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Corsi, Fenwick, Zone starts, Qualcomp, PDO? Qu’est-ce que c’est?

dimanche 2013-10-13 / 12:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Corsi, Fenwick, Zone starts, Qualcomp, PDO? Qu’est-ce que c’est?
Corsi, Fenwick, Zone starts, Qualcomp, PDO? Qu’est-ce que c’est?

L’explosion de nouvelles statistiques sur le hockey de la LNH, développées en grande partie sur des blogues et sites amateurs, trouve son point d’origine dans un changement apporté par la ligue nationale entre les saisons 2006-07 et 2007-08. En comparant une feuille de match de la saison 2006-07 avec une feuille de la saison suivante, on constate que le niveau de détails des informations publiés augmente dramatiquement. Ce changement se fait sur les différents rapports statistiques publiés par la ligue et va permettre d’analyser les saisons de la ligue avec une finesse jamais vue auparavant. Au fil des saisons, différents indicateurs vont se développer. Cette chronique se veut une introduction aux quatre principaux d’entre ceux-ci, quatre piliers sur lesquels s’est bâtie toute une littérature.

Comme ces indicateurs ont été développés dans la sphère anglophone, une traduction s’impose. Dans chaque cas, on commencera donc par les identifier d’une expression permettant de bien mesurer à quoi l’indicateur réfère, pour ensuite indiquer entre parenthèses le terme généralement utilisé en anglais pour désigner cet indicateur. Car une des difficultés de compréhension de ces nouvelles statistiques repose, justement, sur le fait qu’elles sont la plupart du temps désignées par une nomenclature profondément cryptique.

1 – Les tirs vers le filet (Corsi rating / Fenwick rating)

Le différentiel de tirs vers le filet comme mesure de performance d’un club

Le différentiel de tirs vers le filet (TVF) vise à donner une approximation du temps de possession de la rondelle à forces égales d’une équipe par rapport à ses adversaires. On le calcule en faisant la part du total des buts marqués, tirs au but, tirs manqués et tirs bloqués obtenus par une équipe au cours d’un match. On le représente donc sous forme de pourcentage. On dira ainsi d’une équipe qui a obtenu 50 tirs vers le filet et en a accordé 38 à son adversaire qu’elle a eu un Corsi, ou encore un différentiel de TVF de 56,8 pour cent (50 divisé par 88). Parce que chaque tir est à la fois tenté par une équipe et accordé par une autre, le seuil de respectabilité est, tout simplement, de 50 pour cent.

Ce qu’on appelle le Fenwick rating est simplement une variation du Corsi : alors que ce dernier inclut dans son calcul tous les types de tirs, le Fenwick exclut les tirs bloqués. De nombreux blogueurs ont en effet constaté, encore tout récemment en examinant la dernière saison des Maple Leafs de Toronto, que le Fenwick s’approche grandement du temps de possession de rondelle. Le Corsi, parce qu’il implique la recension d’un plus grand nombre d’événements, nécessite un moins grand nombre de matchs avant de donner une indication fiable. Mais à l’échelle d’une saison, on utilise généralement le Fenwick rating.

Pris seuls, les pourcentages de tirs vers le filet restent quelque peu imprécis. C’est pourquoi on prend généralement soin de donner deux éléments de contexte pour mieux comprendre ces pourcentages.

Premièrement, parce que c’est à forces égales que les équipes se disputent la possession de la rondelle, on n’utilise généralement que les tirs à forces égales dans le calcul des différentiels de tirs vers le filet. L’impact des pénalités et avantages numériques est mieux quantifié par d’autres indicateurs, dont le plus simple est certainement le nombre de pénalités reçues ou causées (on y reviendra).

