Se connecter avec votre compte LNH.com:
  • Soumettre
 

Les vedettes russes ont brillé pour une première fois dans la LNH en 1992-93

vendredi 2012-12-21 / 9:00 / 92/93 - La meilleure saison?

Par Slava Malamud - Correspondant LNH.com

Partagez avec vos amis


Les vedettes russes ont brillé pour une première fois dans la LNH en 1992-93

L’histoire des joueurs russes dans la LNH est parsemée de moments décisifs.

En 1989, un premier joueur soviétique, Sergei Pryakhin, recevait la permission de se joindre à une équipe de la LNH alors qu’un premier transfuge, Alexander Mogilny, y parvenait dans la clandestinité. Puis, en 1994, le trophée Hart était remis à un Russe, Sergei Fedorov, pour la première fois et la finale de la Coupe Stanley était télévisée pour la première fois en Russie. Des centaines de milliers de téléspectateurs russes ont alors adopté la LNH et, pour la première fois de l’histoire, des compatriotes inscrivaient leurs noms sur le légendaire trophée lorsque les Rangers de New York ont été couronnés champions.

Qui ne se souvient pas de 1997? Les Red Wings avaient alors remporté la Coupe Stanley grâce, entre autres, à leurs cinq joueurs russes. La formation de Detroit est instantanément devenue l’équipe favorite au pays des tsars. Il y a également l’année 2001, lorsqu’un espoir russe a été sélectionné au premier rang du repêchage de la LNH pour la première fois, et l’année 2004, lorsque deux jeunes Russes ont été repêchés aux deux premiers rangs pour la seule fois de l’histoire jusqu’à présent. On pourrait aussi évoquer n’importe quelle autre année depuis, car aujourd’hui, on ne peut plus parler des meilleurs joueurs du circuit sans mentionner quelqu’un qui vient de Moscou, d’Yekaterinburg ou de Magnitogorsk.

'LA MEILLEURE SAISON?'

Une superstar est née

Par Tal Pinchevsky - Journaliste LNH.com
Alexander Mogilny a été consacré superstar en marquant 76 buts en 1992-93. LISEZ

Or, s’il fallait identifier une saison précise pour déterminer à quel moment les joueurs russes ont cessé d’être une simple curiosité ou un sujet de controverse dans la LNH pour devenir une partie intégrante des succès de la ligue, il faudrait s’arrêter à la campagne 1992-93. Cette année-là, trois joueurs désormais légendaires ont pris d’assaut la scène sportive nord-américaine et ont fait vivre des émotions fortes à leurs compatriotes. Ce fut également la première campagne de la LNH à être complétée après le démantèlement de l’Union soviétique. Coïncidence?

Ni le hockey russe ni la Russie ne seraient plus jamais les mêmes.

Mogilny, Fedorov et Pavel Bure ont fait leur apprentissage ensemble dans les rangs du CSKA de Moscou et ils ont évolué sur le même trio tant avec cette formation qu’avec l’équipe nationale. Ils constituaient la relève de l’élite du club de l’Armée rouge. Si l’Union soviétique avait survécu et si elle était parvenue à encadrer ses joueurs de hockey comme dans les années 1970 et au début des années 1980, cette unité aurait sûrement rejoint les légendaires trios formés de Boris Mikhailov, Vladimir Petrov et Valery Kharlamov ou de Sergei Makarov, Igor Larionov et Vladimir Krutov parmi les meilleurs unités offensives de l’histoire du hockey.

Cependant, leur pays est entré dans une période de profonds bouleversements et les trois talentueux attaquants ont mis le cap sur la LNH pour se créer leurs propres légendes. Ces trois compagnons de trio ont vécu des expériences semblables à leur départ, c’est-à-dire qu’ils ont tous trois quitté leur pays dans la controverse.

Mogilny s’est échappé de l’hôtel où logeait l’équipe nationale pendant le Championnat du monde de 1989 en Suède. L’année suivante, Fedorov a fait la même chose pendant les Goodwill Games de 1990 à Seattle. Bure est parvenu à se libérer de ses obligations envers le CSKA d’une manière moins scandaleuse en 1991 en portant sa cause devant les tribunaux. L’équipe soviétique a finalement accepté un règlement à l’amiable.

Les jeunes étoiles russes ont eu besoin de quelques années pour s’adapter à leur nouvel environnement dans la LNH. Mogilny a quitté l’URSS avant son démantèlement inévitable et il a dû demander l’asile politique. À l’époque, tout portait à croire qu’il ne reverrait jamais sa famille. Comme tous les joueurs du CSKA, il était en fait un soldat et il a été accusé de trahison. S’il avait remis les pieds dans sa terre natale, il aurait dû faire face à la justice de la cour martiale de l’armée soviétique.

