Bouchard : Les Penguins sont-ils une équipe de l’élite ou du peloton?

dimanche 2014-04-06 / 6:00
Olivier Bouchard  - Chroniqueur LNH.com

Les Penguins de Pittsburgh sont en tête de la division métropolitaine depuis toujours et, qualifiés et assurés du premier rang, on les tient un peu pour acquis. J’indiquais mercredi dernier que la lutte pour le rang de première équipe repêchée (les Red Wings de Detroit semblent se sauver avec) était importante parce qu’elle déterminait qui affronterait les Bruins de Boston et qui affronterait les Penguins. Nous allons ici nous attarder à la situation de la bande à Sidney Crosby qui, après un début de saison fulgurant, semble présentement encrassée dans une séquence plutôt médiocre.

On l’a souvent répété, le calendrier nous donne une bonne idée de ce qui est en train d’arriver à un club et lorsqu’on peut re-diviser celui-ci en fonction d’événements majeurs, on peut alors identifier plus clairement les tendances à l’œuvre. Dans le cas des Penguins, trois blessures sont importantes pour le déroulement de la saison, soit celles de Kristopher Letang (on parle ici de son AVC), Paul Martin et Evgeni Malkin. Parce qu’elles arrivent à la suite les unes des autres, elles nous permettent donc de diviser la saison en quatre séquences distinctes.

On voit ici en quoi le calendrier et la santé des joueurs-clés ont favorisé les Penguins en début de saison. Quoi que ce soit moins évident maintenant suite à la montée en régime des Flyers de Philadelphie, des Rangers de New York et des Blue Jackets de Columbus, la division métropolitaine n’est pas une division très forte en début de saison et les Penguins en profitent. Ils y disputent l’essentiel de leurs matchs et y cumulent 77 pour cent des points disponibles. C’est encore aujourd’hui sur ce coussin cumulé que repose leur avance confortable au classement.

Lorsqu’on regarde plutôt les indicateurs de performance du club, on constate que les Penguins dépendent lourdement de leurs unités spéciales et qu’ils sont au bout du compte une équipe relativement faible à forces égales.

Si certaines unités spéciales vivent des saisons exceptionnelles sur la grâce de performances hors-normes de gardiens ou encore de certains joueurs, la puissance de l’avantage numérique des Penguins est bien réelle. Non seulement affichent-ils un taux de conversion élevé (une constante avec le jeu à forces égales et, ajouterais-je, une constante de l’ère Crosby-Malkin à Pittsburgh), mais ils génèrent énormément de tirs, gage de succès à long terme.

Si on ajoute à ce faite que les Penguins, sont un club discipliné (on le voit dans le tableau ci-dessus), la principale faiblesse du club semble donc être à forces égales, où l’équipe semble en fait plus ordinaire que faible. Dans le détail des séquences de matchs en fonction des blessures à des joueurs clés, on constate en fait que l’équipe semble s’être ajustée après une séquence difficile.

La dernière séquence, sans Malkin, Letang et Martin (revenu de blessure cette semaine) a ceci d’encourageant pour Pittsburgh qu’elle est marquée par une séquence relativement brève ou l’équipe a l’avantage à forces égales contre les Coyotes de Phoenix, les Hurricanes de la Caroline, les Jets de Winnipeg, mais aussi, et surtout les Blue Jackets, adversaires potentiels. Ils ont par contre été largement dominés par les Kings de Los Angeles (45 pour cent du temps de possession) et les Blackhawks de Chicago (35 pour cent).

Ce ne sont que quelques matchs, mais je considère que ceux-ci consolident, à ce stade-ci de la saison, un constat important : les Penguins sont une bonne équipe (la perte des différents joueurs étoiles n’affecte pas outre mesure les performances de leurs unités spéciales), mais ils sont plus proches de leurs poursuivants que des clubs de tête. Ils sont, en quelque sorte, un géant aux pieds d’argile et leurs succès reposent pour l’essentiel sur les performances exceptionnelles de Crosby et Malkin et ce qu’elles imposent comme pression à l’adversaire.

En effet, la distribution des minutes « dures » (fonction du nombre de joueurs adverses ayant un haut temps de glace étant présent à un moment donné du match) nous montre que Crosby et Malkin attirent à eux deux presque la moitié de ces minutes dures sans Martin et Letang (normal, puisqu’ils ont été souvent blessés).

On constate aussi que lorsque Martin, Letang, Crosby et Malkin sont disponibles, ce quatuor gobe 75 pour cent des minutes dures, alors que sans Martin et Letang, Crosby et Malkin en gobent un peu plus de 60 pour cent. Le détail de l’utilisation des joueurs de Pittsburgh vu à travers le filtre de ces quatre catégories nous donne encore plus d’informations.

Sans ses défenseurs d’élite, l’entraîneur Dan Bylsma utilise Crosby et Malkin comme paratonnerres en leur donnant une large dose de mise en jeu en zone offensive. Dit autrement, lorsque Bylsma dispose de ses défenseurs et de ses attaquants, il aime jouer le jeu des confrontations, alors qu’avec ses seuls attaquants d’élite il joue plutôt le jeu de la gestion territoriale, comptant sur la nécessité de contenir ses deux francs-tireurs comme moyen de garder les éléments les plus dangereux de l’adversaire loin d’un fond d’alignement plutôt vulnérable.

On voit donc de manière plus nette en quoi le manque de profondeur constitue la principale faiblesse des Penguins. Contre une équipe reposant elle aussi sur des joueurs d’élite pour avoir du succès, les Penguins peuvent espérer avoir du succès. Mais contre ces clubs qui ont 3 bons trios, ils deviennent terriblement vulnérables.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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