Deuxièmement, on tend à distinguer les pourcentages de TVF en fonction du score. Comme le démontre ce tableau du site behindthenet.ca, l’an dernier, seuls les Oilers d’Edmonton et les Flames de Calgary n’ont pas réussi à franchir la barre symbolique du 50 pour cent de TVF lorsqu’ils tiraient de l’arrière par deux buts. Inversement, on y constate que quatre clubs seulement ont obtenu la majorité des TVF lorsqu’ils menaient par deux buts ou plus l’an dernier : Chicago, Washington, New Jersey et Montréal. C’est pourquoi les tirs obtenus lorsque le score est serré (soit égal, soit une différence d’un but) pour déterminer la capacité réelle d’une équipe à dominer ses adversaires. Chris Boyle a produit une représentation graphique de la coïncidence entre l’avantage maintenu aux TVF et la capacité des équipes à s’aventurer profondément en séries éliminatoires.

Le site Extra Skater permet, pour tous les matchs disputés en cours de saison, d’accéder à un rapport détaillé sur les TVF. À titre d’exemple, voici un lien vers l’affrontement Boston – Colorado du 10 octobre 2013.



Il est bien connu que l'attaque des Canucks est améliorée quand les jumeaux Sedin sont sur la glace, mais les statistiques démontrent à quel point Henrik et Daniel jouent un rôle indispensable. (PHOTO: Jeff Vinnick/NHLI)

Le différentiel de tirs vers le filet comme mesure de performances individuelles

On utilise aussi le différentiel des TVF pour évaluer les performances individuelles. Le calcul de base reste le même, mais l’objectif est alors de montrer jusqu’à quel point une équipe bénéficie de la présence d’un joueur sur la glace. Le site Hockey Analysis nous permet de constater qu’au cours de la saison dernière, c’est l'attaquant Justin Williams qui a affiché le meilleur taux de TVF sur glace, avec un score 63,3 pour cent.

Mais dans le cas d’un joueur, un simple pourcentage peut être trompeur. Dans la liste citée ci-haut, les joueurs au sommet appartiennent systématiquement aux équipes qui excellent globalement au différentiel des TVF. Lorsqu’on veut connaitre l’impact d’un joueur par rapport au reste de son équipe, on présente son différentiel de TVF comme une différence par rapport au reste de son équipe. Les sites Behind the net (en tirs par tranche de 60 minutes – Corsi Relative) et Extra Skater (en pourcentages – CF%) nous indiquent tous les deux que ce sont les frères Henrik et Daniel Sedin, des Canucks de Vancouver, qui affichent le plus important différentiel par rapport au reste de leur équipe. Lorsque les jumeaux sont sur la glace, le ratio de TVF des Canucks bondit de 50 pour cent à 65 pour cent!

Cette performance des jumeaux Sedin nous permet de passer à un deuxième indicateur utilisé pour comprendre les performances des joueurs et les choix des entraineurs qui les dirigent.

2 – La distribution des mises en jeu (Offensive zone starts, Zone starts, ZS%)

Lorsqu’on discute des mises en jeu, c’est communément pour examiner les pourcentages de réussites, c’est à dire la capacité à gagner des mises en jeu de tel ou tel attaquant. Les statistiques développées depuis 2006-07, en continuité avec les notions développées autour du temps de possession et des différentiels de tirs, abordent les mises en jeu d’une manière différente, en croisant la capacité à gagner une mise en jeu avec la zone dans laquelle la mise en jeu a lieu.

En effet, s’il est toujours important de gagner les mises en jeu, une mise en jeu remportée en zone défensive ne permet pas de générer autant d’attaque qu’une mise en jeu perdue en zone neutre ou en zone offensive. Le blogueur Eric Tulsky, après avoir fait un tour d’horizon des explorations faites de l’effet de la distribution des mises en jeu sur les performances des joueurs, souligne par contre que l’effet n’est pas aussi massif qu’on pourrait être porté à le croire lorsqu’on observe les performances d’un joueur. Mais il est bien réel; en utilisant les formules proposées par Tulsky, on constate que le fait qu’Alain Vigneault aie systématiquement envoyé les frères Sedin prendre des mises en jeu en zone offensive aurait dopé d’environs de 3 pour cent leur ratio de TVF par rapport à celui de leurs coéquipiers.

