EL SEGUNDO, Calif. – Lorsqu’un jeune de 21 ans signe un document qui va lui rapporter 56 millions $, sa vie est appelée à changer.
Dans le cas de Drew Doughty, il est passé en septembre dernier de futur joueur étoile au joueur le mieux payé de son équipe, mais cela ne s’est pas fait sans heurts. Doughty a dû rater le camp d’entraînement pour appuyer ses négociations et il n’a rejoint les Kings de Los Angeles que pour entreprendre la saison en Europe.
Il s’est blessé à son quatrième match et à son retour au jeu il n’a pas répondu aux attentes très élevées.
« Oui, c’est probablement pourquoi j’en ai arraché en première moitié de saison, en m’imposant toute cette pression qui va avec un gros contrat, reconnaît-il aujourd’hui. Je ne faisais pas les choses que je savais que j’étais capable de faire. Je n’étais plus heureux de venir à l’aréna chaque jour. J’étais insatisfait de mon jeu. J’étais déçu de ne pas jouer selon les standards que je m’étais imposé. Finalement les choses se sont replacées et j’ai beaucoup mieux joué.
« J’étais conscient qu’on m’avait à l’œil à chacun de mes matchs, je devais récolter des points, bien jouer défensivement, avoir un différentiel positif. Je me suis mis toute cette pression sur les épaules et je suis devenu tout mêlé dans ma tête. Je n’étais plus moi-même. Ce n’est pas facile de répondre à des attentes aussi élevées, mais j’ai réalisé qu’il faut mettre tout ça derrière vous et être vous-même. »
Doughty a commencé l’année 2012 avec seulement deux buts et 15 points en 34 matchs. Il affichait un différentiel de moins-4 et il ne ressemblait en rien à ce défenseur supérieur des deux côtés de la patinoire qui avait été en nomination pour le trophée Norris à seulement 20 ans en 2010.
Son équipe en arrachait autant et Darryl Sutter a remplacé Terry Murray derrière le banc. Mais les Kings avaient aussi besoin de l’éclosion de Doughty et c’est ce qu’on a vu en 2012.
Doughty a conclu la saison avec huit buts et 21 points en 43 matchs et il a continué d’animer l’attaque depuis le début des séries.
« J’ai simplement réalisé que je ne m’amusais plus, raconte-t-il. C’est pour cette raison que je pratique ce sport, parce que j’y trouve tellement de plaisir. Quand j’ai constaté que ce n’était plus le cas, j’ai tout simplement décidé de ne plus m’en faire avec tout ça. J’ai arrêté de m’en faire avec ce que les gens disaient et j’ai recommencé à avoir du plaisir.
« Je suis à mon mieux quand je relaxe et que je m’amuse. Je prends toujours mon métier au sérieux mais je ris, j’apprécie la musique sur le banc, etc. Chacun est différent mais je sais ce que je dois faire pour être à mon meilleur niveau. »
Doughty n’a pas gagné le trophée Norris il y a deux ans, terminant troisième derrière Duncan Keith et Mike Green, mais son équipe n’est qu’à deux victoires de remporter la Coupe Stanley et c’est pour un autre honneur individuel qu’il peut être considéré.
Avec ses 12 points (3-9) en 16 matchs, un différentiel de plus-12, un temps d’utilisation moyen supérieur à 26 minutes par rencontre et compte tenu de tout l’impact qu’il a sur les Kings, il s’annonce comme un candidat au trophée Conn Smythe.
Doughty a ajouté un petit morceau d’anthologie à sa jeune carrière samedi quand il a transporté la rondelle d’un bout à l’autre de la patinoire avant de déjouer deux joueurs des Devils du New Jersey et d’en utiliser un troisième comme écran devant Martin Brodeur qu’il a battu pour marquer le premier but du match que les Kings ont remporté 2-1 en prolongation.
« J’avais pris de la vitesse et ils avaient les pieds dans le ciment en zone centrale, a-t-il expliqué. Dans un cas semblable, un joueur est presque impossible à arrêter. Je savais que j’étais rapide et qu’ils ne l’étaient pas. Je n’ai eu qu’à faire quelques feintes et à me servir du joueur devant moi comme écran.
« J’ai reçu un tas de textos de mes amis et de ma famille. Je marque la plupart de mes buts en lançant de la ligne bleue. Il n’arrive pas très souvent à un défenseur de marquer un but flamboyant et j’étais heureux d’avoir pu en réussir un. »
Doughty ne l’a pas eu facile en début de saison et il va s’en rappeler comme d’une épreuve qui lui aura été finalement profitable, surtout si les Kings gagnent encore deux matchs. Il a dû acquérir de la maturité et il avait 56 millions de raisons de le faire.
Il n’a pas su contrôler la pression au cours des premiers mois de la saison, mais cela a fait partie de son apprentissage et aujourd’hui, non seulement elle ne l’embête plus, mais il vit très bien avec.
« J’ai beaucoup de plaisir présentement. C’est le plus beau temps de l’année, dit-il. Je sais que je dois être le meilleur défenseur sur la glace tous les soirs si l’équipe veut connaître du succès. J’assume cette pression et je m’amuse. Je pense que c’est pourquoi je suis à mon mieux. J’apprécie chaque présence sur la glace et d’être sous les feux de la rampe.
« Je suis conscient que c’est la finale de la Coupe Stanley, une question de vie ou de mort. On doit penser à toutes sortes de choses, mais c’est un moment qu’il faut savoir apprécier. Je veux être à mon meilleur niveau à cette époque de l’année et la façon d’y parvenir est en m’amusant et en restant moi-même. »

