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Après 20 ans sans Coupe, le Canada a-t-il un sentiment de déception?

mercredi 2013-02-20 / 16:04 / 92/93 - La meilleure saison?

Par Arpon Basu - Directeur de la rédaction LNH.com

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Après 20 ans sans Coupe, le Canada a-t-il un sentiment de déception?

Plusieurs croient que la saison 1992-93 a été une des plus réussies de l’histoire de la LNH. De l’addition de deux nouvelles équipes à la conquête de la Coupe Stanley par le Canadien en passant par l’émergence des joueurs européens et les exploits héroïques de Mario Lemieux, cette saison a été fertile en moments mémorables. A l’occasion de son 20 e anniversaire, LNH.com va passer l’année à s’en remémorer les meilleurs moments afin de voir si ce ne fut pas en effet la plus grande saison de l’histoire.

Il y aura 20 ans ce printemps que le Canadien de Montréal est devenu la dernière équipe canadienne à gagner la Coupe Stanley, un trophée originalement donné par un gouverneur général canadien au pays qu’il gouvernait.

Depuis une bonne dizaine d’années, le rituel du printemps veut qu’on souligne l’élimination de la dernière équipe canadienne en rappelant que la disette s’allonge d’une autre saison. Mais la population en a-t-elle développé un sentiment de déception ou est-ce une affaire qui la laisse indifférente?

Deux chercheurs, qui ont mené des études concernant l’attachement qu’ont les Canadiens pour le hockey, ne croient pas que cette disette ait une grande résonance chez le commun des mortels, sinon le fait que leurs équipes ne gagnent pas la Coupe.

'LA MEILLEURE SAISON?'

Un héros national

Par Michael Langr - Correspondant LNH.com
L’impact de Jaromir Jagr dans la LNH et chez lui a commencé à se faire sentir en 1992-93. LISEZ

Jack Jedwad, directeur administratif montréalais de l’Association d’études canadiennes, et Anthony Wilson-Smith, président torontois de l’Institut Historica-Dominion, estiment tous deux que l’évidence empirique et anecdotique suggère que les Canadiens et leur intérêt pour le hockey ont une portée plus internationale.

« Je pense qu’on confond un peu la question de l’identité canadienne et le hockey, avance Wilson-Smith. Tout comme le libre-échange nous a rendus plus internationaux d’un point de vue économique, ce genre de libre marché que nous avons au hockey avec des joueurs qui viennent de partout dans le monde nous fait partager un point de vue plus global. Je pense donc que ce qui nous rassemble le plus est que, oui nous avons le syndrome de privation de la Coupe, mais nous avons gagné celle qui comptait le plus en 2010 à Vancouver (lors des Jeux olympiques).

« Tous les Canadiens vont s’unir derrière toute Équipe Canada dans n’importe quelle compétition internationale. Mais par ailleurs, et ce n’est pas une vérité scientifique, si les Maple Leafs continuent de faire aussi bien et se retrouvent en finale de la Coupe Stanley, est-ce que les Canadiens d’un bout à l’autre du pays vont se rallier derrière eux? Mon instinct le plus profond dit que non. »

Des recherches suggèrent qu’il a raison.

Le printemps dernier, un sondage d’Angus Reid pour le magazine MacLean’s révélait que les Maple Leafs de Toronto, à 19 pour cent, et le Canadien, à 15 pour cent, étaient les deux équipes les plus détestées au pays. Mais le Canadien arrivait aussi au premier rang chez les équipes les plus aimées, avec 19 pour cent des réponses, suivi de près des Maple Leafs, à 17 pour cent.

Le même sondage demandait aux Canadiens quelles formations ils allaient encourager pour les séries éliminatoires. Seulement deux équipes canadiennes étaient qualifiées et les Canucks de Vancouver étaient de loin les préférées, avec 35 pour cent des réponses, contre 20 pour cent pour les Sénateurs d’Ottawa. Mais 45 pour cent des répondants ont opté pour une équipe américaine.

