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Les efforts d’Esposito ont assuré le succès de l’expansion de la LNH à Tampa Bay

dimanche 2012-10-07 / 6:00 / 92/93 - La meilleure saison?

Par Brian Compton - Directeur adjoint de la rédaction à NHL.com

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Les efforts d’Esposito ont assuré le succès de l’expansion de la LNH à Tampa Bay

Pour plusieurs la saison 1992-93 a été une des plus palpitantes de la longue et belle histoire de la Ligue nationale de hockey. Ce ne sont pas les moments mémorables qui ont manqué, avec l'arrivée de deux équipes d'expansion, la soudaine domination des joueurs européens, les exploits héroïques de Mario Lemieux, le tout couronné par la dernière conquête de la Coupe Stanley par le Canadien. À l'occasion du 20e anniversaire de cette remarquable saison, LNH.com reviendra tout au cours de l'année sur les moments les plus marquants en se demandant si ce ne fut pas en effet la plus grande de l'histoire de la LNH.

Lorsque la Ligue nationale de hockey a décidé de procéder à une expansion pour la saison 1992-93, Phil Esposito s’est consacré à convaincre le plus du monde possible que le hockey pourrait survivre à Tampa Bay. Ce fut un processus exigeant et très coûteux.

« J’ai dû convaincre beaucoup de personnes… Ce fut pénible », a raconté le membre du Temple de la renommée du hockey à LNH.com. « J’ai perdu ma femme et toutes mes économies, mais à mon avis, ça en a valu la peine.

« C’était mon idée dès le début. C’est probablement mon plus bel accomplissement dans le monde du hockey. Je n’étais pas dans mon élément, mais j’ai lancé une nouvelle concession dans un État que personne ne croyait capable de supporter une équipe de hockey. On disait que j’étais fou et pourtant, on a réussi. »
-- Phil Esposito

« C’était mon idée dès le début. C’est probablement mon plus bel accomplissement dans le monde du hockey. Je n’étais pas dans mon élément, mais j’ai lancé une nouvelle concession dans un État que personne ne croyait capable de supporter une équipe de hockey. On disait que j’étais fou et pourtant, on a réussi. »

Esposito a eu besoin de l’aide financière d’investisseurs japonais pour implanter une concession de la LNH en Floride. Kokusai Green, une société qui exploite des clubs de golf, s’est joint au groupe d’Esposito, qui comprenait le propriétaire des Yankees de New York George Steinbrenner, pour payer les frais d’expansion exigés de 50 millions $.

« J’étais convaincu qu’on aurait une franchise, a révélé Esposito. J’avais fait mes devoirs. J’avais fait valoir mes arguments et j’en avais discuté avec plusieurs propriétaires. J’avais confiance. J’étais très heureux quand on l’a eue. Je me souviens de ce petit Japonais qui m’avait demandé ce qu’il fallait faire maintenant. Je lui ai répondu qu’il était temps de payer. »

Évidemment, Esposito s’est buté au scepticisme des organisations établies dans les marchés traditionnels de hockey. On lui répétait sans cesse que c’était impossible que le hockey survive dans les fins fonds du sud-est des États-Unis et que ce n’était qu’une perte de temps.

« Les marchés du nord, surtout ceux du Canada, de Boston et de New York, étaient incrédules, a ajouté Esposito. Ils croyaient que c’était impossible et pourtant, on a participé aux séries dès notre quatrième saison.

« Ça n’a pas été facile et personne ne nous a facilité la tâche. Nous n’avons pu compter que sur nous-mêmes. Il n’y a qu’une bonne façon de faire les choses et il faut y mettre tout son cœur. Bien entendu, j’ai eu des moments de découragement total, mais je n’ai jamais abandonné et je n’ai laissé personne abandonner. C’était hors de question. Nous y avons consacré toutes nos énergies et nous avons réussi. J’en suis très fier. »

Établir de bonnes fondations

Après qu’on lui eut octroyé une franchise, Esposito est devenu le premier président et directeur général de l’histoire du Lightning. Sa première tâche a été d’embaucher un entraîneur. Terry Crisp, qui a mené les Flames de Calgary à une conquête de la Coupe Stanley en 1989, a été l’heureux élu et il est entré en fonction le 23 avril 1992.

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Crisp n’avait rien à perdre en acceptant de prendre les rênes du Lightning. Il pouvait recommencer à faire ce qu’il aimait par-dessus tout pendant que sa douce moitié profitait du soleil de la Floride en hiver.

