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L’arbitre Mike Hasenfratz revient dans la LNH après avoir été opéré à cœur ouvert

vendredi 2012-03-09 / 12:44 / LNH.com - Nouvelles

Par John Manasso - correspondant LNH.com

À quelques reprises cette saison, des joueurs ont demandé à l’arbitre Mike Hasenfratz où il se trouvait au cours des dernières années…

La réponse les a tous pris par surprise. Toujours humble, Hasenfratz tente de minimiser le fait qu’il a subi une opération à cœur ouvert et que les conséquences de cette opération l’ont forcé à s’absenter des patinoires de la LNH durant la totalité des saisons 2009-10 et 2010-11.

Mais le fait qu’aujourd’hui Hasenfratz puisse être en parfaite santé et reprendre son boulot normalement est un exploit en soi. Lorsqu’il est devenu un arbitre dans la LNH, il a dû se soumettre aux procédures du circuit et accepter de porter un moniteur cardiaque d’une valeur de 110$ durant les camps d’entraînement.

Au fil des ans, le moniteur cardiaque a servi à détecter de potentielles conditions néfastes pour la santé.

« Ce 110$ m’a probablement sauvé, raconte Hasenfratz. Je suis sans doute le gars le plus chanceux sur la planète, d’avoir porté ce moniteur au bon moment. »

Une procédure qui lui a sauvé la vie

Hasenfratz, natif de Regina en Saskatchewan, fait partie d’une troisième génération de policiers au sein de sa famille. Son père, Tony, était organisateur d’un tournoi de hockey mineur de grande envergure et c’est à ce moment que Mike a débuté son parcours d’arbitre, à l’âge de 13 ans.

Il a atteint son rêve ultime de travailler pour la LNH en 2000, et comme la ligue le recommande, il a accepté de déménager dans une ville abritant une équipe du circuit.  C’est sous les conseils de Brent Peterson, alors un joueur des Predators, que  Hasenfratz s’est installé à Nashville.

Hasenfratz avait connu Peterson à l’époque où celui-ci évoluait dans la Ligue junior de l’ouest. Avant cette saison, Hasenfratz avait officié durant 541 parties de calendrier régulier en plus de 31 parties en séries éliminatoires.

Mais en 2009, il a été forcé de mettre en pause sa carrière d’officiel dans la LNH. Il y a cinq ans, le moniteur installé sur Hasenfratz avait détecté un rythme cardiaque anormalement élevé et ce dernier a dû se soumettre à des tests plus poussés. Un électrocardiogramme a ainsi confirmé que son aorte présentait une anomalie.

Habituellement, l’aorte doit mesurer environ 1,7 centimètre. À ce moment, celle de  Hasenfratz était de 2,3 centimètres. En 2009, elle était passée à 5,3 centimètres, une situation dangereuse pour la vie de l’arbitre. À la Cleveland Clinic, le 15 octobre 2009, à l’âge de 43 ans, on a opéré Hasenfratz pour remplacer son aorte par une aorte synthétique.

Il savait que cette procédure allait le forcer à s’absenter pour une saison complète, mais il ignorait alors à quel point il faudrait du temps pour retourner sur la patinoire. Au cours des premiers mois après l’opération, le gaillard de 6’4’’ et 230 livres ne pouvait même pas soulever un poids de plus de 10 livres. Lorsqu’il y pense, il avoue qu’il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait.

« Je ne réalisais pas à quel point ma condition était sérieuse, je l’ignorais totalement », explique le principal intéressé.

La santé n’était pas encore au rendez-vous

Peu après l’opération, alors que Mike Hasenfratz se remettait lentement, le directeur des officiels de la LNH, Terry Gregson, est allé le visiter. Il a été à même de constater à quel point Hasenfratz avait hâte de retourner dans l’action.

