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Herschel Walker a inspiré les Nordiques dans l’affaire Lindros

vendredi 2012-11-23 / 9:00 / 92/93 - La meilleure saison?

Par Arpon Basu - Directeur de la rédaction LNH.com

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Herschel Walker a inspiré les Nordiques dans l’affaire Lindros

Pour plusieurs, la saison 1992-93 a été une des plus palpitantes de la longue et belle histoire de la Ligue nationale de hockey. Ce ne sont pas les moments mémorables qui ont manqué, avec l'arrivée de deux équipes d'expansion, la soudaine domination des joueurs européens, les exploits héroïques de Mario Lemieux, le tout couronné par la dernière conquête de la Coupe Stanley par le Canadien. À l'occasion du 20e anniversaire de cette remarquable saison, LNH.com reviendra tout au cours de l'année sur les moments les plus marquants en se demandant si ce ne fut pas en effet la plus grande de l'histoire de la LNH.

L’affaire Eric Lindros a fait couler beaucoup d’encre tout au long de cette saison magique. Le mois dernier, LNH.com s’est attardé à cette transaction entre les Nordiques de Québec et les Flyers de Philadelphie, probablement la plus importante de toute l’histoire de la ligue, en présentant le point de vue des Flyers. Aujourd’hui, nous nous tournons du côté des Nordiques de Québec, l’équipe qui a repêché Lindros au premier rang et qui l’a utilisé pour solidifier les fondations d’une franchise qui allait devenir une dynastie après son déménagement au Colorado.

En tant que directeur général et entraîneur des Nordiques de Québec, Pierre Pagé envisageait une autre campagne à croupir dans les bas-fonds du classement de la division Adams pour une cinquième année de suite en 1991-92.

La solution potentielle à ce problème chronique refusait d’endosser l’uniforme de son équipe.

Pagé avait choisi Eric Lindros avec le premier choix du Repêchage 1991 de la LNH même si le prodige des Generals d’Oshawa de la Ligue junior de l’Ontario avait clairement indiqué qu’il n’avait pas l’intention de se joindre aux Nordiques. Pendant que Lindros poursuivait son apprentissage dans les rangs juniors, les Nordiques terminaient la saison avec une maigre récolte de 52 points. C’était leur sixième campagne perdante consécutive.

Or, Pagé prétend qu’il n’a jamais hésité avant de repêcher Lindros, même s’il savait que les chances qu’il enfile le chandail des Nordiques étaient très minces. Si minces, en fait, que Lindros a refusé de le revêtir même après avoir été sélectionné au premier rang.

« C’était facile parce qu’il était de loin le meilleur joueur disponible », a expliqué Pagé à LNH.com lors d’un entretien téléphonique. Pagé dirige le FC Red Bull de Salzburg depuis maintenant six ans.

« C’était un Wayne Gretzky de 6 pieds 5 pouces », a-t-il ajouté.

Après avoir repêché Lindros, Pagé a fait tout en son pouvoir pour lui faire signer un contrat. Il lui a offert un contrat de 10 ans d’une valeur de 50 millions $, une véritable fortune en 1991 pour un joueur qui n’avait pas encore donné un seul coup de patin dans la LNH. Il a même recruté le légendaire Guy Lafleur pour tenter de convaincre Lindros de venir jouer à Québec.

Pagé pouvait également compter sur un bon noyau de jeunes joueurs pour attirer Lindros. Joe Sakic (qui avait 22 ans à l’époque), Mats Sundin (20 ans), Adam Foote (20 ans), Martin Rucinsky (20 ans), Owen Nolan (19 ans) et Valeri Kamensky (25 ans) formaient le cœur d’une formation vouée à un brillant avenir.

L’ajout de Lindros à ce groupe aurait fort probablement propulsé les Nordiques au sein de l’élite du circuit. Cependant, Lindros, conseillé par ses parents Bonnie et Carl, a repoussé toutes les avances de Pagé.

« Ses parents étaient très impliqués », a déclaré Page en riant. « Mais [Lindros] n’a enfreint aucune règle et le règlement disait qu’on avait deux ans pour l’embaucher. »

Lindros a décidé de patienter et Pagé a été contraint de regarder son équipe connaître une autre saison de misère en 1991-92.