« L’important pour moi était de revenir dans la LNH », a confié Crisp à LNH.com. « J’avais l’occasion de faire ce que j’aime le plus, c’est-à-dire être entraîneur. Ensuite, c’était un tout nouveau territoire à explorer. Depuis plusieurs années, ma femme me disait que ce serait merveilleux s’il y avait une équipe en Floride. Elle imaginait la plage, le soleil, être payé pour vivre là tout en dirigeant une équipe de hockey. Je lui ai dit qu’elle avait des talents de devin, car son souhait s’était réalisé. On était maintenant en Floride, j’étais entraîneur-chef et on profitait de la vie. J’en ris encore. »

« J’ai connu Crispy alors qu’il dirigeait les Greyhounds [de Sault Ste. Marie], Esposito a dit. J’étais un des propriétaires de l’équipe. Je croyais qu’il serait le candidat idéal pour les trois premières années du club. Notre formation comptait sur plusieurs joueurs plus âgés et Terry savait s’y prendre avec ces joueurs. »

Crisp avait déjà vécu l’expérience d’une expansion. Cet ancien joueur de centre évoluait avec les Blues de St. Louis lorsqu’ils ont fait leur entrée dans la LNH en 1967. Cinq ans plus tard, l’attaquant originaire de Parry Sound, en Ontario, amorçait la saison 1972-73 avec une autre équipe d’expansion, les Islanders de New York.

« J’étais de la formation originale des Blues, dirigés par Scotty Bowman, puis des Islanders. Je connaissais ni plus ni moins ce dont les nouvelles équipes avaient besoin et les approches qu’elles pouvaient adopter, a expliqué Crisp. Scotty Bowman voulait pouvoir compter sur quelques jeunes joueurs et sur plusieurs vétérans pour gagner dès le début. Les Islanders ont adopté une approche complètement opposée. Bill Torrey [l’ancien directeur général des Islanders] a misé sur la jeunesse et le repêchage. Il a connu du succès grâce à ses jeunes joueurs. J’ai donc expérimenté les deux philosophies. »

Tampa Bay s’est retrouvée dans la très compétitive section Norris en compagnie des Blackhawks de Chicago, des Blues de St. Louis, des Red Wings de Detroit, des North Stars du Minnesota et des Maple Leafs de Toronto. La majorité des joueurs qui composaient la formation du Lightning étaient issus du repêchage d’expansion qui a eu lieu le 18 juin 1992. Après que les Sénateurs eurent choisi le gardien de but Peter Sidorkiewicz avec leur premier choix, le Lightning a réclamé le gardien Wendell Young des Penguins de Pittsburgh.

« Comme par hasard, j’étais à Orlando avec mes enfants à ce moment », a raconté Young à LNH.com. « J’avais complètement oublié que le repêchage avait lieu cette journée-là. Je l’ai réalisé seulement en revenant à l’hôtel. Je me doutais que Peter Sidorkiewicz et moi serions sélectionnés comme gardien de but, mais je ne savais si j’aboutirais à Ottawa ou à Tampa. Bref, je me trouvais à Orlando quand j’ai été réclamé. »

Outre Young, Esposito a profité du repêchage d’expansion pour sélectionné des joueurs comme Joe Reekie, Shawn Chambers, Anatoli Semenov et Rob DiMaio. Toutefois, il n’était pas rassasié.

Brian Bradley était à l'apogée de sa carrière lorsqu'il a participé au camp d'entraînement du Lightning. (Photo: Getty Images)

Moins de 24 heures après ce repêchage, Esposito a fait l’acquisition d’un autre joueur.

« Il y a eu le repêchage d’expansion et j’avais l’impression que quelque chose allait arriver, que ce soit à Ottawa ou à Tampa. Ça ne s’est pas produit, mais le lendemain matin, j’ai reçu un appel m’annonçant que j’avais été échangé à Tampa », a révélé l’attaquant Danton Cole, qui est passé de Winnipeg à Tampa Bay en retour de considérations futures le 19 juin 1992. « J’étais content de l’apprendre. Je savais que ce serait un bel endroit pour jouer au hockey. C’était une nouvelle franchise et ce fut effectivement une expérience formidable. »

Le Lightning a amorcé son premier camp d’entraînement en septembre à Lakeland, en Floride. Il regroupait un ensemble très hétéroclite de joueurs acquis par l’intermédiaire de transactions, du marché des joueurs autonomes et du repêchage d’expansion. Malgré tout, la chimie s’est fait sentir dès le début.