Si l’absence de conquête de la Coupe Stanley par une équipe canadienne était quelque chose qui dérangeait vraiment les Canadiens, on aurait été en droit de s’attendre à un meilleur support en faveur des Canucks et des Sénateurs, alors qu’ils ont à peine rallier plus de la moitié des votes à eux deux.

« Ce qui a changé, je crois, c’est que les rivalités à l’intérieur du Canada ont pris plus d’ampleur, estime Jedwab.

« Il y a toujours eu une forte rivalité entre Montréal et Toronto. Et même si ces deux équipes n’ont pas eu beaucoup de succès en séries de la Coupe Stanley, cette rivalité demeure importante. En un mot, si les Flames de Calgary gagnaient la Coupe Stanley, je me demande si cela aurait un gros impact à Montréal et Toronto. »

Un autre sondage Angus Read, mené en 2010 quand le Canadien a atteint la finale de l’Association de l’Est, révélait qu’il avait la faveur de presque 70 pour cent de la population canadienne. Mais en tant qu’une des six équipes originales de la ligue, et sa concession la plus fructueuse, le Canadien compte des partisans partout au pays, et même dans le monde. A l’opposé, lorsque les Canucks ont atteint la grande finale un an plus tard, non seulement n’ont-ils pas reçu l’appui de tout le pays mais les reportages d’un peu partout à l’est des Rocheuses se plaisaient à les critiquer.

« L’hostilité a commencé à se développer vers la fin de la saison quand les Canucks dominaient outrageusement la course au Trophée du Président et se classaient premiers dans presque toutes les statistiques importantes », écrivait Nancy MacDonald dans MacLean’s en avril dernier. « Comme ils n’étaient pas des négligés, ils n’ont jamais eu droit à cette couverture sympathique qui avait accompagné les tentatives des Oilers d’Edmonton et les Flames de Calgary. Les choniqueurs à travers le pays ont commencé à suggérer que les Canadiens se rangeaient derrière les Bruins (de Boston). »

Ce manque de constance parmi les partisans canadiens, selon Wilson-Smith, est justement ce qui constitue leur identité canadienne, beaucoup plus qu’un sentiment collectif de tristesse devant l’incapacité d’une équipe d’ici à mettre la main sur la Coupe Stanley depuis 20 ans.

« C’est un formidable microcosme de la façon dont nous définissons notre identité nationale. Le hockey atteint dans l’âme, en déduit Wilson-Smith. Le fait de parler de hockey tout le temps nous réunit et nous divise en même temps. »

Ce qui ne devrait conduire personne à croire que le hockey a perdu de son importance au pays.

Un sondage mené en 2008 par l’Institut Historica-Dominion visant à identifier les 101 choses que les Canadiens devraient savoir à propos de leur pays a révélé que la feuille d’érable était la plus importante, suivie par le hockey, juste devant le drapeau canadien.

Un autre sondage de l’Association d’études canadiennes, datant de novembre dernier, demandait aux répondants à quel point le hockey était une source de fierté nationale, en tenant compte du nombre de matchs de la LNH auxquels ils avaient assisté depuis cinq ans. Sans surprise, 88,5 pour cent de ceux qui assistaient aux matchs régulièrement ont répondu que c’était très ou assez important. Mais même parmi ceux qui n’avaient pas assisté à un seul match, près de 35 pour cent accordaient une certaine importance au hockey comme source de fierté.

Cela dit, pour quelque raison que ce soit, qu’une équipe canadienne gagne la Coupe Stanley ne semble pas si important.

« Il y a de forts liens qui nous unissent à propos du hockey, qui est perçu comme notre sport national plus que n’importe quel autre, constate Jedwab. Le seul qui pourrait le défier un jour est le soccer… mais je ne pense pas que ce soit un sport qui rassemble les Canadiens. Le soccer rassemble les gens à travers le monde, tandis que le hockey a quelque chose de spécifiquement canadien.

« Mais pour la LNH, nous considérons le hockey comme une exportation canadienne. Ce n’est peut-être pas une bonne façon de voir les choses, mais je pense c’est celle dont elle est largement perçue. »

 

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