'LA MEILLEURE SAISON?'

Une transaction majeure

Par Adam Kimelman - Directeur adjoint de la rédaction à NHL.com
L'échange d'Eric Lindros des Nordiques aux Flyers a secoué les fondations de la LNH. LISEZ

Il s’est alors tourné vers la Ligue nationale de football pour tenter de trouver une solution. Pagé surveillait de près la progression des Cowboys de Dallas, qui sortaient justement d’une longue léthargie comparable à celle des Nordiques à l’époque.

Les Cowboys de 1991 ont conclu l’année avec une fiche de 11-5 pour ainsi mettre un terme à une série de cinq saisons perdantes de suite. Ils ont également remporté un premier match en séries éliminatoires depuis 1982. Deux années plus tôt, ces mêmes Cowboys avaient échangé leur porteur de ballon Herschel Walker et quatre choix de repêchage aux Vikings du Minnesota en retour de cinq joueurs, de trois choix de première ronde, de trois choix de deuxième ronde, d’un choix de troisième ronde et d’un choix de sixième ronde.

Aux yeux de Pagé, il apparaissait de plus en plus évident qu’Eric Lindros était son Herschel Walker.

« On avait l’impression que c’était ce qu’il nous fallait, a affirmé Pagé. On a parfois besoin d’inspiration ou d’un modèle. Cette transaction est devenue notre modèle. »

Pendant toute la saison, Pagé, dans son rôle de directeur général et d’entraîneur, et son personnel ont décortiqué l’échange de Walker. Ils ont noté comment l’entraîneur des Cowboys Jimmy Johnson et le propriétaire Jerry Jones ont courtisé diverses formations de la NFL afin de faire monter les enchères et comment ce processus avait permis aux Cowboys de mettre la main sur une manne de choix au repêchage qui allait leur permettre de devenir une dynastie avec trois titres du Super Bowl en quatre ans.

Les discussions qui ont abouti à l’échange de Lindros pendant le repêchage de la LNH à Montréal en juin 1992 se sont amorcées un mois plus tôt pendant le tournoi de la Coupe Memorial à Seattle.

« Le processus entourant cette transaction a été très intéressant », a révélé Jacques Martin, qui était alors entraîneur adjoint chez les Nordiques, à LNH.com. « Le tournoi de la Coupe Memorial était disputé à Seattle cette année-là et je me souviens que toute l’organisation s’était réunie, y compris le propriétaire et président, M. [Marcel] Aubut. Tous les dépisteurs étaient là, de même que les entraîneurs et la direction. Tous étaient invités à écrire sur un bout de papier ce qu’ils attendaient de cet échange.

« On a analysé notre formation en profondeur. On a évalué nos forces et les carences que l’on pourrait combler avec cette transaction. »

De 10 à 12 équipes, soit à peu près la moitié des 24 formations du circuit, étaient intéressées par les services de Lindros. Donc, Pagé et la haute direction des Nordiques ont réservé un étage complet de l’Hôtel Delta de Montréal pour le 17 juin 1992, trois jours avant le repêchage.

« Je n’avais jamais rien vu de tel, a admis Pagé. Il y avait une réceptionniste à la sortie des ascenseurs. On avait notre propre service de traiteur et tout ce qu’il fallait pour travailler. »

Les Nordiques ont reçu les équipes une par une dans leurs « bureaux » pour écouter ce qu’elles avaient à offrir pour leur espoir tant convoité. Or, Pagé a avoué qu’il visait une formation particulière depuis le début.

« L’organisation qui avait tout ce que nous voulions était celle des Flyers », a-t-il déclaré.

Pagé a reçu des offres jusqu’au milieu de la nuit précédant le repêchage. Il raconte qu’il avait reçu une proposition du directeur général des Maple Leafs de Toronto, Cliff Fletcher, qui lui offrait « pratiquement toute son équipe », mais que celui-ci s’est désisté vers quatre heures du matin le jour du repêchage.

