Bouchard : Quelques paris douteux à l’ouverture du marché

mardi 2014-07-01 / 23:52
Olivier Bouchard  - Chroniqueur LNH.com

C’est la fête des spéculateurs, c’est aussi la ruée. L’ajout, cette saison, d’une période de maraudage autorisé dans la semaine précédant l’ouverture du marché des joueurs autonomes, a contribué à animer considérablement la journée de mardi. La ruée a donné lieu à quelques décisions franchement douteuses. En voici trois.

Brooks Orpik, Capitals de Washington – (5 ans, 5,5 millions $ par saison)

Les Capitals ont décidé de rechausser leur défensive en s’attaquant aux agents libres issus d’un de leurs principaux rivaux, les Penguins de Pittsburgh. Si le contrat de Matt Niskanen est passablement riche pour un joueur qui n’a connu que sa deuxième saison de plus de 30 points en carrière, reste qu’à l’âge de 27 ans, on peut attendre de lui qu’il continue à faire ce qu’il a fait à Pittsburgh, soit appuyer efficacement les meilleurs éléments offensifs du club pour assurer un avantage au temps de possession à forces égales.

Le cas d’Orpik est plus gênant. Âgé de 33 ans, il est un habitué des minutes dures et des missions défensives. On comprend ce qui le rend attrayant : robuste, durable, lorsqu’il plaque un joueur, c’est généralement un membre d’un des meilleurs trios adverses. Bref, on le remarque.



Mais la contribution d’Orpik, du moins si on en croit les données du tableau ci-dessus, ne va pas en s’améliorant. Voici d’ailleurs comment Orpik a fait en compagnie des principaux centres des Penguins depuis trois ans.



Le fond d’alignement de Pittsburgh a beaucoup souffert du départ de Jordan Staal et Orpik n’a rien pu y faire. Répétons-le : à 33 ans, il est définitivement sur la pente descendante. Ne pouvant contribuer à l’attaque, c’est à se demander comment on pourra l’utiliser lorsqu’il commencera à décliner sérieusement. Sachant que les défenseurs défensifs vieillissent mal, on pourrait le savoir plus tôt que tard.

Dave Bolland – Panthers de la Floride (5 ans, 5,5 millions $ par saison)

Cas plus particulier que celui de Bolland : l’homme a un passé de joueur utile et important sur des éditions des Blackhawks de Chicago ayant connu beaucoup de succès. Plus encore, Bolland y est un joueur clé, un centre à vocation défensive, qu’on envoie contre les meilleurs éléments adverses et qu’on déploie aussi en avantage numérique à l’occasion :



Bolland, à son meilleur, ressemble à un de ces excellents centres utiles dans les trois zones. Seulement, à 28 ans, certains signes ne mentent pas. Premièrement, il n’a que rarement connu des campagnes exemptes de blessures. C’est non seulement le signe d’un joueur pour qui le retour sur investissement se calcule sur un nombre de matchs plus restreints, mais aussi le signe d’un vieillissement accéléré. Ajoutons à cela que les moments passés à l’infirmerie imposent de donner ses missions à d’autres joueurs moins qualifiés, on voit quels sont les risques relatifs à l’inclusion de ce genre de joueur dans des missions de première importance.

Il y a donc ici d’abord une question de salaire : il est peu probable, pour des raisons de santé comme d’érosion physique, que Bolland renoue avec ses sommets offensifs pourtant modestes (de 47 points puis 37 points). Il a ensuite une question d’attentes : Bolland a joué contre les meilleurs, mais appuyé en conséquence. On retrouve ses coéquipiers les plus fréquents au bas de cette page d’Extra Skater ; notez comment on l’appuie, à Chicago, de Duncan Keith et Niklas Hjalmarsson. Pas exactement des pieds de céleri, donc, et pourtant il peine à gagner l’avantage au temps de possession. On ne voit pas, dans ces conditions, comment il peut répéter ses exploits passés avec un club, les Panthers, beaucoup plus démunis. À 5,5 millions $ par saison, il détonne des joueurs tirant un salaire comparable. C’est qu’en fait, les joueurs comme Bolland voient sous la nouvelle convention leur salaire se tasser vers le bas, au profit des jeunes vedettes (dans cette liste, John Tavares) et des vétérans aux états de services plus glorieux.

