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Trente ans plus tard, Langway n’est pas oublié à Washington

mardi 2012-09-11 / 0:24 / LNH.com - Nouvelles

Par Ben Raby - correspondant LNH.com

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Trente ans plus tard, Langway n’est pas oublié à Washington

WASHINGTON – Le propriétaire des Capitals de Washington Abe Pollin a pris un pari audacieux en 1982 en engageant une recrue de 32 ans comme directeur général. Dix jours plus tard David Poile prenait un risque à son tour en complétant un échange majeur qui allait transformer l’histoire de la concession.

Il y a maintenant 30 ans que les Capitals ont conclu un échange avec le Canadien pour mettre la main sur Rod Langway, Brian Engblom, Doug Jarvis et Craig Laughlin en retour de Rick Green et Ryan Walter. Il s’agit assurément du plus gros échange de l’histoire des Capitals et d’une décision qui allait avoir un impact positif majeur au sein de cette concession.

« On sortait d’une campagne pour sauver l’équipe, rappelle Poile. Si on n’atteignait pas un certain nombre d’abonnements, il y avait une possibilité que la concession soit déménagée. »

A l’aube de leur neuvième année dans la LNH, les Capitals visaient toujours une première saison gagnante et une première participation aux séries éliminatoires. Ils en étaient déjà à leur huitième entraîneur et leur quatrième directeur général, et remplir le Capital Center à Landover représentait tout un défi.

Entre-temps le Canadien demeurait un modèle de constance avec huit titres de division consécutifs et quatre Coupes Stanley. Le Forum était toujours plein et en 43 affrontements contre les Capitals, le Canadien n’avait subi que trois défaites!

« La première chose à laquelle j’ai pensé au moment de l’échange a été notre dernier match à Washington en 1982 », se souvient Laughlin, aujourd’hui analyste à la télévision lors des matchs des Capitals. « Je me rappelais que l’aréna était très sombre, qu’il y avait très peu de spectateurs et qu’après le match ceux-ci avaient accès à la glace pour obtenir des autographes des joueurs. Je n’avais jamais vu ça, c’était une culture complètement différente. »

A Montréal cette culture en était une de victoires et très peu de joueurs auraient refusé de jouer au coin d’Atwater et Ste-Catherine. Langway était l’un d’eux après quatre ans dans l’uniforme du Canadien.

C’est ce qui a mené aux premiers balbutiements de l’échange, se rappelle Irving Grundman, le directeur général du Canadien à l’époque. Poile savait que Langway était disponible et assis à côté de Grundman à une réunion du bureau des gouverneurs en septembre 1982, « par chance ou peut-être parce que c’était le destin », les deux hommes ont discuté d’une transaction.

« Quand un joueur vous fait savoir qu’il ne veut plus jouer pour vous ce n’est pas la façon de construire une équipe, a expliqué Grundman à LNH.com. Le Canadien n’a pas été construit en gardant des joueurs qui ne voulaient pas jouer à Montréal. »

Langway n’aimait pas les impôts qu’il devait verser au Québec et l’Américain de 24 ans avait des raisons familiales pour vouloir jouer dans son pays.

« Le Canadien s’est construit une réputation qui parle d’elle-même, raconte Grundman. Alors qu’est-ce que vous allez faire quand un joueur vous dit franchement qu’en aucune façon il veut jouer dans votre équipe? On ne peut pas lui mettre des menottes et le forcer à rester. J’ai donc conclu l’échange et j’estimais qu’il était bon pour les deux équipes. »

Une tradition de gagnants à Washington

Langway, Jarvis, Engblom et Laughlin comptaient sept conquêtes de la Coupe Stanley entre eux et le message de l’entraîneur des Capitals Bryan Murray était clair: rien de moins qu’une participation aux séries en 1983 n’était acceptable.

« On ne dira jamais à quel point Bryan Murray et David Poile croyaient en nous, souligne Laughlin. Nous voulions prouver que tout le monde se trompait. Quand on construit quelque chose à partir de zéro, et il s’agissait vraiment d’un remaniement à Washington, il faut accepter les secousses qui vont avec. Mais lorsqu’on a commencé à établir des records d’équipe, le plus de victoires sur la route, le plus de points au classement, une première participation aux séries etc., on s’est mis à réaliser qu’il se passait quelque chose de spécial. »

Ajoutez un défenseur recrue du nom de Scott Stevens et l’attaquant Mike Gartner, et les pièces commençaient à tomber en place.

L’édition des Capitals de 1982-83 a complété une première saison gagnante avec une fiche de 39-25-16 et devait participer aux séries pendant 14 ans de suite, un exploit répété par seulement trois autres formations entre 1983 et 1996.

« Murray et Poile ont instauré une tradition de gagnants », se rappelle Engblom, lui aussi analyste, notamment à NBC. « Prendre part aux séries était quelque chose d’important. C’est ce à quoi nous étions habitués à Montréal et c’est ce que nous visions. Il y a eu beaucoup de fierté impliquée quand nous avons approché les séries (pour la première fois). Il faut y aller par étape et c’en était une grosse. »

Les quatre joueurs acquis du Canadien ont joué un rôle important chez les Capitals mais il a fallu céder du talent en retour.

Green avait été le premier choix du repêchage de 1976 et le seul des Capitals jusqu’à Alex Ovechkin en 2004. Il a passé sept ans à Montréal et atteint la finale de la Coupe Stanley à deux reprises, tout comme Walter

Celui-ci a été le deuxième choix en 1978 et il était devenu le plus jeune capitaine de l’histoire de la LNH, à 21 ans, en 1979-80. En quatre ans à Washington, seul Dennis Maruk a marqué plus de buts.

