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Bouchard : Brad Richards représente un dilemme pour Alain Vigneault

mercredi 2014-06-11 / 6:00
Olivier Bouchard  - Chroniqueur LNH.com

Si la grande Finale de la Coupe Stanley tourne à l’avantage des Kings de Los Angeles, ce fut à chaque reprise par de minces marges. Outre les deux premiers matchs gagnés en prolongation, les Kings ont vu les Rangers de New York au match no 3 menant 10 – 4 aux tirs tentés (abstraction faite des tirs bloqués), et ils ont vu les New Yorkais prendre l’avantage 35-14 pour la balance du match, les Rangers profitant notamment de cinq avantages numériques. Une série terriblement serrée sur la glace, donc.

Pour les trois parties disputées, c’est encore plus évident lorsqu’on regarde les tentatives de tirs et les mises en jeu obtenues en territoire ennemi, chaque club ayant tenté 146 tirs à forces égales, les Rangers ayant un avantage numérique légèrement plus productif en volume de tirs total.



Là où les Kings semblent en mesure d’obtenir un avantage, selon moi significatif, c’est au niveau des mises obtenues en territoire offensif lorsque le score est serré. Avec 44 mises contre 36 accordées à l’adversaire, le gang de la côte ouest peut jouer plus souvent de ce levier pour choisir d’envoyer certains éléments en zone offensive et ainsi faire jouer les confrontations en sa faveur. Détail intéressant : l’avantage aux mises en zone offensive est parfois le résultat d’une domination territoriale, qui se traduit notamment par un nombre important de dégagements refusés commis par une équipe donnée. On n’est pas ici en présence de ce phénomène : les Kings ont commis 14 dégagements refusés, les Rangers 16.

On en revient donc à l’angle des confrontations, qui va nous permettre d’exposer, d’une part, une différence notable de philosophie entre les deux équipes réunies, et d’autre part comment ces approches ont permis aux Kings d’aller chercher un avantage aux marges.

Une différence de philosophie

Les deux équipes en présences misent sur des tandems de défenseurs stables, mais si Alain Vigneault aime déployer méthodiquement les mêmes trios, Darryl Sutter aime bien mélanger les choses. On le constate dans le tableau suivant :



Chez les Rangers, donc, quatre unités stables aux rôles bien définis. Le tableau suivant nous indique comment chaque centre a performé avec chaque ailier, en fonction du temps qu’ils ont passé ensemble.



Il y a quelque chose d’assez sensationnel dans la distribution du temps de glace des quatre joueurs de centres! Brad Richards et Dominic Moore ont eu exactement le même temps de glace à 5v5, Derek Stepan et Derick Brassard 10 minutes de plus, à quelques secondes près. Toute la différence est donc dans les rôles territoriaux et dans les confrontations et chaque centre est méthodiquement accompagné des mêmes ailiers. Ici, deux constats s’imposent.

D’une part, Moore (par les mises en zone défensive) et Stepan (par ses adversaires) couvrent les minutes dures, Stepan accompagné de Ryan McDonagh plus souvent qu’à son tour. D’autre part, si Brassard et Richards se partagent le travail offensif (on le voit au différentiel de mises en jeu en zone offensive), force est d’admettre que le trio de Richards ne semble plus capable de tenir contre les Kings, alors que Brassard et ses sbires convertissent ce qu’on leur donne en tentatives sur le filet de Jonathan Quick.

Le trio de Richards apparaît encore plus nettement comme le point faible des Rangers lorsqu’on considère ses performances avec les principaux défenseurs du club. McDonagh, premier arrière du club, fait le travail avec tous les autres centres, mais s’effondre complètement avec le 3e centre du club. On parlait davantage aux marges, on voit un peu plus nettement où les Kings parviennent à faire payer les Rangers. Les plus et les moins, différentiel de buts marqués lorsqu’un joueur est sur la glace, sont un indicateur souvent sensible à la malchance. Mais au cours des trois premiers matchs de la série, force est d’admettre que le moins-4 à la fiche de Richards semble bel et bien le reflet d’une faiblesse apparente.