Deryk Engelland – Flames de Calgary (3 ans, 2,9 millions $ par saison)

Si la signature d’Orpik est difficile à justifier, on peut tout de même la comprendre sur la base du rôle qu’on lui a donné et de la réputation que ce rôle lui a donnée. Dans le cas de Deryk Engelland, franchement le geste est incompréhensible.



Arrivé pour de bon dans la LNH à l’âge de 28 ans, Engelland ne joue pas vraiment en désavantage numérique (moins d’une minute par match), ne joue pas en avantage, ne crée pas vraiment d’offensive à forces égales, joue contre les éléments les plus faibles de l’adversaire, se fait déclasser aux tirs par eux, prend généralement beaucoup de mises en zone offensive…

En un mot comme en mille, Engelland est un septième défenseur. Qu’on lui consacre un contrat de trois ans, alors qu’il arrive à 32 ans (tous en chœur : les défenseurs défensifs vieillissent rapidement et mal rendus à la trentaine), à une valeur moyenne de 2,9 millions $ par saison… L’essentiel des joueurs tirant un salaire comparable sont soit des vétérans dans le moule d’Orpik, sinon de ces défenseurs offensifs de second ordre, joueurs qu’on protège, mais qui contribuent de manière notable à l’attaque, entre autres en aidant à animer les jeux de puissance.

Mentions « honorables »

C’est l’absence de capacité démontrée à apporter une contribution offensive ou défensive significative qui rend ces signatures inexplicables. En immobilisant de telles quantités d’argent sur des joueurs appelés à occuper des postes finalement secondaires, c’est autant d’argent qu’on s’interdit de mettre dans les postes qui, à terme, font le succès des équipes. Il est déjà plus compréhensible de sortir le magot lorsqu’on le fait pour des joueurs ayant démontré jusqu’à tout récemment de réelles aptitudes à faire une différence. On a aussi eu droit à nombre de paris risqués de cet acabit. En voici quelques-uns en rafale :

- Jarome Iginla, l’Avalanche du Colorado (5,3 millions $ par saison, 3 ans)

Iginla s’en va au temple de la renommée. Le fera-t-il comme Teemu Selanne, en demeurant efficace jusqu’à 40 ans passés? Impossible à savoir. La saison dernière avec les Bruins de Boston, protégé par le formidable tandem de Zdeno Chara, poussé aux mises en zone offensive en compagnie de l’excellent David Krejci, il a encore collé 30 buts. Le départ de Paul Stastny annonce probablement le retour de Ryan O’Reilly au centre (encore faut-il le signer!) et l’ouverture d’un poste d’ailier droit au côté de Nathan MacKinnon ou Matt Duchene. Iginla va probablement trouver là suffisamment de matériel pour continuer à marquer. Mais la brigade défensive de l’Avalanche reste terriblement anémique et le club en général ne fait pas jeu égal au temps de possession. Élément essentiel de sa production tout au long de sa carrière, les buts à forces égales pourraient être plus difficiles à obtenir.

- Ryan Miller, Canucks de Vancouver (6 millions $ par saison, 3 ans)

Miller a été d’une étonnante constance depuis sept ans, n’affichant qu’une seule saison avec un taux d’arrêt à 5v5 sous les 0,920 (en 2007-08). Mais à 33 ans, la régression guette. Vancouver roule les dés et, surtout, confirme par ce geste que le club n’est probablement pas intéressé à tenter la reconstruction. Les Sedin ont encore quatre ans à faire, aussi bien continuer à pousser…

- Mike Cammalleri, Devils du New Jersey (5 millions $ par saison, 5 ans)

Les Devils peinent, depuis deux ans maintenant, à convertir l’avantage qu’ils ont aux tirs (cinquième et troisième au différentiel de tirs à forces égales) en buts (27e et 23e de la ligue au taux de conversion de tirs en buts à forces égales). Après avoir vu les Kings de Los Angeles, affligés du même mal il y a quelques saisons, se porter acquéreurs de deux buteurs naturels (Jeff Carter et Marian Gaborik), semble bien qu’on ait décidé de tenter un coup similaire avec Cammalleri. Ce dernier a bien converti plus de 13 pour cent de ses tirs à forces égales depuis trois ans, mais son taux de tirs à l’heure tourne autour de 10 depuis trois ans, un score relativement modeste. Encore ici, à 32 ans, pour cinq ans, le risque est grand. Mais on parie clairement sur une aptitude offensive, un complément précis pour un club déjà fermement installé à forces égales, appelé à progresser par la passation du job de gardien numéro un de Martin Brodeur vers Cory Schneider.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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