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Bouchard : La profondeur distingue les bonnes équipes des mauvaises

dimanche 2013-11-03 / 3:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : La profondeur distingue les bonnes équipes des mauvaises
Bouchard : La profondeur distingue les bonnes équipes des mauvaises

Qu’est-ce qui distingue les bons clubs des mauvais? On tend souvent à répondre à cette question en s’attardant aux performances des meilleurs éléments du club. Suivant ce raisonnement, on considèrera alors qu’une bonne équipe de hockey se construit nécessairement autour de joueurs-vedette. En fait, lorsqu’on y regarde de plus près, on constate que les bons clubs se distinguent plus souvent qu’autrement par leur profondeur, le fait qu’ils ont en uniforme un plus grand nombre de joueurs de qualité.

Évidemment, un bon club de hockey se distingue sur plusieurs plans : unités spéciales, attaque, défensive, gardiens de buts; toutes ces dimensions doivent être bien développées. Mais toutes ne sont pas égales. La domination du jeu à 5 contre 5 comme premier indicateur de la capacité d’un club à gagner une large part des matchs qu’il dispute est un thème récurrent de cette chronique. Comme je l’ai expliqué il y a quelques semaines, les tirs au but sont le reflet de la capacité d’un club à avoir ou non l’avantage territorial à forces égales.

Le tableau suivant offre un classement (en date du vendredi 1er novembre 2013) des clubs de la LNH en fonction de la part des tirs qu’ils obtiennent à 5v5 (les informations sont tirées de behindthenet.ca). J’ai ensuite ajouté une recension du nombre d’attaquants ayant disputé au moins 5 matchs, selon leur temps de glace.

J’attire votre attention sur la distribution des couleurs de la partie droite du tableau. Alors que les équipes de milieu et de haut de classement tendent à distribuer le temps de glace, les équipes les plus éprouvées tendent à aller vers les extrêmes, donnant beaucoup (plus de 14 minutes par match) ou peu (10 minutes et moins) de glace à leurs joueurs. On comprend la logique du comportement; sans un nombre suffisant de bons joueurs, l’entraîneur utilise à outrance ses meilleurs éléments. Pourtant, ça ne suffit généralement pas.

Ainsi, lorsqu’on regarde quelle est la part des tirs obtenus par chaque club, en moyenne, selon la catégorie d’attaquants se trouvant sur la glace, on constate que si les attaquants les plus utilisés sont généralement les plus performants, cet avantage s’atténue lorsqu’on descend dans le classement.

La liste des joueurs les plus utilisés par les 8 derniers clubs est pourtant loin d’être un musée des horreurs : John Tavares et Thomas Vanek chez les Islanders, Jason Spezza et Bobby Ryan à Ottawa, Claude Giroux à Philadelphie, Phil Kessel, James van Riemsdyk et Tyler Bozak à Toronto… Tous des joueurs vedettes. En fait, seul Ryane Clowe (seul membre des Devils ayant joué plus de 14 minutes par match à 5 contre 5) détonne lorsqu’on regarde le détail des joueurs ici représentés. Le tableau précédent montre aussi à quel point Sidney Crosby et Evgeni Malkin constituent un duo de choc : le club voit sa part des tirs au but augmenter de 10 pour cent lorsqu’ils sont sur la glace. Et ces deux joueurs ne jouent jamais ensemble (ce tableau nous indique que des 132 minutes jouées par Malkin, seules 16 l’ont été en présence de Crosby). Mais, globalement, le mouvement est presque complètement linéaire : les meilleurs clubs le sont de haut en bas, les pires coulent à tous les niveaux.

J’en reviens à mon argument de départ : les bonnes équipes se distinguent des mauvaises par la quantité de bons joueurs qu’elles comportent et non pas par la qualité de leurs meilleurs joueurs. Lorsqu’une équipe n’a pas suffisamment de bons joueurs, ses meilleurs éléments se trouvent alors submergés par les équipes adverses, tout simplement.