Aussi, si on ne le voit pas sur le tableau, je souligne que Dan Girardi affiche des scores similaires à ceux de son comparse McDonagh. Entendre par là qu’il fait fort bien à forces égales sauf lorsque jumelé à Richards, alors il s’effondre. On blâme souvent les défenseurs parce qu’ils sont ceux qu’on voit repêcher la rondelle au fond de leur filet après un but. Mais ici, il semble bien que le premier duo de défenseurs peine simplement à empêcher le pire avec le maillon faible de l’alignement.

Vigneault peut-il clouer au banc Martin St Louis et Richards, deux vétérans profondément estimés, à la réputation sans tache? S’il le fait, il libère son meilleur tandem de défenseurs de tâches qu’ils ne peuvent accomplir, mais quel sera l’effet sur le moral des troupes? Dilemme cornélien, donc.

Chez les Kings, on n’a pas ce problème, mais tout n’est pas parfait pour autant. Les Rangers font, rappelons-le, jeu égal aux tirs et ça se voit.


Chez les Kings, Anze Kopitar et Marian Gaborik passent d’abord prendre de la glace, les autres ensuite. J’avais, en début de série, indiqué qu’à mon sens les Rangers n’avaient pas vraiment de réponse au tandem Kopitar/Drew Doughty. Homme de peu de foi… Malgré un temps de glace imposant, Kopitar et Gaborik n’ont que deux maigres points à forces égales et sont déclassés aux tirs, surtout avec Dustin Brown, et ce malgré une absence de pression défensive accentuée par une surdose de mises en jeu et, surtout, malgré l’appui constant de Doughty.

En fait, à forces égales, les Kings semblent accrocher les Rangers au fond de leur zone lorsque Jeff Carter, Tyler Toffoli et Tanner Pearson prennent la glace. Pourtant, ces trois joueurs ne passent pas tellement de temps ensemble. Et lorsqu’il est sur la glace, ce trio joue autant contre le premier que le deuxième duo de défenseurs adverses et à temps quasi égal contre chacun des quatre trios adverses. En fait, seul le trio de Stepan est sous-représenté dans les présences de ce trio. Cela s’explique par le tableau suivant, je crois :


Vigneault semble chercher à coller Stepan à Kopitar et Sutter répond en lui collant Jarret Stoll dans les pattes. Stepan, il faut le souligner, donne des problèmes à chaque centre des Kings, sauf Carter. Notons aussi que Vigneault cherche de toute évidence à tenir Richards loin très loin de Kopitar, ce qui se conçoit lorsqu’on voit le ronflant plus-12 aux tirs tentés de Kopitar contre Richards.

Mais revenons un instant à Carter. Il semble (c’est pure hypothèse de ma part) que Sutter use de son trio avec parcimonie parce qu’il cherche, tout simplement, à rendre imprévisible son arrivée sur la glace et ainsi compliquer la tâche de l’entraîneur adverse, qui ne peut alors prévoir quand déployer les bons effectifs contre lui. Le casse-tête est alors entier pour l’adversaire. Et, cerise sur le Sundae, ce n’est ni par Carter, ni par Gaborik qu’est jusqu’à présent arrivée l’essentiel de la production offensive. Les Kings ont en effet marqué neuf buts à forces égales, contre deux en avantage numérique. En cela, leur taux de conversion en avantage numérique est redescendu sur terre comparativement aux trois premières rondes. Et à forces égales, c’est Justin Williams (pourtant normalement assigné aux tâches défensives en compagnie de Stoll) par qui l’attaque est venue, avec un but et six mentions d’aides. Globalement, les Kings continuent donc de surperformer au taux de conversion à forces égales, alors même que Quick joue de façon extraordinaire. Le tableau suivant en fait foi :



Les Rangers, incapables d’acheter un but, doivent donc espérer non seulement une contre-performance de Quick, mais aussi un ralentissement (inévitable, mais pas encore survenu) du troisième trio des Kings. Enfin, quand bien même Richards n’est sur la glace en même temps que Kopitar que pour un peu plus de 20 pour cent de son temps de glace, le nombre de tirs concédés laisse entendre que chaque fois est de trop, toute rencontre entre ces deux centres est un pari perdant pour les Rangers. Idem lorsque Carter se pointe. Entre ces deux centres et le terrible tandem Stoll/Williams, la marge d’erreur est inexistante.

Dilemme cornélien, on le répète.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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