est une puissance à forces égales, il est donc peu probable que les trois ou quatre buts auxquels Konopka les expose par son indiscipline fassent une grande différence.

Ce groupe est plus divers, peuplé de défenseurs plus âgés, plus limités, mais aussi de joueurs appelés à jouer soir après soir contre les meilleurs éléments adverses. Ainsi, on peut douter que les entraîneurs de Zdeno Chara, Kimmo Timonen ou encore Stéphane Robidas se formalisent outre mesure des pénalités prises par ces joueurs. Mais les totaux sont parfois importants et laissent entendre que ces joueurs constituent parfois une arme à double tranchant. Byfuglien saute aux yeux : jouant pour une équipe se battant au couteau pour tenter de faire les séries éliminatoires, ses six pénalités cumulées en surplus de ce qu’on attend d’un défenseur moyen laissent entrevoir un risque de trois, voir quatre buts supplémentaires sacrifiés par les Jets sur l’autel de son indiscipline. Une puissance de la ligue peut compenser ce genre de faiblesses et profiter à plein de ce qu’un joueur comme Byfuglien apporte, mais un club qui est « sur la ligne »?

En conclusion : l’importance des marges

Un club n’y échappe pas. Pour gagner, il doit marquer plus de buts que l’adversaire. Pour la majorité des clubs de la LNH, c’est là un défi de tous les instants, qui en fin de saison résulte d’un avantage ou d’un déficit de huit, 10 ou 12 buts. Ces joueurs qui, en prenant 15 à 20 pénalités de plus qu’un joueur ordinaire de leur position, font que leur club cède trois, quatre, cinq buts supplémentaires sont susceptibles de nuire directement, par ce seul fait, au classement final de leur équipe. La chose est particulièrement critique dans le cas des joueurs qui, autrement, ne produisent généralement que peu à l’attaque, qu’ils soient attaquants « d’énergie », « policiers » ou défenseurs plus ou moins dépassés par les événements.

Inversement, un joueur de soutien qui fait sa petite affaire et force l’adversaire à prendre des pénalités offre à ses coéquipiers plus doués la chance de prendre une chance sur l’avantage numérique. C’est moins spectaculaire, mais, au bout du compte, on trouve de ces joueurs dans toutes les bonnes équipes.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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