« Une des choses que j’essaie toujours de faire avec les officiels est de ne pas leur mettre de pression pour qu’ils reviennent trop vite, a relaté Gregson. Mike m’a expliqué à quel point ça lui manquait. Je lui ai répondu que c’était bien, mais que nous étions encore loin d’un état de santé satisfaisant pour revenir arbitrer dans la LNH. »

Le chemin pour recouvrer la santé n’a pas été de tout repos pour Hasenfratz. Alors qu’il était en période de remise en forme, des complications sont apparues. En 2010, du liquide s’accumulait autour de son cœur et on a dû l’opérer à nouveau, le forçant à rater une deuxième saison de suite.

Cette longue période d’inactivité a causé des problèmes à Hasenfratz, qui a vu ses muscles s’atrophier et son poids grimper.

Au milieu des années 1980, la LNH a mis en place un programme de mise en forme pour ses officiels. Les dirigeants de ce programme ont accumulé des données sur les arbitres et les juges de ligne au fil des ans et peuvent les suivre tout au cours de leurs carrières. Si avec l’âge, on constate une baisse de rendement dans certains aspects du conditionnement physique, on peut ainsi mettre l’emphase sur ces aspects précis.

Après la fin du conflit de travail de 2004-05, les standards requis pour les officiels de la LNH ont été revus à la hausse et le programme de conditionnement physique a atteint un autre niveau. Changements de règlements et augmentation évidente de la vitesse du jeu obligent, les officiels devaient suivre le rythme.

Pour mettre en place ce nouveau programme, la LNH a fait appel à Dave Smith, qui s’est notamment occupé de conditionnement physique pour les Rangers de New York et les Panthers de la Floride. Smith est maintenant en tête du programme de conditionnement physique des officiels de la LNH.

Pour retrouver la forme, Hasenfratz a effectué plusieurs déplacements vers Buffalo, là où travaille Smith, afin de suivre le protocole lui permettant d’atteindre les standards imposés par la LNH. Le protocole en question a été élaboré en fonction des données récoltées sur Hasenfratz au cours de ses neuf premières saisons en tant qu’officiel dans la LNH.

Smith a avoué qu’il avait été forcé de changer non seulement la condition physique de Mike Hasenfratz, mais également sa façon de penser.

« J’ai dû le forcer à penser autrement et à ne pas s’imaginer que je voulais le tenir à l’écart, a relaté Smith. Mais je lui ai dit que je l’entraînais pour une bonne raison. Moi, je ne me souciais pas du fait qu’il pourrait officier à nouveau, je me concentrais davantage sur le fait qu’il pourrait continuer à vivre normalement. C’est beaucoup plus important que d’arbitrer à nouveau. Il avait pris du poids et ce poids n’était pas du muscle. »

Smith ajoute que le fait que Mike Hasenfratz avait obtenu l’approbation des médecins pour recommencer à officier ne signifiait pas pour autant qu’il pouvait le faire.

« Ce n’est pas parce que les docteurs vous donnent le feu vert que vous pouvez revenir sur la glace pour officier dans un sport de haut niveau, Smith a dit. Pour monsieur tout le monde, ce n’est pas une chose aisée à comprendre. »

Smith s’est donc opposé au retour de Hasenfratz tant et aussi longtemps que sa condition ne serait pas améliorée.

« Son rythme cardiaque n’était vraiment pas à point », détaille Smith.

Malgré le fait que Gregson soit le grand patron des officiels de la LNH, Smith avait le pouvoir de s’opposer au retour de Hasenfratz. La ligue ne compte que 33 arbitres à temps plein et ces derniers doivent officier un minimum de 73 parties. Gregson estime que pour faire ce travail, il faut être fort tant en communications qu’en psychologie, tout en conservant une forme physique exemplaire et un mental très fort afin de s’imposer face à des joueurs émotifs qui évoluent dans un espace restreint.

« Je ne le cacherai pas, Mike était frustré et nous trouvait beaucoup trop stricts à son égard, Gregson a dit. Mais comme j’aime le dire aux gens, je ne demande pas à un type de son âge de s’asseoir derrière un bureau, le travail d’officiel exige beaucoup d’implication physique et on ne peut pas se contenter de bas standards. Nous avons nos barèmes et il faut les atteindre. »

Smith a d’abord exigé que son protégé perde 15 livres tout en atteignant des standards rigoureusement élevés. Il a également dû se faire à l’idée que les deux hommes visaient les mêmes objectifs. Hasenfratz a même avoué, en fin de compte, qu’il a réalisé qu’il en revenait à lui de se sortir de la position de victime.