En plus de donner un élément de contexte à un pourcentage individuel, donc, la distribution des mises en jeu est une façon de saisir plus directement le travail des entraîneurs. Ce sont eux qui décident de la distribution des tâches et Cam Charron a souligné l’été dernier que certains d’entre eux utilisent désormais avec vigueur la distribution des mises en jeu comme moyen d’optimiser les performances de leur équipe.



Un nombre croissant d'entraîneurs, comme Alain Vigneault des Rangers, utilisent la distribution des mises en jeu comme moyen d’optimiser les performances de leur équipe.

Il n’est pas anodin, lorsqu’on considère la liste dressée par Charron, de voir John Tortorella des Rangers et Alain Vigneault des Canucks parmi ces entraîneurs. En effet, ces deux entraîneurs, congédiés à la fin de la saison dernière, ont tout simplement hérité de leurs emplois respectifs, Tortorella aboutissant à Vancouver et Vigneault à New York!

Mais la distribution des mises en jeu n’est pas le seul levier dont disposent les entraîneurs dans la répartition des tâches.

3 – Coefficient d’adversité et de qualité des coéquipiers (Qualcomp, CorsiRelQualcomp, QualTeam, CorsiRelQualTeam)

Le site Shift Chart nous permet de visualiser les présences de chaque joueur au cours d’un match. Pour n’importe quelle partie, quelques clics contribuent à faire rapidement apparaitre certains éléments. D’une part, les joueurs évoluent en unités, trios d’attaquants et duos de défenseurs. D’autre part, ces unités sont souvent confrontées aux mêmes unités adverses tout au long d’un match. C’est pour évaluer l’impact de ces confrontations à l’échelle d’une saison que des indicateurs ont été développés pour évaluer la qualité des adversaires affrontés ainsi que celle des coéquipiers.

Les plus fiables de ces indicateurs sont généralement basés sur le différentiel des TVF (CorsiRelQualComp et CorsiRelQualTeam). On évalue ainsi la qualité des adversaires affrontés par la capacité moyenne de ceux-ci à aider leur équipe à mieux performer aux TVF. Ainsi, un joueur qui affronte pendant cinq matchs les frères Sedin se retrouvera avec un très fort coefficient d’adversité.

Notez comment, dans la liste faite par le site Behind The Net des joueurs ayant eu l’an dernier les plus hauts coefficients d’adversité, on retrouve sept défenseurs parmi les 10 premiers joueurs. Parmi les 20 premiers, ce sont neuf défenseurs et huit centres. Ça n’est pas un hasard, les entraîneurs utilisent habituellement leurs défenseurs pour « marquer » les meilleurs éléments adverses, une tâche facilitée par le fait que les défenseurs jouent plus souvent que les attaquants. Du côté des attaquants, certains sont utilisés dans des rôles systématiquement défensifs (des joueurs comme Martin Hanzal de Phoenix, David Backes à St. Louis, ou encore Jordan Staal puis en suite Brandon Sutter à Pittsburgh), mais ce phénomène n’est pas aussi systématique que parmi les défenseurs. Les mêmes calculs sont utilisés pour évaluer la qualité des coéquipiers utilisés avec un joueur donné. Ici encore, la liste de Behind The Net fait ressortir les jumeaux Sedin, tout juste derrière Alex Burrows, leur ailier attitré.

D’un indicateur à l’autre et de Sedin en Sedin, un constat s’impose ainsi graduellement : lorsqu’on regarde la liste des joueurs d’une équipe donnée, les meilleurs ne sont pas simplement bons, ils sont utilisés à profusion avec des coéquipiers de qualité et dans des situations susceptibles de favoriser leur production offensive. Par conséquent, aussi, ces mêmes joueurs sont appelés à jouer contre les meilleurs éléments adverses, avec lesquels les autres entraîneurs cherchent à les neutraliser, plus particulièrement les meilleurs défenseurs adverses.