Walter s’était aussi attaché à la région où il projetait de s’établir avec sa famille.

« J’aurais adoré passer toute ma carrière à Washington », a déclaré celui qui a fini par disputer plus de 1000 matchs dans la LNH et qui est aujourd’hui président du Heat d’Abbotsford dans la Ligue américaine. « Il était sept heures du matin quand David m’a appelé pour m’annoncer l’échange et il m’a fallu du temps pour digérer la nouvelle. J’étais encore sous le choc lorsque j’ai reçu l’appel d’Abe Pollin. Il m’a dit qu’il était mal à l’aise avec cette décision mais que c’est la direction que l’organisation avait choisie et qu’il la supportait. »

« Ryan Walter était le joueur favori de M. Pollin, raconte Poile, et je me rappelle de ce jour de l’échange quand je lui ai téléphoné. Je lui ai dit que j’avais conclu une transaction, et encore une fois c’était seulement 10 jours après avoir obtenu l’emploi, et il m’a dit "OK, qu’est-ce que c’est?" Je lui ai dit que c’était Ryan Walter, et je me souviens qu’il a crié dans l’appareil: "Tu as fait quoi?"

« J’ai répété et après que j’aie confirmé qu’il s’agissait de Ryan Walter, il m’a dit que j’étais mieux de savoir ce que je faisais. »

Poile a téléphoné du Royal York à Toronto. Une fois l’appel complété, il confie avoir ouvert la fenêtre de sa chambre d’hôtel et crié à son tour: « Tu es mieux de savoir ce que tu fais! »

Les mots résonnent encore 30 ans plus tard.

L’héritage

Pollin avait déjà sa réponse après quelques semaines: son nouveau directeur général s’en allait dans la bonne direction. Langway avait remplacé Walter comme capitaine et le 'Secrétaire à la Défense' comme il deviendrait connu à Washington, devait porter le 'C' pour le reste de sa carrière de 11 ans chez les Capitals, ce qui demeure un record de longévité au sein de la concession, tout comme son différentiel de plus-118 demeure une marque d’équipe.

Langway a aussi été le premier joueur des Capitals à mettre la main sur un trophée de la LNH, le Norris en 1983 et 1984. Il demeure d’ailleurs le seul défenseur des Capitals à avoir gagné ce trophée.

« Langway était un bon joueur, personne ne peut dire le contraire, convient Grundman. Mais était-il Bobby Orr? Non. Peut-être que ça n’a pas été le meilleur échange de l’histoire, mais nous avons cru obtenir une valeur égale en retour.

« Nous avons été chanceux que le Canadien ait le "Big Three" à l’époque avec Larry Robinson, Serge Savard et Guy Lapointe, reconnaît Poile. Langway et Engblom passaient derrière ces trois membres du Panthéon de la renommée et n’obtenaient peut-être pas le crédit qu’ils méritaient. C’est le genre d’échange que vous adorez faire. Langway n’était pas vraiment heureux de sa situation et c’était le moment idéal de conclure une transaction. »

A l’issue de la saison 1983-84, Jarvis était honoré à son tour en se voyant remettre le trophée Selke, décerné au meilleur attaquant défensif.

« C’était un gagnant », dit Poile de cet homme de fer qui a pris part à 964 matchs de suite de 1975 à 1987. « Il pouvait gagner des mises en jeu cruciales, écouler le temps pendant les punitions et on pouvait lui faire confiance en fin de rencontre. Il faisait les petites choses qu’il faut à une équipe gagnante. »

Si Poile est demeuré à Washington pendant 15 ans, Grundman a été remplacé par Serge Savard quelques mois après l’échange. Il s’est ensuite lancé dans la politique municipale et n’est jamais revenu sur la scène du hockey.

Les Capitals ont retiré le numéro 5 de Langway en 1997 lors du dernier match disputé à Landover (une défaite de 6-5 contre le Canadien), et celui-ci a été intronisé au Panthéon de la renommée en 2003. Il demeure un ambassadeur des Capitals, qu’il représente dans la communauté.

Jarvis est resté quatre ans à Washington avant de prendre sa retraite chez les Whalers de Hartford. Il est aujourd’hui adjoint à l’entraîneur des Bruins de Boston.

Green et Walter ont été des rouages importants à Montréal et ont gagné la Coupe Stanley en 1986 et atteint la finale en 1989.

« C’était spectaculaire », se souvient Walter de ses neuf saisons avec le Canadien. « J’ai eu l’occasion de jouer avec des gars comme Bob Gainey et Bobby Smith. Guy Lafleur a été mon premier compagnon de chambre. Flower était un joueur extraordinaire, il y avait donc beaucoup à apprendre. Je suis passé de capitaine à Washington à un rôle d’apprentissage en regardant jouer des gars comme Gainey, Lafleur, (Larry) Robinson et des joueurs qui avaient remporté quatre Coupes Stanley. »

Des six joueurs impliqués dans cet échange d’il y a 30 ans, seul Engblom a passé moins de quatre ans avec sa nouvelle équipe.

« L’impact de cet échange demeure probablement à être analysé », estime le défenseur échangé à Los Angeles au début de la saison 1983-84 dans le cadre d’une transaction qui a amené un autre futur membre du Panthéon, Larry Murphy, à Washington.

« C’était une bonne première étape et le début d’une période fructueuse, se souvient-il. C’était une période tumultueuse pour nous aussi parce que c’était tellement difficile à Montréal, où chaque geste était disséqué alors qu’à Washington nous partions du bas de l’échelle. Mais nous avons construit quelque chose, les amateurs nous ont appuyés et sans cette période fructueuse, qui sait ce qu’il serait advenu de cette concession? Heureusement, les choses ont vraiment bien tourné. »

 

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