Au total, 72 joueurs y ont participé. Certains étaient de vertes recrues, comme Roman Hamrlik (le premier choix du repêchage de la LNH en 1992) qui n’avait que 18 ans. D’autres étaient à l’apogée de leur carrière, tels que les centres Brian Bradley (28 ans) et John Tucker (27 ans). Enfin, certains étaient en fin de carrière et espéraient montrer l’exemple (comme le défenseur de 33 ans Rob Ramage) ou obtenir une dernière chance de briller dans la LNH (comme Ron Duguay, qui était alors âgé de 35 ans et qui n’est malheureusement pas parvenu à se tailler une place dans la formation).

« Je crois que Phil a fouillé dans tous les fonds de tiroir pour trouver tous ceux qui avaient déjà patiné ou joué au hockey, a ajouté Crisp. Je ne sais plus combien ils étaient exactement, mais je me souviens qu’il y avait une foule de joueurs à évaluer au camp d’entraînement. C’était intéressant. Il y avait des vétérans aguerris parmi eux.

« Il n’y avait pas beaucoup de jeunes joueurs capables de nous impressionner au camp. On a donc choisi des joueurs de caractère, des joueurs motivés, affamés et encore capables de performer. »

Un environnement unique

Le Lightning a marqué l’histoire lors des matchs préparatoires. Le 23 septembre 1992, Manon Rhéaume est devenue la première femme à jouer dans une partie hors-concours dans la LNH lorsque le Lightning a affronté les Blues de St. Louis. Devant plus de 75 journalistes, Rhéaume, qui n’avait alors que 20 ans, a repoussé sept de neuf lancers dirigés vers elle en première période, la seule qu’elle a disputée dans la LNH.

« Je savais que je devais être bonne, que je devais bien performer », a raconté Rhéaume à LNH.com. « Plusieurs personnes disaient que je n’étais pas à ma place. C’était une excellente source de motivation, mais c’était aussi beaucoup de pression. J’étais très concentrée. Je ne croyais pas soulever autant d’intérêt, tant aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde. J’ai mis du temps avant de réaliser l’impact que mon histoire avait eu. »

Tampa Bay a disputé sa saison inaugurale à l’Expo Hall, un aréna pouvant accueillir moins de 11 000 spectateurs situé au Florida State Fairgrounds. Ce n’était pas l’endroit idéal pour accueillir le hockey de la LNH, mais les joueurs l’adoraient.

« J’avais ordonné à tous les placeurs d’expulser quiconque lancerait quelque chose sur la glace. Je ne m’attendais pas à ce que Kontos marque quatre buts. Après son troisième, quelqu’un a lancé une casquette sur la glace. Un placeur l’a agrippé et il allait l’expulser quand je suis intervenu. Je lui ai demandé ce qu’il faisait et il m’a dit qu’il suivait les ordres. J’ai répondu : “Mais non, il vient de réaliser un tour du chapeau”, et il m’a alors dit : “C’est quoi, un tour du chapeau?” »
-- Phil Esposito

Pourquoi? En raison de son atmosphère et de son environnement unique. La foule bruyante était intimidante pour les adversaires et l’endroit offrait une multitude d’options aux joueurs du Lightning qui voulaient se détendre avant et après les parties.

« Au lieu de ne remplir qu’à moitié un aréna de 20 000 places, les gens s’arrachaient les billets », a expliqué le gardien de but Pat Jablonski à LNH.com. « Chaque partie est devenue un événement. Il n’y avait que 10 000 billets disponibles, donc l’effet de nouveauté et de rareté a contribué à la popularité de l’équipe. L’ambiance était à la fête à l’aréna et c’était très bruyant. Il n’y avait pas un seul mauvais siège. »

« Le monde allait pêcher dans un petit étang derrière l’aréna avant la partie, c’est vrai », a ajouté le défenseur Marc Bergevin, qui est maintenant le directeur général des Canadiens de Montréal. « On avait de la difficulté à réaliser qu’on jouait dans la LNH. Pourtant, ils ont gagné la coupe 10 ans plus tard. C’est donc un bon marché. Je me souviens très bien que la communauté était entièrement derrière nous. »

Le 7 octobre 1992, lors du premier match du Lightning dans la LNH, Chris Kontos, qui avait été embauché à titre d’agent libre pendant la saison morte, a inscrit le premier tour du chapeau de l’histoire de la franchise dans un gain de 7-3 contre Ed Belfour et les Blackhawks de Chicago devant une salle comble de 10 425 spectateurs.