À son arrivée à Buffalo, Mogilny a éprouvé beaucoup de difficultés à s’adapter à la culture américaine et au style de jeu de la LNH. Il a admis, plus tard, qu’il craignait d’être enlevé par des agents du KGB. Pourtant, tous ces tracas ont été effacés par le fait que « pour la première fois de ma vie, à Buffalo, je me sentais libre », a-t-il raconté en 2007 dans une entrevue au journal russe Sport-Express. Quant à son talent sur la glace, le style de jeu nord-américain ne lui permettait pas de l’exprimer librement. Il a fallu attendre que les Sabres fassent l’acquisition de Pat LaFontaine pour que l’énigmatique Russe s’épanouisse enfin et forme un duo des plus menaçants avec le centre américain.

Fedorov, quant à lui, s’est adapté à son nouveau milieu beaucoup plus facilement. Un joueur offensif complet doublé d’un acharnement exemplaire en défensive, il s’est rapidement attiré des éloges à Detroit. Nul autre que Steve Yzerman l’a qualifié « du meilleur patineur que j’ai jamais vu. » En 1992, les amateurs de hockey russes pleuraient la perte d’un espoir qu’ils avaient à peine eu le temps de découvrir pendant que la LNH se réjouissait d’avoir réussi à attirer cette future vedette.


Le jeune Bure était déjà le chouchou des amateurs de hockey russes lorsqu’il s’est emmené à Vancouver. Le descendant d’un célèbre fabricant de montres russo-suisse, dont le nom était synonyme de ponctualité dans la Russie impériale, le petit-fils d’un joueur de l’équipe nationale de water-polo et le fils d’un médaillé olympique en natation, ce patineur ultra rapide doté d’une agilité hors du commun symbolisait le meilleur du hockey soviétique. Bure était destiné à connaître du succès et il n’a déçu personne. Après une saison recrue remarquable dans la LNH (sa récolte de 34 buts et de 60 points lui ayant valu le trophée Calder en 1992), il a reçu le surnom du « Rocket russe » et il allait réaliser des exploits encore plus extraordinaires à sa deuxième campagne.

La table était donc mise pour la révolution russe. En 1992-93, pour la première fois de l’histoire de la ligue, les vedettes russes se retrouvaient sous le feu des projecteurs. À Vancouver, Bure est devenu la coqueluche d’une ville en quête de reconnaissance et assoiffée de victoires. Après avoir réussi une performance de quatre buts contre les Jets tôt dans la saison, il a poursuivi sur sa lancée et il a établi de nouvelles marques d’équipes avec 60 buts et 110 points. Il a été le seul représentant des Canucks au Match des Étoiles et le premier joueur dans l’histoire de cette concession à être sélectionné au sein de la première équipe d’étoiles de la LNH à la fin de la campagne.

À Detroit, Fedorov a continué d’impressionner les experts nord-américains avec son jeu impeccable dans les deux zones et son éthique de travail. En plus d’établir de nouvelles marques personnelles avec 34 buts et 87 points, il a présenté un excellent différentiel de +33, le même qu’Yzerman au premier rang de l’équipe. Il apparaissait évident que les performances des Red Wings et de Fedorov étaient intimement liées et que l’avenir leur réservait de belles choses.


Puis, à Buffalo, Mogilny a tout simplement connu la meilleure saison offensive de l’histoire pour un attaquant russe avec une récolte de 76 buts et de 127 points. Il méritait grandement le surnom d’« Alexandre le Grand » qui lui a été attribué par le légendaire commentateur des Sabres, Rick Jeanneret. Mogilny a bien failli se joindre au club exclusif des marqueurs de 50 buts en 50 matchs : il a compté son 50e but lors de la 53e partie des siens (bien qu’il s’agissait de son 46e match à lui, car une blessure l’avait contraint à l’inactivité pendant quelques rencontres). Mogliny n’a pas ralenti pendant les séries éliminatoires et il a permis aux Sabres de franchir le premier tour pour la première fois en dix ans. Malheureusement, une fracture à un pied est venue mettre fin à ses séries en deuxième ronde. Les Sabres n’ont pas pu se remettre de sa perte et ils ont été balayés par les éventuels champions de la Coupe Stanley, les Canadiens de Montréal.

Les amateurs de hockey russes, incapables de regarder les exploits de leurs trois compatriotes à la télévision et contraints de suivre leur progression par l’entremise des quelques articles par-ci par-là dans les journaux, ne pouvaient que rêver à quoi aurait pu ressembler leur équipe nationale avec ces joueurs. Et ce sentiment n’a fait que s’intensifier, car après 1993, ils auront dû patienter 15 ans avant de voir l’équipe nationale russe remporter un titre important sur la scène internationale. Toutefois, avec un meilleur accès à l’information, les exploits de ces joueurs locaux dans la meilleure ligue au monde allaient devenir une nouvelle source de fierté pour les partisans russes.

