Bouchard : Analyse des forces en présence en deuxième ronde

dimanche 2014-05-04 / 14:09
Olivier Bouchard  - Chroniqueur LNH.com

Après avoir regardé plus en détail la confrontation Canadien-Bruins mercredi dernier, nous survolerons aujourd’hui les trois autres séries qui s’amorcent ces jours-ci en deuxième ronde des séries éliminatoires.

Los Angeles vs Anaheim

Kings de Los Angeles

Un premier élément saute aux yeux lorsqu’on regarde le détail des statistiques des Kings en séries : ils jouent, pour tout dire, avec trois joueurs de centre au lieu de quatre! Jeff Carter semble faire office de quatrième centre de dépannage lorsque Jarret Stoll, Anze Kopitar et Mike Richards ne sont pas disponibles. C’est une façon originale de créer un effet de profondeur dans un alignement. Au lieu de s’empêtrer de joueurs plus ou moins compétents, les Kings maximisent le temps de glace de leurs meilleurs joueurs et donnent des opportunités à un ailier qui fût, jadis, un très bon centre. C’est original et lorsqu’on regarde l’alignement de LA, ça tombe sous le sens. Belle illustration, enfin, de ce qui fait de Darryl Sutter un si bon coach : il fait avec ce qu’il a et ne se crée pas de problèmes.

Les choses sont beaucoup plus simples en défensive. Drew Doughty et Jake Muzzin s’occupent avec Kopitar des meilleurs éléments adverses, Slava Voynov et Robyn Regher ramassent les restes de minutes dures et Alec Martinez/Willie Mitchell sont affectés aux fonds d’alignement. Seule une blessure à Doughty semble pouvoir forcer Sutter à revoir les rôles de ces duos. Autrement, avec trois centres en rotation lourde et un premier duo qui gobe une quantité industrielle de minutes (Doughty en a joué plus de 124 à lui seul), les Kings n’ont guère démontré de faiblesses. S’ils n’ont pas dominé les Sharks, c’est bien parce que ces derniers sont, avec LA, les Blues, Chicago et Boston, l’un des meilleurs clubs de la ligue. Et encore, une fois Marc-Édouard Vlasic blessé, San Jose a perdu de son mordant. La seule véritable faiblesse affichée par les Kings en première ronde fut leur propension à accorder des désavantages numériques. Lorsque disciplinés, ils sont sans véritable faiblesse.

Ducks d’Anaheim

Si les Ducks ont fini par trouver le moyen d’échapper à Tyler Seguin, c’est notamment parce qu’ils ont su faire payer les Stars pour leur indiscipline, leur infligeant 7 buts en 26 avantages numériques. On peut donc y voir une lueur d’espoir contre les puissants Kings, mais c’est bien peu. Les leveurs de fonte des Ducks, Ryan Getzlaf, Saku Koivu et le duo Cam Fowler/Ben Lovejoy se sont fait traverser par Jamie Benn et Seguin. Kopitar et Doughty sont des adversaires franchement plus redoutables et l’absence de véritable quatrième trio chez les Kings empêchera probablement les Ducks de trouver de l’espace pour le se faire valoir. Cette série risque de se terminer rapidement, nonobstant quelques possibles miracles des gardiens d’Anaheim. Après tout, comme on l’a vu contre San Jose, Jonathan Quick est capable du meilleur comme du pire.

Chicago vs Minnesota

Wild du Minnesota

Le Wild aura fini par trouver le moyen de tenir Nathan MacKinnon en joue et de traverser Semyon Varlamov, mais ça leur aura pris tout leur petit change. Outre les leveurs de fonte attitrés que sont Mikko Koivu et Zach Parisé (10 points en 7 matchs, quand même), on note le travail de sape accompli par Kyle Brodziak et surtout l’émergence du jeune Mikael Granlund, qui a su faire son pain et son beurre contre le fond d’alignement de l’Avalanche.

Mike Yeo s’est encore appuyé autant que possible sur Ryan Suter, mais ce dernier a semblé perdre en efficacité lorsqu’on le séparait de Jonas Brodin. Marco Scandella et Jared Spurgeon (que j’apprends personnellement à connaître et à apprécier au cours des présentes séries) ont su tenir leur bout ce qui donne au Wild un premier quatuor défensif relativement efficace. C’est fort honnête, mais contre les Blackhawks, cet alignement ne peut espérer allonger la série sans des performances exceptionnelles de Ilya Bryzgalov. Bref…

Blackhawks de Chicago

Les Blues sont coriaces et les Blackhawks avaient quelques difficultés à calibrer correctement leur groupe d’attaquant, Joel Quenneville ayant commencé la série avec un deuxième trio composé de Marian Hossa, Patrcik Sharp et… Michal Handzus. Ce dernier a inexorablement coulé et c’est éventuellement Ben Smith qui a fini par prendre sa place. Reste qu’au bout du compte, l’attaque des Blackhawks repose toujours sur la même formule éprouvée : Jonathan Toews en mission contre les meilleurs éléments adverses, Patrick Kane parfois sur ses flancs, parfois envoyé séparément pour allumer les fonds d’alignements adverses et un personnel versatile pour faire du temps entre leurs présences, notamment les Andrew Shaw, Bryan Bickell et Brandon Saad.