Pagé était en train de discuter avec le directeur général des Rangers de New York, Neil Smith, à ce moment et il ne se doutait pas qu’Aubut (qui a refusé nos demandes d’entrevue à ce sujet) avait rencontré le président des Flyers de Philadelphie, Jay Snider, quelques heures plus tôt.

À environ 10 h le jour du repêchage, Pagé apprend que les Blackhawks de Chicago avaient retiré leur offre qui aurait envoyé cinq joueurs ainsi que sept choix de repêchage aux Nordiques en retour de Lindros. Ils refusaient de verser 18 millions $ pour conclure la transaction. Puis, quelques minutes avant le début du repêchage, Pagé en vient à une entente avec Smith et les Rangers qui lui aurait permis de mettre la main sur le gardien de but John Vanbiesbrouck, le centre Doug Weight, les ailiers Alexei Kovalev et Tony Amonte, trois choix de première ronde ainsi que 15 millions $.

De son côté, Aubut s’était entendu avec les Flyers quelques heures plus tôt à l’insu de Pagé. Il avait alors obtenu les services du centre Peter Forsberg, des attaquants Mike Ricci et Chris Simon, des défenseurs Steve Duchesne et Kerry Huffman ainsi que du gardien de but Ron Hextall, en plus d’un choix de première ronde et de 15 millions $. Pagé avait déjà tenté de conclure cette transaction, mais il croyait que ce n’était plus disponible.

Il y avait donc deux équipes qui croyaient avoir fait l’acquisition de Lindros. La LNH a dû nommer un arbitre, Larry Bertuzzi, pour tenter de résoudre cette impasse. Bertuzzi a tenu une longue audience à Montréal pour déterminer qui avait remporté la loterie Lindros.

Pendant tout ce processus, les Flyers ont bénéficié d’un appui plutôt inattendu.

« Honnêtement, l’échange avec les Flyers était meilleur, a admis Pagé. Donc, même si j’ai perdu ma cause, j’en suis ressorti gagnant en fin de compte. »

Cette arrivée soudaine de talent a eu un impact immédiat sur les Nordiques, qui ont pu entourer leurs jeunes étoiles avec des joueurs expérimentés. En 1992-93, ils mettaient fin à leur disette de cinq saisons sans participer aux séries éliminatoires en récoltant 104 points, un nouveau record pour cette concession.

Les Nordiques ont de nouveau été exclus des séries printanières en 1993-94, puis ils ont accueilli Forsberg dans la LNH au cours de la saison abrégée de 1994-95. Leur nouveau directeur général Pierre Lacroix a réalisé quelques autres transactions, dont une majeure qui lui a permis d’acquérir le gardien de but Patrick Roy, qui ont aidé l’organisation à remporter une première Coupe Stanley à sa première campagne au Colorado en 1995-96.

« Cet échange a vraiment permis d’accélérer le développement de l’organisation. Ils ont gagné la Coupe Stanley peu de temps après, a mentionné Martin. Après le départ de Pierre [Pagé], Pierre Lacroix a pris la relève et il a échangé Sundin contre Wendel Clark et Sylvain Lefebvre. Au Colorado, il est allé chercher Roy et il a conclu une transaction à trois dans laquelle il a cédé Wendel pour obtenir Claude Lemieux. Ensuite, il a envoyé Owen Nolan à San Jose en échange de Sandis Ozolinsh. Cependant, tout a commencé avec l’échange de Lindros. »

L’Avalanche a remporté une autre Coupe Stanley en 2001 et entre 1996 et 2002, cette formation a atteint la finale de l’Association de l’Ouest chaque année sauf à une reprise.

Les Nordiques ont donc connu une progression semblable à celle des Cowboys de Dallas du début des années 1990. C’était exactement ce que Pagé espérait dès qu’il a réalisé que Lindros ne revêtirait jamais l’uniforme des Nordiques.

Son « Herschel Walker » lui a procuré les mêmes résultats que le véritable porteur de ballon.

« Ce n’est peut-être pas à moi de le dire, a conclu Pagé, mais je crois que l’échange de Herschel Walker et celui-ci sont les plus importants dans toute l’histoire du sport. »

 

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