Kontos n’a eu besoin que de 4 minutes et 43 secondes pour marquer le premier but de l’histoire du Lightning. L’attaquant de 27 ans tenait à prouver qu’il était encore capable de marquer dans la LNH. Il avait compté 9 buts en 11 parties avec les Kings de Los Angeles pendant les séries éliminatoires de 1989 et certains doutaient de son potentiel.

Avant la rencontre, Esposito avait donné des ordres clairs aux employés de l’Expo Hall, mais il n’avait pas prévu une performance comme celle de Kontos.

« J’avais ordonné à tous les placeurs d’expulser quiconque lancerait quelque chose sur la glace, s’est souvenu Esposito. Je ne m’attendais pas à ce que Kontos marque quatre buts. Après son troisième, quelqu’un a lancé une casquette sur la glace. Un placeur l’a agrippé et il allait l’expulser quand je suis intervenu. Je lui ai demandé ce qu’il faisait et il m’a dit qu’il suivait les ordres. J’ai répondu : “Mais non, il vient de réaliser un tour du chapeau”, et il m’a alors dit : “C’est quoi, un tour du chapeau?” »

« Ce fut une soirée formidable, a ajouté Cole. On jouait au Fairgrounds. Ce n’était pas très grand, mais sa configuration et ses estrades métalliques en faisaient un endroit extrêmement bruyant. C’était amusant d’y jouer. La ville et les joueurs étaient très enthousiastes. Ce fut une belle soirée d’ouverture et je ne l’oublierai jamais. »

Le Lightning a effectivement connu un bon début de saison. Quatre jours plus tard, Tampa Bay soutirait un verdict nul de 4-4 aux Blackhawks, les finalistes de la Coupe Stanley la saison précédente, grâce à deux autres buts de Kontos.

« On a encore joué contre Chicago quelques jours plus tard et j’ai inscrit deux buts contre Belfour. J’avais donc déjoué le détenteur du trophée Vézina six fois », a affirmé Kontos, qui est maintenant à la tête d’une entreprise de marketing et qui est le co-inventeur de l’affûteuse de patin rechargeable Edge Again. « J’ai raconté ça à mon fils. Il regardait de vieilles parties et il a dit que c’était un bon gardien. Il a ensuite regardé ce que j’ai fait avec les Kings et après un de mes buts contre Grant Fuhr, il a répété la même chose. Comme ça, j’ai réussi à le convaincre que j’étais meilleur que je l’étais en réalité. »

Kontos a connu d’autres belles séquences vers la fin du mois d’octobre et au début du mois de novembre alors qu’il a compté six buts en cinq parties et dix en huit parties. Le Lightning a remporté quatre de ces matchs et il a récolté un verdict nul en offrant des performances dignes des équipes établies depuis longtemps.

Shorts et sandales

Avec l’arrivée de l’hiver, les joueurs ont commencé à profiter pleinement de la vie dans un marché du sud-est. Ils pouvaient se rendre à l’aréna en shorts et en sandales. Ils pouvaient aussi jouer au golf ou aller à la pêche presque tous les jours.

« C’était complètement à l’opposé de Winnipeg, mais c’était agréable, a déclaré Cole. Je n’étais pas certain d’aimer ça. Je ne savais pas si j’allais avoir la tête au hockey, mais en fin de compte, ma femme et moi avons apprécié notre séjour dans le Sud. On s’y habitue. En fait, je faisais presque les mêmes choses qu’à Winnipeg. Mon travail était de jouer au hockey, alors c’est ce que je faisais. J’avais presque la même routine, mais au lieu de m’emmitoufler et de monter le chauffage le matin, je déjeunais au soleil sur la terrasse. C’était très agréable. »

« On allait au Fairgrounds et il y avait des petits étangs pleins de poissons partout, a ajouté Kontos. On se disait : “Ce n’est pas du hockey, ça?” Et pourtant, ce l’était. J’apportais ma canne à pêche à l’aréna et après l’entraînement, j’allais taquiner le poisson. Je trouvais ça formidable. C’est merveilleux que le Sud ait bien accueilli le hockey. J’ai aussi joué à Los Angeles et j’adore jouer au hockey dans les endroits chauds. »

Terry Crisp est devenu le premier entraîneur-chef du Lightning le 23 avril 1992. (Photo: Getty Images)

Jouer sur le site des foires de la Floride s’est également avéré des plus intéressants pour les joueurs. Souvent, la vie ressemblait littéralement à un cirque.