Pour Mogilny, la campagne 1992-93 fut un sommet inégalé. Ralenti par les blessures, il n’a jamais réussi à rééditer ses exploits, n’atteignant le plateau des 50 buts qu’à une seule autre occasion par la suite. Il a retrouvé Bure à Vancouver à la suite d’une transaction en 1995, mais la paire n’a pas réussi à faire renaître la magie d’antan. De plus, son refus de se joindre à l’équipe nationale a nui à sa popularité et à son influence à la maison. Sauf lors de la conquête de la Coupe Stanley par les Devils en 2000, alors que son ancien coéquipier du CSKA Slava Fetisov agissait à titre d’entraîneur adjoint, la visibilité de Mogilny en Russie était plutôt limitée. Par contre, il a toujours été considéré comme étant un héros dans sa ville natale de Khabarovsk. Mogilny a servi d’exemple à l’espoir Mikhail Grigorenko, qui a pratiquement suivi le même parcours que lui : de Khabarovsk au CSKA et du CSKA aux Sabres de Buffalo, qui ont réclamé Grigorenko au 12e rang lors du repêchage de 2012 de la LNH.

Les Russes ont eu l’occasion de refaire connaissance avec Bure l’année suivante lorsqu’ils ont pu regarder les séries de la Coupe Stanley à la télévision pour la première fois de leur histoire. Bien que les Rangers de New York aient signé une victoire émotive avec quatre Russes dans leur alignement (les premiers à inscrire leurs noms sur la fameuse coupe), c’est la performance du « Rocket russe » (31 points en 24 matchs en séries) qui a captivé ces nouveaux téléspectateurs. Sa cote de popularité allait encore augmenter dans les années subséquentes à Vancouver, en Floride ainsi qu’avec les Rangers et il est devenu le joueur le plus adulé des années 1990 en Russie.

Sa performance de cinq buts lors de la demi-finale du tournoi olympique de Nagano en 1998 a propulsé l’enfant chéri du hockey russe au statut de légende vivante. « Combien de nouveau-nés se nommeront Pavel? » titrait un journal au lendemain de cette rencontre inoubliable. Une chose est certaine : toute une génération de hockeyeurs qui a grandi en Russie dans les années 1990 croyait que Bure pouvait réaliser des miracles. Même s’il s’est fait plutôt discret après que sa carrière eut été écourtée en raison des blessures, le nom de Bure demeure associé au hockey moderne russe.


Pour Fedorov, la saison 1992-93 n’allait être que le commencement d’une glorieuse carrière. Il a connu sa meilleure campagne à vie l’année suivante lorsqu’il a établi des marques personnelles avec 56 buts et 120 points, en plus de remporter le trophée Hart, le trophée Lester-B.-Pearson et le trophée Selke. Ce dernier honneur, décerné au meilleur attaquant défensif du circuit, venait contredire les stéréotypes dont les joueurs russes étaient victimes en Amérique du Nord. Après que l’entraîneur Scotty Bowman eut rassemblé ses cinq Russes pour permettre aux Red Wings de remporter la Coupe Stanley en 1997, la formation de Detroit est devenue l’équipe préférée de tout le monde en Russie, de Moscou à Vladivostok. À la fin des années 1990, il y avait probablement plus de partisans des Red Wings dans l’ancienne Union soviétique que n’importe où ailleurs. Cette fièvre rouge et blanche a atteint son apogée lorsque la Coupe Stanley a visité la Russie et a été soulevée par des légendes locales revêtant fièrement l’uniforme des Red Wings.

Bien entendu, Fedorov était au centre de toute cette euphorie. Incroyablement talentueux et au sommet de sa gloire, il a aussi apporté une touche de « glamour » qui était complètement nouvelle dans le monde du sport en Russie. Sa relation avec la jeune sensation du tennis Anna Kournikova, son conflit avec Bure à propos de cette même Kournikova et sa dispute contractuelle avec Detroit en 1997-98 ont fait en sorte que le nom de Fedorov était rarement absent des pages sportives des publications russes. Dans un pays habitué à l’image propre et approuvée par l’État de ses héros sportifs, Fedorov est devenu la première vedette du hockey dans le sens occidental du terme. Ce sont cependant les coupes Stanley remportées au sein de l’équipe la plus russe de l’histoire de la LNH qui lui ont permis de conquérir le cœur des amateurs dans son pays.

La réputation de professionnel irréprochable de Fedorov, acquise au cours de presque deux décennies complètes dans la LNH, lui est fort utile aujourd’hui dans ses fonctions de directeur général du CSKA, l’un des postes les plus en vue dans le monde du hockey russe.

Quant au « prochain grand trio russe », il n’a été réuni que brièvement à une seule occasion, soit lors de la Coupe du monde de 1996. Les trois anciens phénomènes ont tracé leurs propres chemins distincts dans l’histoire du hockey russe. Et les choses ne seront plus jamais comme avant.

 

La LNH sur Facebook