EL SEGUNDO, Californie – Oui, Marty McSorley possède toujours le bâton quelque part dans sa résidence de Hermosa Beach, près de Los Angeles, mais il n’a pas voulu dévoiler d’autres détails.
« Oui, je l’ai toujours », a dit McSorley.
Est-il accroché au mur? Est-il caché dans une garde-robe?
« Je l’ai », a répété McSorley dans une salle où les rires se sont fait entendre. Avant d’ajouter après avoir été pressé : « Il n’est pas accroché au mur. »
Quelques minutes plus tôt, McSorley avait lâché devant une salle remplie de journalistes « Réglons le problème une fois pour toute ».
Il n’a pas fallu presser McSorley longtemps avant qu’il ne parle d’un incident qui est demeuré ancré dans la mémoire de tous les partisans des Kings de Los Angeles.
Lors du deuxième match de la finale de la Coupe Stanley contre les Canadiens de Montréal en 1993, McSorley a écopé d’une mineure pour avoir utilisé un bâton avec une courbe trop prononcée vers la fin de la rencontre. Le Canadien avait profité de l’avantage numérique pour créer l’égalité avant de l’emporter en prolongation.
Le Canadien a gagné les trois matchs suivants pour enlever leur 24e coupe Stanley, alors que les Kings ont dû attendre 19 ans avant d’obtenir le droit de participer à nouveau à la finale.
Pendant longtemps, McSorley a été réticent à parler en profondeur de l’incident, mais au début de la semaine, il a accordé une longue entrevue au quotidien Los Angeles Daily News.
Après plusieurs demandes des médias, il s’est assis avec un groupe de journalistes lors de l’entraînement des Kings, dimanche.
McSorley voulait donner sa version du moment le plus pénible de l’histoire des Kings.
Les Kings avaient éliminé les Maple Leafs de Toronto en disputant un fort septième match dans la finale de l’Association de l’Ouest.
Ils avaient remporté le premier match de la finale contre le Canadien et ils étaient à moins de deux minutes de prendre une avance de 2-0 car ils menaient 2-1 dans le match.
Mais l’entraîneur en chef du Canadien, Jacques Demers, dans une tentative pour tout simplement sauvé la série, a demandé à l’arbitre de mesurer le bâton de McSorley.
La courbe était trop prononcée et McSorley a été puni. Le Canadien a retiré le gardien Patrick Roy et ils ont attaqué à 6-contre-4. Éric Desjardins a marqué pour créer l’égalité avec 1:13 à jouer.
Desjardins a inscrit le but victorieux dès la 51e seconde de la prolongation pour permettre au Canadien de créer l’égalité 1-1 dans la série.
McSorley a indiqué que le Canadien savait qu’il utilisait un bâton illégal car ils ont amené le support de bâton des Kings dans leur vestiaire.
« Je crois que Barry Melrose (ex-entraîneur en chef des Kings), Luc Robitaille (ex-attaquant des Kings), Peter Demers (ex-entraîneur des Kings), ainsi que plusieurs autres joueurs ont déjà fait savoir exactement ce qui c’était passé : Nous savons tous qu’ils ont amené le support dans leur vestiaire », a raconté McSorley.
« Je suis honnête et franc. Je ne suis pas assis devant vous pour me plaindre, mais c’est ce qui est arrivé », a ajouté l’ex-joueur des Kings.
McSorley ne veut pas que ses commentaires soient perçus comme une attaque envers le Canadien. Il a d’ailleurs téléphoné au nouveau directeur général des Canadiens, Marc Bergevin, qui est un bon ami.
Mais il considère qu’au cours des deux décennies qui ont suivi « il y a eu beaucoup de choses sensationnelles qui ont été dites et écrites, mais qu’il n’y a pas eu beaucoup d’honnêteté. Est-ce que j’avais un bâton illégal? Oui. Est-ce que j’ai admis après coup que j’avais utilisé un bâton illégal? Oui. »
Mais les détails de l’incident semblent avoir été oubliés.
La pénalité à McSorley a permis aux Canadiens de créer l’égalité dans le match, mais si les Kings avaient marqué en prolongation, l’incident aurait été relégué aux oubliettes ou à tout le moins inscrit en bas-page de la grande histoire du hockey.
Les Kings ont quitté Montréal à égalité dans la série, mais ils ont perdu les troisième et quatrième matchs à Los Angeles, les deux en prolongation.
McSorley avait été acquis par les Kings dans le méga échange avec les Oilers d’Edmonton impliquant Wayne Gretzky en 1988 car le célèbre no 99 voulait que McSorley continue à être son protecteur sur la glace.
McSorley n’était pas un grand joueur, il n’était pas un bon patineur et la rondelle était une véritable patate chaude sur la palette de son bâton. Mais il était intelligent et dur et son éthique de travail et sa volonté de défendre ses coéquipiers en ont fait l’un des favoris des partisans des Kings.
Par contre, d’autres partisans l’ont blâmé d’avoir privé l’équipe de remporter leur première Coupe Stanley.
McSorley a indiqué qu’il n’avait pas connu de problèmes avec les partisans des Kings, mais il a déclaré au Daily News qu’il n’aimait pas quand on lui rappelait l’incident du bâton, même si on le faisait en blague.
Il a voulu faire connaître aux amateurs de Los Angeles ce qu’il prétend être la vraie histoire. Étant donné qu’aucun membre du Canadien de 1993 n’a commenté l’histoire, son accusation est justement… une accusation. Mais McSorley est catégorique.
« Auraient-ils pu mesurer le bâton d’un autre joueur?, a questionné McSorley. Probablement. Mais ils le savaient. À l’époque, on a traité cet incident comme le bâton illégal de l’ex-joueur de baseball, George Brett, qui contenait du liège. C'était vraiment, vraiment tiré par les cheveux. Ce fut vraiment décevant d’apprendre plus tard, qu’ils savaient et surtout de la manière qu’ils ont appris que j’avais un bâton illégal.
« Vous devriez demander aux partisans : "Si Marty n’avait pas été sur la glace, est-ce qu’ils auraient demandé de mesurer le bâton d’un autre joueur’’? Je suis pas mal certain qu’ils diraient : ‘‘Je n’avais pas pensé à cela’’. »
Pendant que McSorley discutait avec les journalistes, les Kings s’entraînaient.
McSorley travaille à titre d’analyste au Canada et il a dit qu’il aimait bien décortiquer le jeu des Kings. Il aurait préféré parler de la présente équipe des Kings plutôt que de l’incident du bâton. Mais après 19 ans et plusieurs messages-textes envoyés à sa femme, il a voulu donner sa version.
Si les Kings remportent la Coupe Stanley, ça signifiera tout un accomplissement. La venue de Gretzky à Los Angeles a permis des expansions à Anaheim, à San Jose et dans le sud-ouest américain.
« Ça démontre aux gens de l’extérieur de la région, comment le hockey est devenu populaire à Los Angeles, a dit McSorley. Il y a plusieurs enfants qui jouent au hockey et le calibre est de plus en plus élevé. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain, c’est arrivé sur une longue période. »
Si les Kings remportent la coupe, est-ce qu’il croit qu’il sera absout d’avoir utilisé un bâton illégal?
« Je ne pense pas, car je n’ai pas besoin d’être absout de rien », a-t-il conclu.