« C’est la base permanente du cirque des Ringling Brothers », a expliqué le défenseur Peter Taglianetti, qui a participé à 61 rencontres du Lightning cette saison-là. « On allait s’entraîner à la patinoire et on croisait des éléphants. C’était un vrai cirque. La foire de la Floride avait aussi lieu à cet endroit. Quand il faisait beau, on préparait nos bâtons dehors et juste derrière nous se trouvaient la plus grosse vache au monde et des kiosques de pogos. C’était différent, mais ce fut une expérience inoubliable et une année très enrichissante. »

Progressivement, même les joueurs adverses ont commencé à réaliser que cela pouvait être avantageux de jouer à Tampa Bay. Dans les autres villes, les joueurs pouvaient recevoir des voitures neuves en cadeau. Brendan Shanahan, l’actuel vice-président de la sécurité des joueurs et des opérations hockey de la LNH, se souvient que certains joueurs du Lightning étaient récompensés avec un autre type de moyen de transport.

« On avait perdu Pat Jablonski, un de nos bons amis à St. Louis et le substitut de notre gardien de but Curtis Joseph », a raconté Shanahan, qui jouait pour les Blues à cette époque. « Je me souviens l’avoir appelé au début du camp d’entraînement pour lui dire qu’on s’ennuyait. Kelly Chase avait dit qu’on l’appelait directement de sa nouvelle voiture, qui lui avait été donnée par un concessionnaire de St. Louis. Jabber a répondu : “Je vous parle directement de mon nouveau bateau.”

« Ils ont eu du plaisir là-bas. C’était différent. Même Basil McRae, qui a joué pour eux quelque temps, nous parlait de son souper de Noël dehors sur son balcon. On n’avait pas l’habitude de ces choses-là. On trouvait ça différent quand on y allait. L’atmosphère n’était pas la même. Les joueurs étaient tous bronzés et détendus. Ils semblaient mener une belle vie à Tampa. »

Des victoires arrachées à la sueur de leur front

Comme toutes les équipes d’expansion, le Lightning a connu des hauts et des bas au cours de la saison. Après avoir amorcé la campagne avec une fiche très respectable de 9-8-2, Tampa Bay n’a remporté qu’un seul de ses 12 matchs suivants. Le Lightning a conclu la saison avec un dossier de 23-54-7, ce qui était beaucoup mieux que la fiche de 10-70-4 de l’autre équipe d’expansion de 1992-93, les Sénateurs d’Ottawa. Après la dernière rencontre à domicile de l’année (un revers de 4-2 subi aux mains des Blackhawks le 10 avril 1993), la première étoile a été décernée à toute l’équipe.

Sans surprise, l’éthique de travail de la formation, inculquée dès le départ par Esposito et Crisp, a séduit de nombreux amateurs, qui ont eu plusieurs raisons de se réjouir pendant l’année.

Ils ont assisté à l’éclosion de Hamrlik, qui a récolté 21 points (6 buts et 15 assistances) en 67 parties. Bradley, qui avait compté 10 buts en 59 matchs avec les Maple Leafs de Toronto la saison précédente, a explosé avec 42 filets à Tampa Bay, un record pour une équipe d’expansion dans la LNH. Bradley est devenu un pilier du Lightning et il a disputé cinq autres saisons avec la formation floridienne avant de prendre sa retraite en 1998. Bien qu’il ne soit jamais parvenu à répéter ses exploits de la saison inaugurale, il a tout de même connu deux autres campagnes de 20 buts ou plus.

Le 23 septembre 1992, Manon Rhéaume est devenue la première femme à disputer un match professionnel dans la LNH. (Photo: Lightning de Tampa Bay)

Bien entendu, il faudra attendre quelques années avant que le Lightning grimpe au classement, mais les joueurs avaient foi en Esposito et Crisp. Même s’ils étaient mathématiquement éliminés de la course aux séries éliminatoires, ils n’avaient aucune difficulté à se lever le matin pour se rendre au Fairgrounds.

