Il y a une dizaine d’années, Saku Koivu songeait davantage à sa prochaine respiration qu’à son prochain but.
Il devait parfois s’arrêter au beau milieu d’une séance d’entraînement parce que ses poumons manquaient d’air. Plus tard, après huit rondes de chimiothérapie, il a retrouvé dans le miroir un individu chauve et amaigri de 20 livres.
C’est cet homme qui a été capitaine du Canadien pendant près de 10 ans et qui encore aujourd’hui joue au hockey au plus haut niveau.
Difficile à croire après toutes ces visites à l’hôpital, toutes ces aiguilles, tous ces traitements.
« Honnêtement je ne pensais pas du tout au hockey ou à un retour pendant que je subissais ces traitements, a déclaré Koivu. Puis j’ai commencé à me sentir mieux physiquement. Les médecins me disaient que j’allais me sentir faible, mais de plus en plus fort chaque jour. C’est alors que la pensée que je pourrais jouer encore est apparue, mais pas avant. »
Il y a plus de 10 ans que Koivu, aujourd’hui âgé de 37 ans, a reçu un diagnostic de cancer à l’abdomen de type lymphome non hodgkinien qui pour un temps a chassé le hockey comme priorité dans sa vie.
Or il a non seulement vaincu la maladie et repris sa carrière mais l’attaquant des Ducks d’Anaheim a disputé un 1000e match en saison régulière dans la LNH lundi soir au Colorado.
A ses 999 premiers répartis sur 16 saisons dans l’uniforme du Canadien et des Ducks, il a amassé 236 buts et 534 mentions d’aide pour un total de 770 points.
« Après ce qui m’est arrivé, chaque année qui passe apparaît un peu comme un boni, explique-t-il. Avoir la chance de jouer aussi longtemps est peu fréquent et, après ce que j’ai dû endurer, c’est quelque chose de vraiment, mais vraiment spécial. Je pense que c’est un achèvement qui signifie vraiment beaucoup pour les joueurs. »
Son coéquipier de 38 ans, Jason Blake, est bien placé pour comprendre. Comme Koivu, c’est un ancien gagnant du trophée Masterton qui a dû combattre une forme de leucémie. Il est plus âgé que Koivu mais à cause des blessures, il devra jouer pendant encore au moins deux autres saisons s’il veut se rendre à 1000 matchs.
« Ça vous définit comme individu et comme joueur de hockey, a-t-il indiqué. C’est difficile d’expliquer avec des mots mais je crois que 1000 matchs représentent vraiment un accomplissement. On n’a qu’à considérer la longévité, la longueur des carrières chez les joueurs de hockey, elles semblent diminuer, notamment en raison des commotions cérébrales. »
Koivu a bien tenu le coup en cette saison difficile pour les Ducks. Il domine une équipe de 12e place avec un différentiel de plus-15 et a même trouvé le moyen de compléter les mois de novembre et décembre à plus-8 même si les Ducks ont été limités à cinq victoires (5-16-5).
« Ce sont de bonnes statistiques au sein de la meilleure équipe de la ligue, surtout pour un gars qui ne marque pas 40 buts », l’a louangé l’entraîneur Bruce Boudreau.
Koivu demeure fort efficace aux mises en jeu avec un taux de réussite de 53,0 pour cent et il est le cinquième compteur de son équipe à 32 points.
Son principal moment de gloire de la saison avant ce 1000e match historique est survenu le 10 janvier quand il a réussi son deuxième tour du chapeau en carrière.
Pour le reste, Koivu est demeuré dans l’ombre même s’il a été l’attaquant le plus constant des siens des deux côtés de la patinoire, une facette de son jeu qui rend son endurance encore plus méritoire si l’on considère qu’il s’est presque toujours retrouvé face à des athlètes plus costauds que lui (5’10 et 182 livres).
Comme bien d’autres, Blake ne peut que s’émerveiller devant les réalisations de son coéquipier.
« J’ai joué contre lui pendant huit ou neuf ans dans l’Est, a-t-il dit. C’est un battant, un compétiteur. Il ne craint pas d’aller dans les coins, disons contre Zdeno Chara.
« Il a eu une carrière phénoménale. C’est un témoignage de l’individu qu’il est, de sa volonté et de son esprit de compétition. »
Boudreau estime connaître le secret de la longévité de Koivu.
« Ce n’est pas si difficile quand vous avez l’intelligence et la ténacité qu’il a, a-t-il dit. Il a vécu et il a été capitaine à Montréal dans la ville la plus difficile au monde où jouer au hockey de sorte que sa force mentale doit être incroyable. Sa pugnacité quand il veut arrêter un joueur est quelque chose d’unique. Il est aussi très solide sur patins ce qui fait que sa taille n’est pas un facteur aussi important qu’on pourrait le croire. »
Koivu affirme avoir appris au fil des années comment prendre soin de lui. Il a souffert sporadiquement d’une blessure à l’aine depuis deux ans et il a raté huit matchs plus tôt cette saison.
« Quand vous jouez depuis 20 ans, peu importe où, ça devient exigeant, et vous êtes confrontés à de plus en plus de plus jeunes que vous, a-t-il expliqué. La compétition est très féroce. Il y a des centaines de joueurs qui attendent de prendre votre place. On en vient à connaître son corps de mieux en mieux. C’est rendu une affaire où il faut s’entraîner 12 mois par année.
« Pour moi, tant que je pourrai maintenir ma rapidité et mon habileté à suivre le jeu, je crois que ce sera la clé. Avec les années on apprend à jouer plus intelligemment et attendre les autres. C’est comme n’importe quoi dans la vie, on voit les choses différemment en prenant de l’expérience. On n’a pas à se prouver chaque soir. »
Koivu n’a pas à prouver à ses patrons qu’il mérite un nouveau contrat puisque le directeur général Bob Murray a dit au cours de la première moitié de saison désastreuse de son équipe que les deux vétérans Finlandais Koivu et Teemu Selanne étaient les deux seuls intouchables. Mais Koivu, une bonne affaire avec son salaire de 2,5 millions $, pourra devenir joueur autonome le 1er juillet.
Il a déjà fait savoir qu’il appréciait l’anonymat dans laquelle il vit à Anaheim. Son tour du chapeau a constitué une des rares occasions où il a attiré l’attention des médias. Pour le reste, il peut encore promener son épouse et ses deux enfants sans être reconnu.
Cela dit, Koivu a reconnu que si sa priorité demeurait la lutte aux séries éliminatoires, il s’est arrêté à penser à son avenir.
« J’aime encore mon sport et je veux continuer, a-t-il dit. Mais j’y vais une année à la fois. Pour le moment je veux finir la saison et voir où ça va nous mener, puis je vais faire des plans pour la saison prochaine et voir s’ils coïncident avec ceux de l’équipe en espérant trouver une solution. »
Toujours peu empressé de discuter de ses exploits individuels, Koivu a cependant avoué qu’il allait apprécier ce 1000e match.
« C’est un gros accomplissement, a-t-il dit. Ça n’arrive pas souvent. Vous consultez les statistiques et vous ne portez pas vraiment attention si un joueur a disputé 600 ou 700 matchs. Mais quand on arrive à 1000, ça fait une différence. C’est quelque chose que je vais apprécier. J’espère qu’on va gagner. »