Le tableau suivant illustre ce point en montrant comment chaque équipe expose ses différents joueurs aux meilleurs éléments adverses. L’indicateur est basé sur le « Corsi relative QualComp » tel qu’on le retrouve sur cette page. Les chiffres indiquent la capacité à générer des tirs au but par les adversaires affrontés. Plus le chiffre est élevé, plus on considère qu’un joueur donné joue contre les meilleurs adversaires. Le tableau se lit colonne par colonne, de haut en bas. Les cellules rouges indiquent des joueurs sous-exposés aux meilleurs, alors que le bleu indique une surexposition.

Au-delà des chiffres, observez comment la concentration de bleu foncé en bas à droite du tableau est presque parfaitement contrebalancée par le bleu foncé en haut à gauche.

L’avant-dernier tableau nous a indiqué que les joueurs les moins utilisés des meilleurs clubs obtenaient généralement un avantage territorial supérieur à celui des joueurs les plus utilisés des pires clubs. Ce tableau nous indique que ces mêmes joueurs de soutien affrontent de plus des adversaires plus dangereux que leurs collègues des pires clubs. La plus grande production offensive des meilleurs éléments des meilleurs clubs est donc, on le voit ici, en partie imputable au fait qu’ils sont mieux appuyés par leurs collègues.

Pris ensemble, ces trois tableaux nous permettent par ailleurs certains constats intéressants sur plusieurs clubs. J’en retiens trois, représentatifs selon moi de trois entraîneurs-chefs aux approches différentes.

Les Sharks de San Jose se démarquent par leur remarquable profondeur et une approche « par comité ». Contrairement aux autres clubs du premier tiers, leurs joueurs moins utilisés sont d’une grande faiblesse. Mais ils ne jouent quasiment pas! L’absence de joueur obtenant plus de 14 minutes par match à 5v5 est une autre conséquence de la configuration de ce groupe d’attaquants. L’entraîneur n’a tout simplement pas à s’appuyer lourdement sur ses meneurs de jeu (seul Matthew Nieto joue moins de 12 minutes par match à 5 contre 5), pouvant compter sur 3 excellents trios. Les saisons sont longues et cet avantage structurel est extrêmement important.

Les Blues de St. Louis ont aussi un alignement extrêmement équilibré, mais avec une division du travail fort différente. David Backes, T.J. Oshie et Alexander Steen sont utilisés à outrance (15 minutes par match!) pour des missions défensives, affrontant continuellement les meilleurs trios et prenant une large part de mises en jeu en zone défensive. Patrik Berglund, Vladimir Sobotka mais, surtout, Derek Roy et Vladimir Tarasenko sont quant à eux appelés à prendre continuellement des missions offensives.

Les Canucks de Vancouver se démarquent par un groupe de joueurs peu utilisés aux performances en apparence effroyable, largement compensées par l’excellente prestation de leurs attaquants de pointe (les Sedin, encore…). En fait, nous sommes ici en présence d’un vieux truc, cher à leur entraîneur John Tortorella. Si les Blues et nombre d’autres clubs (Tomas Plekanec à Montréal, Patrice Bergeron à Boston, Jonathan Toews à Chicago, Pavel Datsyuk à Detroit) utilisent des attaquants de talent pour coller aux patins des meilleurs attaquants adverses, nombre de clubs ignorent désormais cette dynamique de confrontation pour s’affairer plutôt à s’assurer de donner certaines mises en jeu à certains joueurs.

On a ainsi vu émerger au cours des dernières saisons une nouvelle catégorie de spécialiste. Ne jouant que peu de minutes par matchs, ces joueurs gobent les mises en jeu en zone défensive puis s’en retournent au banc sitôt la rondelle sortie de leur territoire. Ce sont des inconnus au rôle ingrat : Zenon Konopka (Minnesota), Dominic Moore (Rangers), Brandon Sutter (Pittsburgh), Ryan White (Montréal), Eric Condra (Ottawa). À Vancouver, donc, c’est Tom Sestito, Dale Weise et Brad Richardson qui se partagent ce travail ingrat, mais nécessaire.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques.

 

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