En juin 2011, Smith s’est rendu à Nashville, équipé de son chronomètre et de son matériel, dans l’espoir que ce voyage soit le test final pour Hasenfratz. C’est précisément ce qui est arrivé.

Smith avoue qu’il en avait la chair de poule.

« Je ne pourrais expliquer le sentiment qui m’animait, ni même celui qu’il ressentait, dit Smith. Il disait que nous y étions enfin arrivés. Pour moi, c’était plutôt Mike qui y était arrivé. Je n’étais là que pour l’aider. Après coup, nous pouvions le dire à tout le monde, Mike était prêt à effectuer un retour. »

Le retour sur glace

Gregson a déjà dit que lorsqu’il était arbitre, le retour pour un premier match pré saison en septembre, après trois où quatre mois sans officier, était un peu comme « se tenir debout dans la voie rapide d’une autoroute. »

Hasenfratz, lui, y retournait après deux ans loin des arénas.

Un moment important et effrayant s’est présenté lors du tout premier match officié par Hasenfratz le 7 octobre, dans une rencontre entre Dallas et Chicago. Jonathan Toews a frappé un défenseur des Stars et ce dernier est tombé sur Hasenfratz.

« Je présume que j’avais un brin d’inquiétude en moi qui disait : est-ce que je peux encaisser un tel coup ? » explique Hasenfratz. « Je ne suis pas une personne de petite taille. J’ai pris le coup, j’ai touché ma poitrine et je me suis dit que tout allait bien et que j’étais OK. Je m’en suis tiré avec une côte amochée. »

Un des moments forts vécus au cours de cette saison de grand retour pour Hasenfratz est survenu le 3 décembre dernier à Edmonton, la ville de la LNH le plus près de sa terre natale. Sa sœur, Brenda Bennett, ainsi que sa femme et sa fille étaient dans les estrades.

Bennett a raconté qu’étant natifs de Regina, le hockey avait toujours occupé une place importante dans la vie de chacun des membres de la famille. Le seul fait d’entendre le thème de « Hockey Night in Canada » évoque beaucoup de souvenirs chez elle, notamment les souvenirs de son père et de son frère, parlant de hockey. Mais durant les deux années d’absence de son frère, elle admet n’avoir regardé aucune partie, car cela la rendait triste.

D’ailleurs, ce jour-là, à Edmonton, représentait beaucoup pour la famille. Le fils de Bennett, 23 ans, était aux prises avec un cancer nécessitant des traitements. Ils ignoraient s’il serait en mesure d’assister à la rencontre. Il a finalement pu y aller.

« C’était gros et mon fils était en traitements pour le cancer, explique-t-elle. Son but était de se sentir suffisamment bien pour assister au retour de mon frère. Nous étions vraiment heureux de tous y être. »

Gregson raconte qu’il a observé Hasenfratz en action à quelques reprises cette saison. Il admet avoir noté quelques erreurs de positionnement, mais dans l’ensemble, Hasenfratz s’est bien adapté à la vitesse du jeu.

« Il a pris le rythme et il est en bonne forme, autant qu’au cours des années précédentes avant d’être opéré, explique Gregson. Il démontre les qualités que doit avoir un officiel. Il est de retour. »

Le travail d’officiel est ingrat et les huées des spectateurs font partie du quotidien des arbitres, mais Hasenfratz affirme que cela le motive plus qu’autre chose.

« C’est tellement excitant, tous les soirs, le fait de sauter sur la patinoire et d’entendre la foule, de travailler dans cette atmosphère incroyable, dit-il. Lorsqu’il reste une minute au match, que le jeu se passe de votre côté de la glace, que vous avez sur les épaules tout le poids de vos décisions, c’est ce qui nous pousse à faire ce travail.

« Nous voulons nous retrouver dans ces situations, si ce n’est pas le cas, vous ne pouvez pas faire ce job. »
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