« C’était super de travailler pour Phil Esposito, a admis Jablonski. On le respectait énormément pour tout ce qu’il avait fait comme joueur et, après sa retraite, comme directeur général. Qui aurait cru qu’il serait capable de démarrer une franchise de la LNH à Tampa? Et cette concession est maintenant bien établie. Je crois que le Lightning a été la première équipe d’expansion dans le Sud et c’est là que tout a commencé. Personne ne croyait à la survie du hockey à Tampa, mais en y pensant bien, on réalise vite que c’est une excellente idée. Les gens du nord passent leurs hivers en Floride, alors on voit beaucoup de spectateurs dans les gradins portant des gilets d’autres équipes simplement parce qu’ils viennent de New York, de Buffalo ou de Philadelphie. Il y a beaucoup de personnes du nord-est des États-Unis qui viennent passer l’hiver en Floride et c’est ce qui a permis de bâtir un bon groupe de partisans. »

« Techniquement, nous avions tous été rejetés par les autres équipes, alors nous voulions nous refaire un nom, a ajouté Taglianetti. Tout le monde sait qu’à un moment ou à un autre, les équipes d’expansion commencent à faire des échanges et que des jeunes joueurs finissent par prendre la place des plus vieux. On voulait quand même gagner. Je crois qu’on a bien joué et qu’on a remporté autant de matchs parce qu’il n’y avait aucune attente et on avait du plaisir. Je me suis plus amusé à Tampa que n’importe où parce qu’il n’y avait pas de pression. On pouvait se taquiner quand on faisait des choses stupides comme tomber sur la glace sans raison apparente. »

Esposito savait aussi qu’il n’y avait pas que les victoires qui pouvaient attirer de nouveaux partisans. Il savait qu’il y aurait des périodes difficiles et il a dû faire preuve d’imagination pour convaincre les amateurs de continuer à venir appuyer leur équipe.

« Les gens se disent que c’est normal, vous en êtes à vos débuts. Or, il faut tout faire pour attirer des spectateurs dans l’amphithéâtre. Toutes les concessions passent par là à un moment donné, a déclaré Esposito. Je savais qu’on ne gagnerait pas souvent, alors je suis allé chercher des gars robustes comme Rudy Poeschek et Enrico Ciccone. Je me disais que ces gens-là aimaient les batailles, la boxe, le football et les accidents d’auto. Il pouvait retrouver toutes ces sensations fortes au hockey. »

« Nous n’étions pas les plus doués, mais nous formions un bon groupe soudé, a ajouté Young. On fournissait toujours un bon effort collectif. On voulait aussi faire connaître le hockey dans notre collectivité. C’est vraiment ce qui distingue ce groupe réuni par Esposito. C’était une équipe formée de joueurs de caractère. C’est ce qui nous définissait. »

Le meilleur souvenir de Crisp remonte au printemps 1996 lorsque le Lightning a participé à ses premières séries éliminatoires. Quelques instants après leur élimination lors du sixième match de la première ronde contre les Flyers de Philadelphie, les joueurs du Lightning ont été ovationnés par la foule de plus de 20 000 personnes qui s’était réunie au Thunderdome (l’actuel Tropicana Field, le domicile des Rays de Tampa Bay de la Ligue américaine au baseball).

C’était plutôt remarquable après une défaite de 6-1.

« Je me suis rendu sur la patinoire ce soir-là. On avait perdu devant environ 28 000 spectateurs. Je me tenais au milieu de la patinoire et je me suis dit : “Profites-en bien parce que je ne suis pas certain que tu revives ça”, a avoué Crisp. Je me suis retourné et j’ai vu toute cette foule qui continuait de nous acclamer après la défaite. Pour moi, c’est le genre de moment qui justifie tous les efforts investis dans cette aventure qu’est la naissance d’une nouvelle franchise. »

Huit années plus tard, le Lightning a remporté la Coupe Stanley en défaisant les Flames de Calgary en sept parties enlevantes. Esposito, l’homme qui a prouvé que la survie du hockey en Floride n’était pas qu’un rêve fou, éprouvait beaucoup de fierté.

« C’est passé tellement vite », a dit Esposito à propos des 20 dernières années. « Quand ils ont gagné la Coupe Stanley en 2004, c’était comme si mon fils ou ma fille obtenait son diplôme universitaire. C’était comme si mon enfant quittait la maison pour aller vivre sa vie. C’était tout simplement merveilleux. »

Suivez Brian Compton sur Twitter : @BComptonNHL

 

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