La force des Blackhawks demeure encore une fois leur brigade défensive. On aurait pu croire la suspension de Brent Seabrook fortement nuisible (Sheldon Brookbank n’est pas du même calibre et Duncan Keith s’en est effectivement ressenti), mais le tandem Niklas Hjalmarsson-Johnny Oduya est capable d’en prendre et les Blackhawks n’auront pas eu besoin d’un septième match pour venir à bout des coriaces Blues. Koivu et Parisé auront fort à faire pour se dépêtrer de Toews, Keith et Seabrook, si tant est que Quenneville décide d’y aller avec cette combinaison. Il peut aussi bien envoyer son deuxième duo de défenseurs contre les meilleurs éléments du Wild et laisser son meilleur défenseur animer l’attaque en compagnie des Hossa, Kane et Sharp contre le reste de l’alignement du Wild. Minnesota n’a tout simplement pas les ressources nécessaires pour s’opposer correctement. Le prochain grand rendez-vous, pour faire suite aux superbes duels de la première ronde, aura lieu en demi-finale entre les Kings et les Blackhawks.

Rangers vs Pittsburgh

Rangers de New York

Si les deux duels de l’Ouest ne s’annoncent pas terriblement serrés, le choc Pittsburgh-New York est intrigant. Les hommes d’Alain Vigneault se sont passablement compliqué la vie contre les Flyers en ne trouvant pas le moyen de profiter de l’indiscipline de Philadelphie. Bénéficiant de pas moins de 33 avantages numériques, ils n’ont en effet récolté que trois maigres filets. Pire encore, s’ils n’ont accordé que 21 opportunités aux Flyers, ils ont cédé à six reprises! Cette page du site Extra Skater nous indique que les Rangers ont eu une des unités de désavantage numérique les plus efficaces en saison régulière, ce qui laisse entendre qu’ils sauront probablement reprendre du poil de la bête. Notons aussi que cette même page nous indique que les Flyers furent en saison régulière le club le plus avare de tirs accordés à l’adversaire en désavantage, les Penguins le cinquième plus généreux. Le défi reste de taille; on constate sur cette autre page que Pittsburgh est aussi l’équipe qui, en saison régulière, a produit le plus de tirs au but en avantage numérique après les Sharks. Les Rangers devront donc rester disciplinés.

À forces égales, on retrouve ici une distribution des tâches avec laquelle Vigneault nous avait familiarisés lors de son passage à Vancouver. Dominic Moore, Brian Boyle et Derek Dorsett jouent les concierges et accumulent les mises en jeu en zone défensive. Il faut le souligner : Moore a beaucoup joué contre Claude Giroux, ce qui signifie que si Vigneault ne voit pas ce trio comme une unité de couverture des meilleurs éléments adverses (ce rôle revient plutôt à Derek Stepan), il ne cherche pas non plus à les protéger. Cette capacité du 4e trio à éviter les dégâts aux côtés de Henrik Lundqvist est précieuse pour Vigneault, car elle lui permet de gaver le tandem Brad Richards/Martin St-Louis de mises en zone offensive.

En défensive, c’est évidemment à Ryan McDonagh et Dan Girardi que reviennent les tâches de couverture des meilleurs éléments adverses, Marc Staal et Anton Stralman agissant en appui défensif, alors que Kevin Klein et John Moore sont repoussés loin du premier trio adverse (ce qui ne les a pas empêchés de tenir leur bout contre le redoutable Sean Couturier).

Penguins de Pittsburgh

Ainsi vont Evgeni Malkin et Sidney Crosby, ainsi vont les Penguins. On a fait état des « difficultés » de Malkin et Crosby en première ronde, mais (on excusera le ton cassant) ce n’est qu’en ignorant ce qui s’est passé sur la glace qu’on peut affirmer qu’ils n’ont pas livré la marchandise. Le fait est que les Penguins, le tableau ci-dessous en fait foi, ont planté les Blue Jackets lorsqu’une des deux superstars était sur la glace. Brandon Dubinsky, Ryan Johansen et Artem Anisimov sont tous passés à la casserole avec le pauvre Jack Johnson en entrée. Seulement voilà : Pittsburgh a affiché un taux de conversion de tirs en buts de 5,9 pour cent lorsque Crosby était sur la glace, un ratio pathétique. Crosby, cette page l’indique (notez la colonne « On-Ice Sh% ») est un des rares joueurs de la LNH à aider, saison après saison, son équipe a afficher des taux de conversion largement supérieurs à la moyenne (qui se situe autour de 8 pour cent). Si la rondelle n’a pas voulu rentrer à son rythme habituel contre Columbus, c’est pure malchance et c’est tout. L’exceptionnelle feuille de route du capitaine des Penguins en fait foi.

Ceci étant dit, Pittsburgh manque cruellement de profondeur en attaque comme en défensive. Brandon Sutter fait ce qu’il peut pour passer le balai en fond de zone et Dan Bylsma jongle continuellement avec Paul Martin et Kristopher Letang pour assurer un minimum de ressort contre les meilleurs éléments adverses, mais tout ça est au bout du compte exécuté dans l’espoir que les deux grands trouvent le moyen de traverser l’adversaire, une fois de plus. Ça a déjà fonctionné et ça peut encore fonctionner. Mais la commande est lourde et, au bout de la route, encore faut-il battre Lundqvist. Cette série pourrait être longue, mais les Penguins n’ont probablement pas suffisamment de ressources pour passer les Rangers.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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