On voit chaque saison de jeunes joueurs connaitre des départs fulgurants. Les amateurs et les journalistes sont alors souvent prompts à réclamer qu’on donne à ces jeunes plus de temps de glace, qu’on les laisse « jouer sur le premier trio ». Les entraîneurs restent souvent sourds à ces demandes, parce qu’ils savent que ce serait envoyer ces vertes recrues au front contre les plus redoutables joueurs défensifs adverses. Lorsqu’ils déclinent, on sera souvent tentés de parler des « rigueurs du long calendrier » si la deuxième moitié de saison est plus difficile, ou encore de la « guigne de la deuxième année » si c’est à la saison suivante qu’on note une baisse de régime.

En fait, les causes de ces baisses de production sont multiples. Les ajustements faits par les entraîneurs adverses, qui sont plus précautionneux quant aux joueurs qui leur sont opposés, y sont certainement pour quelque chose. Ensuite, leurs propres entraîneurs décident souvent de leur donner de plus grandes responsabilités, augmentant alors d’autant leur exposition à ces mêmes meilleurs éléments adverses.

Mais il y a une troisième cause, dont l’importance a fini par lui mériter son propre indicateur.

4 – Les pourcentages cumulés (PDO)

On le désignera en ces pages sous le nom de « Pourcentages cumulés », mais on le retrouve sur de nombreux sites web sous le nom cryptique de PDO, acronyme qui ne veut rien dire et ne désigne que le nom d’emprunt utilisé par son créateur. Le calcul de cet indicateur est des plus simples et s’applique tant aux équipes qu’aux joueurs.



En 2011-12, les Kings ont eu le pire taux de conversion de tirs en buts dans la LNH, mais grâce à leur corps défensif et leurs gardiens, ils ont remporté la Coupe Stanley.

On cumule ainsi le pourcentage d’arrêts d’une équipe à son taux de conversion de tirs en buts. Le seuil de respectabilité est de 100 pour cent et, comme le montre cette page du site Extra Skater, il peut varier considérablement d’une équipe à l’autre à l’échelle d’une saison. On utilise les pourcentages cumulés pour identifier les clubs et les joueurs favorisés par des séquences heureuses ou, au contraire, accablés par une mauvaise séquence.

On considère en effet que si les équipes exercent un certain contrôle sur leur pourcentage d’arrêts (en engageant de bons gardiens!), elles n’ont pour ainsi dire que peu de contrôle sur leur taux de conversion de tirs en buts. Lorsqu’on regarde le classement des pourcentages de réussite des 6 dernières saisons, seuls Pittsburgh apparaît plus d’une fois dans le top-10 (trois fois). En 2011-12, ce sont les Kings de Los Angeles qui ont terminé en queue de peloton, avec un maigre taux de 6,4 pour cent. Pourtant, ces mêmes Kings dominaient aux TVF et ont remporté la Coupe Stanley!

Au niveau individuel, les pourcentages cumulés permettent d’avoir une perspective plus juste des performances offensives et défensives des joueurs. En effet, on sait que certains joueurs aident leur équipe à obtenir systématiquement de haut taux de réussite sur les tirs au but, alors que d’autres au contraire sont presque toujours sous la normale. Mais ces joueurs sont plus rares qu’on ne le pense et, la plupart du temps, la liste annuelle des joueurs ayant un haut taux de pourcentages cumulé comporte, outre les habituels jumeaux Sedin et autres Crosby, sa large part de joueurs en train de connaître la meilleure saison de leur carrière.

Nous aborderons plus en détail la question des pourcentages cumulés dans la prochaine chronique. D’ici là, les poolers parmi vous seraient bien avisés de ne pas vous enflammer trop vite pour les Slifverberg, Hertl et Monahan au détriment des Ovechkin, Kessel et autres Vanek. Et gardez un œil sur Nathan Gerbe.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques.

 

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